Comment revenir après la Covid ? Un défi en plus pour Medvedev

Absent depuis Miami, Daniil Medvedev fera son retour à la compétition mercredi à Madrid, trois semaines après avoir été testé positif à la Covid-19. Mais il est encore loin de son niveau physique, et les exemples montrent que le processus pour revenir après avoir été touché par le virus peut prendre du temps.

Daniil Medvedev, Madrid, 2021

Daniil Medvedev est n°3 mondial, tête de série n°2, et pourtant il semble qu’il fera face à un défi immense mercredi, pour son entrée en lice au Masters 1000 de Madrid face à Alejandro Davidovich Fokina. Le Russe n’a en effet jamais gagné un match dans la capitale espagnole, pas plus d’ailleurs qu’à Rome ou à Roland-Garros. Son objectif annoncé pour chacun de ces trois tournois, qui constitueront l’intégralité de sa saison sur terre cette année, sera donc relativement modeste : y gagner simplement un match.

On a déjà vu des doubles finalistes en Grand Chelem (US Open 2019, Open d’Australie 2021) plus ambitieux. Mais Medvedev ne se prive pas de rappeler sa faible appétence pour le travail de la terre, quitte à en oublier parfois qu’il fut demi-finaliste à Monte-Carlo en 2019 (en battant Novak Djokovic et Stefanos Tsitsipas) puis finaliste dans la foulée à Barcelone.

Daniil Medvedev, Barcelona, 2019

Mais, c’est vrai, nul ne peut nier que le Russe a besoin de plus de temps sur terre qu’ailleurs. Et du temps, il n’en aura pas beaucoup cette année après avoir vu son début de saison sur ocre tronqué par la Covid-19, à laquelle il a été testé positif le 12 avril dernier, avant son entrée dans le tournoi de Monte-Carlo, l’obligeant à s’isoler et à se retirer du tableau.

Medvedev : « Une dizaine de jours dans mon lit »

Medvedev n’était certainement pas un faux-positif, si l’on en croit les symptômes qu’il a éprouvés par la suite, et qui l’ont en plus mis sur le flanc pendant une dizaine de jours.

« C’était comme un gros rhume, le nez bouché et la gorge prise, une sensation de faiblesse pendant quelques jours. Pas plus que ça. Mais le retour à l’entraînement n’a pas été évident, après avoir dû rester une dizaine de jours chez moi à traîner dans mon lit. « 

Le préparateur physique (français) du n°3 mondial, Eric Hernandez, confirme que son poulain est encore loin de son niveau optimal, et que les choses pourraient prendre du temps pour se remettre en place.

« On est monté crescendo dans la préparation, là on vient de faire une bonne semaine d’entraînement, mais sans atteindre le type d’effort maximal qu’il était capable de produire avant. Il n’est pas encore prêt à ça. A mon avis, il a besoin au minimum d’une semaine ou deux encore pour retrouver un niveau physique correct. Après dix jours d’arrêt, on a logiquement perdu en dynamisme musculaire. Et la Covid peut rendre les choses plus compliquées au niveau cardio. »

Les galères de Dimitrov

Revenir après avoir contracté la Covid, même sans avoir eu de gros symptômes prolongés, certains exemples montrent en effet que ça n’est pas si facile. Impossible de savoir combien précisément de joueurs ont contracté le virus depuis le début de la crise sanitaire. Mais ils sont une trentaine parmi l’élite à l’avoir déclaré officiellement, en rappelant que le tout premier fut le Brésilien Thiago Seyboth Wild, le 25 mars 2020.

Voir aussi : En images : Les joueuses et joueurs testés positifs au coronavirus

Certains s’en sont remis très rapidement, d’autres ont eu plus de mal, à l’image de Grigor Dimitrov qui fut probablement l’un des plus touchés au niveau des symptômes, comme il l’avait raconté en juillet dernier lors d’un entretien exclusif pour Tennis Majors.

