Machac à Tennis Majors : « A ce niveau-là, je peux battre presque n’importe qui »

Fraîchement sacré à Adelaïde, Tomas Machac a rallié Melbourne dans la foulée pour se plonger dans le grand bain de l’Open d’Australie. Malgré un tirage pour le moins corsé – Grigor Dimitrov d’entrée, puis potentiellement Stefanos Tsitsipas (n°31) et Lorenzo Musetti (n°5) – le Tchèque ne cille pas. Entre deux sessions d’entraînement, il a rappelé … Lire la suite

Tomas Machac, portrait 2025 Tomas Machac, portrait 2025 | © Tennis Majors / UTS

Fraîchement sacré à Adelaïde, Tomas Machac a rallié Melbourne dans la foulée pour se plonger dans le grand bain de l’Open d’Australie. Malgré un tirage pour le moins corsé – Grigor Dimitrov d’entrée, puis potentiellement Stefanos Tsitsipas (n°31) et Lorenzo Musetti (n°5) – le Tchèque ne cille pas. Entre deux sessions d’entraînement, il a rappelé Tennis Majors pour se livrer sur son état d’esprit, inscrire sa victoire dans le fil de sa carrière et témoigner de sa résilience après une seconde moitié de saison 2025 minée par les doutes physiques.

Tennis Majors : Un titre ATP juste avant un Grand Chelem, comme tu viens de le réaliser, c’est forcément particulier. Quel est ce soir pour toi (dimanche soir), le sentiment dominant entre la fatigue, la joie, le soulagement ou déjà la concentration sur la suite ?

Tomas Machac : C’est d’abord du soulagement. Je voulais très fort ce titre. Quand on arrive en demie ou en finale, on ne pense qu’à ça. Mais la réalité du circuit te rattrape vite : il faut sauter dans un avion le soir même pour rejoindre le site du Grand Chelem. On n’a pas vraiment le temps de savourer. Aujourd’hui, j’étais déjà sur les courts à Melbourne. Disons qu’un titre est une préparation idéale, mais qu’on nous vole un peu le moment de fête auquel on a droit normalement. Je n’ai rien changé à mes habitudes sous prétexte que je venais de gagner mon deuxième titre ATP. J’ai tapé une heure avec mon partenaire de double, avant de passer 45 minutes en salle. Une journée classique, en somme.

J’aime ces conditions, je me sens bien sur les courts de Melbourne Park.

Tennis Majors : Comment évalues-tu les conditions à Melbourne par rapport à celles d’Adelaïde ?

Tomas Machac : Adelaïde est un endroit très sec, c’est assez différent. Je dirais que Brisbane et Melbourne se ressemblent beaucoup, alors qu’Adelaïde est un cas à part, avec des conditions peut-être plus éprouvantes. Mais après deux ou trois sessions ici, on prend vite ses repères. J’aime ces conditions, je me sens bien sur les courts de Melbourne Park.

Tennis Majors : A Adelaïde, à quel moment as-tu senti que le titre était à ta portée ? Était-ce une ambition dès le départ ou une sensation qui a infusé tour après tour ?

Tomas Machac : C’est pendant mon quart contre Munar que le déclic a eu lieu. J’ai senti que mon niveau de jeu était excellent et pouvait me mener loin. Personnellement, je ne commence jamais un tournoi en pensant à la finale. Mais quand j’atteins ce niveau-là, je sais que je peux battre presque n’importe qui. C’est à ce moment-là que j’ai réalisé que le trophée pouvait être pour moi.

Tennis Majors : Contre Munar, qu’est-ce qui a cliqué précisément ? Qu’est-ce qui t’a fait comprendre que tu touchais un certain niveau de plénitude tennistique ?

Tomas Machac : Sur ce match, j’étais « dedans » dès la première frappe. Et je n’ai plus eu qu’une obsession : maintenir ce niveau de curseur jusqu’au bout. J’avais trouvé mon rythme. Je n’avais aucun doute, dans aucun secteur du jeu, que ce soit au service ou en retour. J’y voyais clair, sans l’ombre d’une hésitation sur mes choix.

Je suis parti en Australie avec d’énormes doutes, sans savoir si mon genou tiendrait.

Tennis Majors : La dernière fois que nous nous sommes vus, c’était à UTS Londres en décembre. Tu souffrais encore du genou. Le moins qu’on puisse dire est qu’en six semaines, la situation s’est retournée de la meilleure des manières. Comment as-tu utilisé cette période entre soins et reprise ?

