16 mai 2009 : Le jour où Nadal et Djokovic ont bataillé plus de quatre heures à Madrid

Rafael Nadal et Novak Djokovic ont disputé l’un des matchs les plus fous de leur rivalité le 16 mai 2009, en demi-finale du Masters 1000 de Madrid. L’Espagnol s’était imposé en trois manches et plus de quatre heures de jeu, soit le plus long match de trois sets dans l’histoire de la catégorie.

Ce qui s’est passé ce jour-là et pourquoi ça a marqué l’histoire du tennis

Le 16 mai 2009, en demi-finale du Masters 1000 de Madrid, Rafael Nadal et Novak Djokovic disputent le plus long match en deux sets gagnants de l’histoire des Masters 1000. Après quatre heures et trois minutes de jeu, et après avoir sauvé trois balles de match, l’Espagnol, qui n’avait perdu que trois matches sur ocre au cours des quatre dernières années, s’impose une fois de plus (3-6, 7-6, 7-6). Bien qu’il s’agisse déjà de la 18e rencontre entre les deux hommes, c’est le premier véritable combat épique de leur rivalité, qui atteindra son apogée trois ans plus tard à l’Open d’Australie 2012.

Les acteurs

  • Rafael Nadal, le grand patron de la terre battue

En mai 2009, à quelques semaines de son 23e anniversaire, Rafael Nadal est le N°1 mondial incontesté. Depuis ses débuts, il se montre extrêmement dominateur sur terre battue : non seulement il a remporté les quatre dernières éditions de Roland-Garros et 10 Masters 1000 sur cette surface, mais il y a également accompli une série record de 81 victoires consécutives entre 2005 et 2007. Cependant, le gaucher de Manacor n’a cessé d’améliorer son jeu sur surface rapide et, après avoir été deux fois finaliste malheureux face à Roger Federer à Wimbledon (en 2006 et 2007), il a finalement triomphé au All England Club en 2008, battant le Suisse à l’issue de l’un des plus grands matchs de tennis de tous les temps (6-4, 6-4, 6-7, 6-7, 9-7).

Peu après, le 18 août, juste après avoir remporté l’or olympique à Pékin (en battant Fernando Gonzalez en finale, 6-3, 7-6, 6-3), Nadal a atteint la première place mondiale, mettant ainsi fin au record de Federer de 237 semaines consécutives passées au sommet du classement. Après s’être qualifié pour la première fois pour les demi-finales de l’US Open (battu par Andy Murray, 6-2, 7-6, 4-6, 6-4), il a remporté son premier Grand Chelem sur dur à l’Open d’Australie 2009, après s’être sorti d’une demi-finale épique contre son compatriote Fernando Verdasco (6-7, 6-4, 7-6, 6-7, 6-4), avant de battre une nouvelle fois Federer en finale (7-5, 3-6, 7-6, 3-6, 6-2). Jusqu’à présent, Nadal a été plus dominateur que jamais sur terre battue, ayant soulevé le trophée à Monte-Carlo, Barcelone et Rome en ne perdant qu’un seul set en trois tournois.

  • Novak Djokovic, le prétendant au trône éjecté du podium

Alors qu’il est sur le point de fêter ses 22 ans, Novak Djokovic vient de perdre la place de N°3 mondial qu’il occupait depuis juillet 2007. Le Serbe avait connu une ascension rapide, lui qui a remporté son premier Masters 1000 en 2007, à Miami (en battant Guillermo Canas en finale, 6-3, 6-2, 6-4) et atteint sa première grande finale la même année, à l’US Open (battu par Roger Federer, 7-6, 7-6, 6-4). En janvier 2008, lorsqu’il avait remporté son premier titre du Grand Chelem à l’Open d’Australie, en battant Jo-Wilfried Tsonga (4-6, 6-4, 6-3, 7-6) après avoir éliminé Federer en demi-finale (7-5, 6-3, 7-6), il semblait prêt à viser la première place mondiale.

Cependant, une défaite décevante au deuxième tour du tournoi de Wimbledon, remporté par Nadal, a anéanti ses espoirs de devenir N°1. Bien qu’il ait remporté le Masters pour la première fois (aux dépens de Nikolay Davydenko, 6-1, 7-5), Djokovic a terminé la saison au troisième rang mondial, à quelques points seulement de Federer. Au cours des premiers mois de 2009, Djokovic semble avoir des difficultés avec son service et, après avoir perdu son titre à l’Open d’Australie, il a vu son rival Andy Murray se rapprocher de lui chaque semaine, jusqu’à ce que, malgré les bons résultats du Serbe sur terre battue, l’Écossais le dépasse au classement ATP le 11 mai.