« Je crois que j’ai eu tout ce qu’on peut avoir : je respirais mal, j’étais fatigué, je n’avais pas de goût ni d’odorat, j’ai perdu trois kilos (…) Depuis que j’ai repris, chaque jour est une aventure. Parfois je peux m’entraîner pendant quatre heures. Et le lendemain, je dois faire une sieste… « 

Pas évident, dans ces conditions, de retrouver rapidement et durablement le chemin du haut niveau. Sans parler d’un éventuel effet secondaire de la Covid, plus difficile à anticiper. Ainsi, depuis sa maladie, Dimitrov a retrouvé une forme et des résultats décents, mais il a aussi connu d’autres soucis. S’il n’a jamais été le joueur le plus constant du circuit, voilà plusieurs mois que Bulgare est particulièrement branché sur courant alternatif, à l’image encore de sa défaite d’entrée à Madrid face au Sud-Africain Lloyd Harris lundi.

C’est long aussi pour Gasquet, Wawrinka et consorts

On pourrait aussi en parler à Richard Gasquet, forfait à Monte-Carlo en raison de « complications liées à la Covid », et régulièrement embêté par des pépins physiques ça et là. Ou à Stan Wawrinka, récemment opéré du pied gauche après avoir contracté le virus pendant les fêtes de Noël.

Citons également le cas de Karen Khachanov, très décevant cette saison après avoir été touché pendant sa préparation foncière à Dubaï, de David Goffin, qui a traîné une certaine fatigue psychologique après avoir eu le coronavirus en octobre, ou de Kei Nishikori, testé en août dernier à l’US Open, et qui n’en finit pas depuis de ne pas revenir.

Certes, le Japonais, opéré fin 2019 du coude, était déjà sur la pente descendante. Certes, les conditions très particulières du circuit rajoutent aux difficultés des uns et des autres. Bien sûr, il est impossible de faire avec certitude le lien entre Covid et méforme durable. Mais parfois, ça interpelle.

Il y a eu quelques exemples aussi chez les filles, comme celui de Madison Keys, aux abonnées absentes depuis le début de l’année et son test positif. Ou de Marketa Vondrousova, contrainte de déclarer forfait chez elle en octobre à Ostrava à cause de la Covid, et qui n’est plus que l’ombre de celle qui fut finaliste à Roland-Garros en 2019.

On hésite à mettre dans cette même catégorie une Simona Halep ou une Fiona Ferro, elles aussi victimes du Covid en octobre, et qui ont vu depuis leurs résultats décliner légèrement. Tout est relatif, certes. Mais on attend de voir. Tout comme on attend de voir comment réagira la dernière « positive » en date, Bianca Andreescu, forfait à Madrid, toujours à cause de ce virus.

Encore une fois, tout le monde ne réagit  de la même manière. Mais ces difficultés prolongées ne sont pas si étonnantes à écouter le témoignage d’Eric Hernandez, qui travaille par ailleurs avec la jeune joueuse russe Varvara Gracheva, notamment.

« Après la Covid, on se rend compte que le système est souvent un peu fatigué. Pas mal de sportifs touchés ont eu du mal, pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, à retrouver leurs pleines capacités respiratoires. Certains se sentent bien pourtant, mais ils n’arrivent plus à dépasser les 80%, sinon dès qu’ils se mettent dans le rouge, ils se retrouvent à plat le lendemain. J’espère que Daniil ne sera pas là-dedans. »

Retour réussi en double

Pour Medvedev, la bonne nouvelle, et c’est quand même l’essentiel, est qu’il se sent désormais en pleine santé, sans le moindre signe d’alerte au niveau cardio. Sans quoi, comme il l’a dit, il n’aurait pas hésité à différer son retour à Rome.

Maintenant, le Russe compte sur plusieurs critères pour l’aider dans son retour : une rentrée réussie en double aux côtés du Brésilien Marcelo Demoliner, et des conditions qui peuvent lui plaire davantage à Madrid.

« Ici, ça se rapproche un peu plus des courts en dur. L’altitude (la Caja Magica est perchée à 667 m, NDLR) fait que les conditions sont plus rapides, ce qui avantage les grands serveurs. On le voit, les terriens ont souvent un peu plus de mal ici qu’ailleurs. »

A lui, donc, de ne pas jouer comme un terrien typique. Mais ça, ça ne devrait pas trop lui poser de problème…

Daniil Medvedev, Madrid, 2019

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