Thiem, un improbable come-back pour décrocher le gros lot

Dominic Thiem, mené de deux sets et un break, a renversé Alexander Zverev en finale de l’US Open pour décrocher son premier titre du Grand Chelem dimanche (2-6, 4-6, 6-4, 6-3, 7-6). L’Autrichien remporte son premier Majeur à 27 ans et après trois finales perdues.

Dominic Thiem, 2020 US Open

Cet US Open pas comme les autres ne pouvait qu’accoucher d’un final pas comme les autres. Cette finale aussi médiocre dans le jeu que folle par son scénario a sacré ce dimanche Dominic Thiem (No 2), vainqueur d’Alexander Zverev (No 5) en cinq sets (2-6, 4-6, 6-4, 6-3, 7-6) et après tout juste quatre heures de jeu. Mené de deux sets et d’un break, perclus de crampes en fin de match, l’Autrichien est revenu de si loin pour remporter son premier titre du Grand Chelem, à 27 ans et lors de sa quatrième finale dans un Majeur. C’est sans doute pour ça qu’il avait tant de mal à réaliser ce qu’il avait accompli dans la foulée de la balle de match. Les regrets de Zverev, qui disputait sa première finale en Grand Chelem à 23 ans, seront à coup sûr tenaces, tant il avait tout pour devenir le premier joueur né dans les années 1990 à gagner un Majeur chez les hommes. Mais ce privilège est revenu à son ami au bout d’une finale qui ne marquera pas les esprits pour la qualité du tennis produit. Et pourtant, elle sera inoubliable à bien des égards.

119 fautes directes pour 95 coups gagnants…

D’abord parce qu’elle est allée jusqu’au tie-break du 5e set, une première dans l’histoire de l’US Open. Thiem était à bout physiquement, Zverev était à cran nerveusement, au moment d’aborder le jeu décisif le plus important de leur carrière. Le premier a minimisé ses efforts pour composer avec une jambe droite aussi tendue que son bras l’avait été au moment de servir pour le match à 6-5. Le second, qui a lui aussi servi sans succès pour le match, à 5-3, a bien tenté de conserver son plan de jeu offensif qui lui avait réussi par moments et l’avait plombé à d’autres. Mais l’Allemand ne s’est pas aidé avec deux doubles-fautes qui ont porté son total sur la partie à 15 et ont précipité en partie sa défaite. Comme un symbole de cette finale décousue, c’est sur une faute directe (119 à eux deux, pour 95 coups gagnants) de Zverev que le match s’est conclu.

Dominic Thiem

Zverev injouable pendant quasiment deux sets

Il y en avait certainement peu pour anticiper une telle issue 150 minutes plus tôt, tant le 7e joueur mondial a déroulé sans la moindre opposition pendant quasiment deux manches. Diminué par la douleur ressentie au tendon d’Achille contre Daniil Medvedev ou pas, Thiem a mis un temps fou à se libérer. Même à entrer dans sa finale. Il a concédé le premier break concédé dès le troisième jeu, comme dans les deuxième et troisième manches d’ailleurs, et était comme absent. En une demi-heure, le premier set était bouclé par Zverev, impeccable dans tous les secteurs (92% de points gagnés derrière la première balle, 7/8 au filet, 16 coups gagnants pour 6 fautes directes). Le natif d’Hambourg a maintenu le pied sur l’accélérateur pour mener 5-1 dans la deuxième manche et se procurer trois balles de set sur le service de Thiem. Et c’est là que l’Autrichien a montré les premières signes de rebellion qui ont construit sa remontée.

AlexanderZverev - Cropped

Le challenge décisif de Thiem

Zverev a certes conclu le set à sa cinquième balle de set. Mais il l’a fait après avoir perdu son service pour la première fois du match et a abandonné en route un peu de sa confiance. Ça ne l’a pas empêché de reprendre les devants en début de troisième manche. Mais le numéro 3 mondial l’a débreaké immédiatement pour revenir à 2-2. Thiem, positionné loin de sa ligne de fond de court en retour, a enfin semblé en capacité de couvrir son terrain et de placer les gifles dont il a le secret. Zverev est, lui, resté fidèle à son plan de jeu offensif (66 montées au filet sur la rencontre). Mais sa réussite dans son application a décliné au fil des minutes. Le tournant, c’est aussi un coup droit de Thiem annoncé faute à 4-4, 30-30. Si l’annonce avait été confirmée par le hawk-eye, Zverev aurait obtenu une balle de break pour servir pour le match dans la foulée. Mais le challenge de l’Autrichien a montré que sa balle avait attrapé la ligne pour quelques millimètres. Un petit miracle.

Deux ans pour réunir les ingrédients

Sur un fil, Thiem a finalement empoché ce jeu, puis a breaké Zverev immédiatement pour emmener ce match dans une quatrième manche. Puis dans une cinquième, après avoir maîtrisé le quatrième set, avec un break dans le septième jeu et deux petits points de perdus sur son engagement. La tension, déjà palpable dans le moindre coup de raquette, est alors montée d’un cran. La peur de gagner les a rattrapés, l’un après l’autre. Encouragé par son coach survolté, Nicolas Massu, Thiem s’est retrouvé plus souvent en difficulté que Zverev sur son service. Mais c’est là qu’il a sorti son meilleur tennis, aussi à un moment où le niveau global s’était élevé. Thiem le savait après trois finales perdues, il faut autant de cran que de talent pour s’imposer en tennis. Il avait un tout petit peu plus des deux que Zverev ce dimanche. Thiem a mis deux ans à réunir tous les ingrédients qu’il fallait, depuis sa première finale perdue à Roland-Garros. Un long chemin, comme cette finale en a été un. Le bonheur qui se trouve au bout n’en est que plus intense.

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