Tomas Machac : Ce fut une période extrêmement complexe. En rentrant de Londres, je suis resté dix ou douze jours sans toucher la raquette à cause de ce genou. Je ne pouvais que soigner la blessure. J’ai repris, ça semblait aller, puis la douleur est revenue après quelques jours. J’ai dû subir de nouveaux traitements. Je suis parti en Australie avec d’énormes doutes, sans savoir si mon genou tiendrait. Puis, avec la chaleur et l’enchaînement des séances, la confiance est revenue. À Brisbane, la douleur avait disparu. Gagner un titre avec si peu de préparation foncière, c’est presque inespéré.

Tennis Majors : Comment abordes-tu 2026 ? Tu es encore jeune, mais tu commences à avoir une solide expérience du circuit…

Tomas Machac : Mon objectif tient en un mot : mon corps. Je n’ai pas d’attentes démesurées en termes de résultats. Mon seul but est de produire mon tennis avec un corps en état de marche et de prendre du plaisir sur le court. C’est quand je suis dans cet état d’esprit, sans calcul, que je joue mon meilleur tennis. Je veux surtout ne pas dévier de cet état d’esprit.

Ce titre à Adelaïde m’a montré la voie : pas d’attentes et tout se passera bien.

Tennis Majors : Quels sont les moments de plénitude, vécus plus tôt dans ta carrière, que tu aimerais retrouver pour être heureux sur le court ?

Tomas Machac : Ce titre à Adelaïde m’a montré la voie : pas d’attentes et tout se passera bien. Passer du temps sur le court sans se demander si l’on joue bien ou mal. Bien sûr, tout le monde rêve du Top 10 ou de la place de numéro 1, c’est le moteur ultime de chacun. Mais ce n’est pas ma finalité immédiate. Je veux construire mon jeu, match après match, et les résultats suivront naturellement.

Tennis Majors : Tu affrontes Grigor Dimitrov au premier tour à Melbourne. C’est un tirage musclé. Tu disais à Adelaïde que tu ne jouais pas au tennis pour avoir des tableaux faciles. Que voulais-tu dire?

Tomas Machac : Si je joue mon tennis, je peux battre n’importe qui. Alors certes, prendre Dimitrov d’entrée, ce n’est pas un cadeau. Il a l’expérience des grands rendez-vous, des demies et des quarts en Grand Chelem. Mais ma philosophie est simple : si je le bats, cela prouvera que j’ai le niveau pour aller très loin dans ce tournoi. C’est ce défi qui m’intéresse.

Tomas Machac - UTS Guadalajara 2025
Tomas Machac – UTS Guadalajara 2025 © Julien Nouet / UTS

Tennis Majors : Es-tu du genre à scruter tout le tableau ou prends-tu les tournois tour après tour ?

Tomas Machac : Je regarde en général les trois premiers tours potentiels, pas au-delà. À Adelaïde, je ne savais même pas qui j’affrontais après Munar. J’ai dû demander du côté de quelle grosse tête de série j’étais tombé : « C’est Davidovich Fokina ou Tommy Paul ? ». On m’a répondu : « C’est Tommy ». Voilà comment je fonctionne.

Tennis Majors : L’an dernier, tu avais atteint le 3e tour et perdu contre contre Novak Djokovic sur la Rod Laver Arena. Dirais-tu que Melbourne est un tournoi qui sied particulièrement à ton jeu ?

Tomas Machac : L’Australie est l’une de mes parties de saison préférées. J’aime la ville, les conditions, la surface, les balles… Tout me plaît ici. Même quand j’étais plus jeune, j’y ai toujours produit du bon tennis. J’ai compris très tôt, dès ma première visite, que ce tournoi ferait partie de mes points forts.

Tennis Majors : C’était quand, cette première fois ?

Tomas Machac : C’était pendant la période Covid, en 2021 je crois. Les qualifications s’étaient jouées à Doha. J’avais réussi à m’extraire des qualifs avant de perdre au deuxième tour contre Berrettini.

Tennis Majors : Tu es peut-être l’un des rares à garder un bon souvenir de cette édition-là…

Tomas Machac : (Rires) Pourtant, j’étais dans le groupe qui a dû subir les 14 jours de quarantaine stricte, enfermé dans une chambre sans fenêtre ! Je m’en souviens très bien. Mais si l’on parle purement de tennis, de surface et de sensations, oui, c’est un endroit où je me sens chez moi.

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