Le lieu : Première à la Caja Magica de Madrid

La ville de Madrid accueille un Masters 1000 depuis 2002. Cependant, jusqu’en 2008, le tournoi avait lieu en salle au mois d’octobre, à la Madrid Arena. En 2009, le calendrier ATP subit des changements et l’Open de Madrid se déroule à présent au printemps, à la place du tournoi de Hambourg. Il se dispute désormais sur terre battue, à la Caja Magica, un complexe bâti spécialement à cet effet, doté de trois courts pourvus de toits rétractables. Le stade se trouve à 700 mètres d’altitude, ce qui a pour conséquence de rendre les balles plus rapides et plus vives au rebond, donc plus difficiles à contrôler.

Madrid, Caja Magica

L’histoire : Nadal résiste à un Djokovic plus proche que jamais sur terre battue

En 2009, Rafael Nadal survole sa rivalité avec Novak Djokovic, puisqu’il a eu le dessus lors de 13 de leurs 17 rencontres. Sur terre battue, il est même difficile de parler de rivalité, étant donné que l’Espagnol n’a jamais perdu contre le Serbe et qu’il vient de le battre en finale à Monte-Carlo (6-3, 2-6, 6-1) et à Rome (7-6, 6-2). Cependant, depuis sa première rencontre avec Nadal, à Roland-Garros en 2006, « Nole » a toujours cru qu’il avait les armes pour battre le roi de la terre battue sur sa surface de prédilection. Lorsqu’il affronte le Taureau de Manacor en demi-finale de Madrid, il est bien déterminé à gagner.

Le Serbe prend le meilleur départ, remportant le premier set 6-3 contre un Nadal un peu poussif. Dans le deuxième set, Djokovic continue d’évoluer à un très haut niveau, et lorsqu’il se procure des balles de break à 4-4, il semble sur le point de devenir le quatrième joueur à battre Nadal sur terre battue depuis 2005 (avec Igor Andreev, Juan Carlos Ferrero et Roger Federer). Cependant, l’Espagnol parvient à rester dans la partie et arrache le deuxième set (7-6).

La tension est à son comble dans un troisième set époustouflant, où Djokovic se détache 3-1, avant de voir son adversaire revenir une nouvelle fois à la charge. Un match aussi épique ne peut se conclure autrement que par un tie-break décisif, où le Serbe obtient trois balles de match, à 6-5, 7-6 et 9-8, mais c’est finalement Nadal qui l’emporte, 11-9, après quatre heures et trois minutes de jeu. Soit le plus long match en trois sets jamais vu dans un Masters 1000.

Malgré ses 37 coups gagnants, et bien qu’il ait gagné plus de points que son adversaire, Djokovic n’a toujours pas réussi à vaincre le Taureau de Manacor sur terre battue, et il est extrêmement déçu du résultat, comme le rapporte atptour.com.

« C’est très décevant de jouer aussi bien que je l’ai fait et de perdre quand même le match. J’ai joué l’un de mes meilleurs matchs… J’ai même joué quelques points au-dessus de mes limites et je n’ai quand même pas gagné. »

En revanche, c’est un Nadal soulagé qui se présente en conférence de presse, même s’il n’est pas satisfait du niveau affiché au premier set.

« Dans un match pareil, avec autant de balles de match, je pense qu’il faut de la chance pour gagner, il n’y a aucun doute là-dessus, mais j’ai joué avec beaucoup de courage et je pense que tout s’est bien goupillé pour moi. J’ai mal joué le premier set, et cela s’annonçait mal pour moi. Mais je pense que petit à petit, j’ai pu retrouver mon rythme et j’ai fini par bien jouer. »

Malgré son grand soulagement, Nadal n’a pas encore terminé son tournoi : Federer l’attend désormais en finale.

La postérité du moment

Le lendemain, un Nadal épuisé, appelant le kiné à plusieurs reprises, s’inclinera pour la deuxième et dernière fois face à Federer sur terre battue (6-4, 6-4). Quelques semaines plus tard, l’impossible finira par se produire : Nadal s’inclinera (6-2, 6-7, 6-4 ,7-6) en huitièmes de finale de Roland-Garros, face à Robin Soderling, qu’il avait pourtant surclassé quelques semaines auparavant, à Rome (6-1, 6-0).

La saison de l’Espagnol sera gâchée par une blessure au genou : incapable de se rendre à Wimbledon, où il était tenant du titre, il perdra sa place de n°1 mondial en juillet, et ne remportera plus le moindre tournoi jusqu’à l’Open de Monte-Carlo 2010.

Quant à Novak Djokovic, il connaîtra plusieurs déceptions en 2009 et 2010, avant de devenir finalement ?N°1 mondial en 2011, réalisant l’une des plus grandes saisons de l’histoire du tennis.

Bien que ces deux immenses joueurs s’affronteront en tout 56 fois, dont plusieurs finales de Grand Chelem, leur confrontation à l’Open de Madrid 2009 restera l’une de leurs rencontres les plus mémorables.

Your comments

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *