Noskova après son sacre (et son trou d’air) : « Ma main s’est comme figée »
La Tchèque a mené 6-2 5-2 face à Karolina Muchova avant de laisser échapper la deuxième manche malgré cinq balles de match. Elle s’en est sortie au troisième set pour rafler son premier titre du Grand Chelem à Wimbledon.
Linda Noskova – Wimbledon 2026 © Chryslene Caillaud / Psnewz
Q. Quand vous aviez ces balles de titre (cinq dans le deuxième set) et que Karolina Muchova continuait à les repousser, qu’est-ce qui se passait dans votre tête ? Étiez-vous en panique ou calme ?
Dans le deuxième set, cela a été très dur. Ma main s’est comme figée à certains moments et mes jambes n’étaient plus aussi rapides. Je vais me concentrer sur le positif (sourire). Sur la dernière balle de match, je n’ai même pas réalisé que c’était une balle de match, j’ai juste continué à jouer. Ne pas y penser est ce qui m’a fait gagner.
Q. Sur cette balle de match, quelles ont été vos émotions quand vous avez réalisé que vous aviez gagné ?
Cela m’a détendue d’un coup. Le stress a disparu, ainsi que cette pensée en boucle de savoir si j’allais gagner ou pas, ou ce qui se passerait à 5-3 si je perdais mon service. Ce n’étaient pas des moments faciles, mais je suis tellement contente d’avoir réussi dès ma première tentative dans le troisième set.
Q. Quand vous êtes sortie du court après le deuxième set, comment vous êtes-vous recentrée ? C’était un reset impressionnant.
Je me disais juste que le match recommençait à zéro. Dans les toilettes, je me suis passé de l’eau froide sur le visage pour repartir.
Mais ce qui m’a vraiment aidée, c’est que dès le premier pas hors du court, les trophées étaient là. En les voyant, je me suis dit : « Je ne prends pas le petit, je prends le grand. » J’étais passée si près que cela aurait été le plus grand regret de ma vie. Je suis repartie de zéro. Le moment clé a été le premier jeu du troisième set, où j’ai tenu mon service.

Q. À quel point ce premier jeu du troisième set a-t-il été important pour vous recentrer ? Vous étiez menée par des balles de break et le momentum jouait contre vous. Qu’est-ce que ça aurait donné si vous aviez perdu ce jeu ?
Le troisième set n’aurait pas été le même si j’avais perdu ce premier jeu. J’avais perdu cinq jeux d’affilée dans le deuxième set, donc il était capital de bien démarrer cette manche décisive. Karolina a eu des occasions sur mon service, mais je suis contente d’avoir gardé mon sang-froid et d’avoir retrouvé mon niveau du premier set.
Q. Qu’est-ce que cela dit de vous d’avoir pu gagner ce match, mais aussi de revenir après Roland-Garros, que vous aviez qualifié de désastre, pour jouer ainsi ces dernières semaines ?
Cela veut dire beaucoup. Cela prouve que si je me concentre sur moi-même, si je profite de mon temps sur le court et que je garde la tête baissée point par point, je peux gagner un tel tournoi. Avec mon tennis, je ne sais jamais à quoi m’attendre (sourire). Je me suis sentie bien sur le court pendant cette quinzaine, et cela s’est vu.
Q. On se souvient de la fin du match, mais le début était aussi impressionnant pour une première finale de Grand Chelem. Comment avez-vous fait pour jouer votre meilleur tennis dès l’entame ?
J’ai essayé de reproduire les sensations des tours précédents. Je n’étais pas particulièrement nerveuse avant mes matches, donc j’ai gardé mes routines.
Aujourd’hui était différent. Une finale reste une finale, la pression est toujours là. On veut garder son sang-froid et faire comme si de rien n’était, mais au fond, on sait que c’est capital. J’ai joué comme je le voulais pendant 99 % du match, avant que ces moments de crispation ne m’emmènent au troisième set. Mais gagner ce titre reste le moment le plus important de ma vie.
Si j’avais pu épargner ce stress au public…
Q. Certains disent qu’il est plus difficile de jouer contre une amie, d’autres que c’est plus facile. Comment l’avez-vous vécu, notamment en voyant Karolina, à 29 ans, passer à côté de ce titre ?
Ce n’est jamais facile de jouer contre une amie. Cette fois, j’ai préféré garder mes distances avant la rencontre : on s’est juste salué de la main. Cela m’a aidée à rester concentrée. Je connais le jeu de Karolina, c’est une joueuse piégeuse sur toutes les surfaces. Notre amitié ne m’a pas desservie pendant le match, et j’espère que nous sommes toujours amies (sourire).
Q. Vous auriez sûrement préféré gagner 6-2, 6-2.
Absolument (sourire).
Q. Mais le fait de l’avoir gagné ainsi, après avoir traversé des moments difficiles, n’est-ce pas presque plus satisfaisant ?
Je ne sais pas. Si j’avais pu épargner ce stress au public, à mon équipe et à moi-même, cela aurait été mieux. Devoir me battre à travers tous ces hauts et ces bas donne énormément de valeur à cette victoire, mais j’ai encore beaucoup de choses à apprendre de ce match.