22 février 2007 : Le jour où Wimbledon a (enfin) adopté l’égalité de prize-money pour les femmes et les hommes

Dernier Grand Chelem à n’avoir pas encore franchi le pas, Wimbledon valide le 22 février 2007 le principe d’une égalité de prize-money entre les hommes et les femmes. 34 ans après l’US Open, qui était le premier des Majeurs à l’avoir fait.

Wimbledon, On this day

Ce qu’il s’est passé ce jour-là : Enfin l’égalité hommes-femmes à Wimbledon

Le 22 février 2007, le All England Club annonce l’égalité de prize-money entre hommes et femmes pour l’édition à venir du tournoi de Wimbledon. Le tournoi londonien est le dernier Grand Chelem à prendre cette décision, le premier ayant été l’US Open, où cet équilibre est en vigueur depuis 1973. Cette annonce met fin à un interminable débat de près de quarante ans.

Le lieu : Wimbledon, le poids de la tradition

Wimbledon est le tournoi de tennis le plus ancien et le plus prestigieux au monde. Organisé par le All England Lawn Tennis and Croquet Club depuis 1877, il s’est installé sur son site actuel en 1922, année de la construction du célèbre Centre Court. Considéré par beaucoup comme le court le plus impressionnant au monde, avec sa célèbre citation de Rudyard Kipling gravée au-dessus de l’entrée (« Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite Et recevoir ces deux menteurs d’un même front »), le Centre Court a vu s’affronter tous les plus grands joueurs de l’histoire. Après la conversion, dans les années 1970, de l’US Open à la terre battue puis au ciment, et après l’abandon du gazon au profit du dur par l’Open d’Australie en 1988, Wimbledon demeure le dernier tournoi du Grand Chelem sur herbe. Une surface qui convient généralement mieux aux serveurs-volleyeurs. Non seulement Wimbledon conserve sa surface historique, mais le tournoi maintient également certaines traditions comme l’obligation pour les joueurs de s’habiller en blanc. 

Wimbledon, 2020

L’histoire : Un combat de plus de 30 ans

À Wimbledon, le débat sur l’égalité de rémunération entre hommes et femmes fait rage depuis des dizaines d’années. En fait, pratiquement depuis le début de l’Ère Open, en 1968, lorsque les joueurs professionnels ont enfin pu participer aux tournois du Grand Chelem. À l’époque, lorsque Billie Jean King triomphe à Wimbledon, elle gagne l’équivalent de 37,5% de la somme reçue par son homologue masculin, Rod Laver. À l’époque, l’idée même de l’égalité des prix paraît incongrue, comme l’explique Laver en 1973, l’année de la « Bataille des Sexes ».

« J’ai été stupéfait par l’argent qui a été insufflé dans le tennis féminin. Billie Jean a gagné 117 000 dollars en 1971 et 113 200 dollars en 1972. Est-ce que j’aurais pu imaginer que je vivrais assez longtemps pour voir une femme gagner plus que moi ? Il aurait été absurde ne serait-ce que d’y penser. »

Rod Laver - On this day

La même année, cependant, l’US Open devient le premier grand tournoi à annoncer l’égalité des prix. Il faudra 34 ans pour que Wimbledon suive cette voie, après des années de débats acharnés. Pendant tout ce temps, le comité du tournoi refuse d’accorder l’égalité pour deux raisons principales : les hommes attireraient plus de spectateurs dans le stade, et les femmes ne jouent pas au meilleur des cinq manches. En 1999, John Curry, à l’époque président du All England Club, déclare ainsi :

« Nous faisons des sondages auprès de toutes les personnes qui viennent régulièrement et, dans trois sondages réalisés au cours des dix dernières années, 70 % des gens disent que ce qu’ils veulent avant tout regarder, ce sont les matches masculins. Les femmes ont tout à fait le droit de demander, mais je pense qu’il est blessant et préjudiciable pour Wimbledon d’exiger [l’égalité de rémunération]. Cela implique que nous les traitons injustement et ce n’est évidemment pas vrai. »

Cependant, même si, en 2006, l’égalité des prix n’est pas encore atteinte, l’écart n’est plus du tout le même qu’en 1968. La dernière vainqueure de Wimbledon, Amélie Mauresmo, a empoché 95% de la somme encaissée par Roger Federer, le vainqueur masculin.

Amélie Mauresmo & Roger Federer, 2006 Wimbledon champions

Depuis quelques années, la politique de Wimbledon est sous le feu des critiques. En 2005, la veille de la finale, Venus Williams, accompagnée de Larry Scott, président de la WTA, se rend à une réunion du comité du Grand Chelem, à laquelle assistent les principaux responsables de Wimbledon.

« Venus a fait valoir son point de vue de manière très articulée, racontera Larry Scott. Elle a laissé une impression très significative à tous ceux qui étaient présents. Il ne s’agissait pas d’un représentant en costume venu plaider la cause des joueurs . Il ne faisait aucun doute que c’était une position sincère. »

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La pression monte d’un cran en 2006, lorsque le Premier ministre Tony Blair lui-même appelle publiquement le club à adopter l’égalité en matière de prix.

Le 22 février, le président du All England Club, Tim Phillips, annonce le changement de politique.

« Le moment est venu de clore ce sujet de manière logique, et de mettre un terme à la différence de prix. Nous pensons que notre décision d’offrir un prize-money égal donnera un coup de boost au tennis dans son ensemble, et reconnaît l’énorme contribution des joueuses au jeu et à Wimbledon. Nous espérons que cela encouragera également les filles qui veulent faire carrière dans le sport à choisir le tennis. En bref, c’est bon pour le tennis, bon pour les joueuses et bon pour Wimbledon ».

La postérité du moment : Une annonce qui réjouit les femmes et divise les hommes

L’annonce du All England Club est  reçue avec beaucoup d’enthousiasme par de nombreuses personnalités du tennis.

« Le plus grand tournoi de tennis du monde a atteint un niveau encore plus élevé aujourd’hui, déclare Venus Williams. J’applaudis la décision prise aujourd’hui par Wimbledon, qui reconnaît la valeur du tennis féminin. Le tournoi 2007 aura une signification et une importance encore plus grandes pour moi et mes collègues. »

« Cette nouvelle était attendue depuis longtemps et je suis ravie que Wimbledon ait rejoint le club des tournois du Grand Chelem offrant des prix égaux pour les hommes et les femmes, se réjouit Billie Jean King, qui a remporté le tournoi à six reprises, et qui n’a cessé de se battre pour les droits des femmes. Wimbledon est l’un des événements les plus respectés dans le monde du sport et, maintenant que les femmes et les hommes sont payés de la même façon, il montre au reste du monde que c’est la bonne chose à faire pour le sport, le tournoi et le monde ».

Billie Jean King, 1975 Wimbledon

Côté masculin, la nouvelle a été accueillie de façon plus mitigée. Si John McEnroe, par exemple, soutient pleinement la décision (« Je pense que lorsque vous avez des hommes et des femmes qui jouent dans le même tournoi, il est ridicule d’avoir une différence de salaire. Ce serait donner l’exemple au reste de la société en général que d’avoir des prix égaux »), certains joueurs, comme Tommy Haas, pensent toujours que c’est injuste : « Je ne pense pas que [l’égalité des prix] soit vraiment juste, explique Haas à l’issue de l’annonce. Je pense que le tennis masculin est beaucoup plus dense que le tennis féminin. De plus, nous jouons le meilleur des cinq sets. »

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