7 août 1992 : Le jour où Jennifer Capriati, 16 ans, a décroché l’or olympique à Barcelone

Chaque jour, Tennis Majors remonte le temps pour revenir sur un événement marquant pour la planète tennis. Aujourd’hui, nous retournons en 1992 pour voir comment Jennifer Capriati est devenue la plus jeune joueuse à gagner les Jeux olympiques.

7 August 2021
Jennifer Capriati 1992 Olympics

Ce qui s’est passé ce jour-là et pourquoi c’est historique : Jennifer Capriati, plus jeune joueuse à remporter les Jeux Olympiques

Ce jour-là, le 7 août 1992, Jennifer Capriati, 16 ans, domine la numéro 2 mondiale et championne olympique en titre, Steffi Graf (3-6, 6-3, 6-4), pour obtenir la médaille d’or aux Jeux de Barcelone. Il s’agit du premier titre majeur remporté par la prodige américaine, qui n’en gagnera pas d’autre pendant près de dix ans, jusqu’à son triomphe à l’Open d’Australie, en 2001. Jusqu’à ce jour, elle reste la plus jeune joueuse de tennis à avoir obtenu une médaille d’or olympique.

Liste des médaillées d’or olympiques féminines en tennis, par âge, depuis la réintroduction du tennis aux JO en 1988

Jennifer Capriati, 16 ans, 1992
Steffi Graf, 19 ans, 1988
Lindsay Davenport, 20 ans, 1996
Venus Williams, 20 ans, 2000
Justine Henin, 22 ans, 2004
Monica Puig, 22 ans, 2016
Belinda Bencic, 24 ans, 2020
Elena Dementieva, 26 ans, 2008
Serena Williams, 30 ans, 2012

Les personnages : Jennifer Capriati et Steffi Graf

  • Jennifer Capriati, surpuissante du fond du court

Jennifer Capriati est née en mars 1976, à Long Island, New York. En 1986, sa famille déménage en Floride, où, sous la houlette du père de Chris Evert, Jimmy, elle devient un véritable enfant prodige. Ses coups surpuissants du fond de court font forte impression sur l’ensemble du tennis féminin. A 13 ans, elle remporte Roland-Garros juniors, et elle passe pro l’année suivante, avant d’avoir fêté ses 14 ans. En mars, elle atteint la finale du premier tournoi WTA qu’elle dispute, à Boca Raton, seulement battue par la n°2 mondiale, Gabriela Sabatini (6-4, 7-5). Quelques semaines plus tard, à Charleston, elle élimine la 5e mondiale, Arantxa Sanchez (6-1, 6-1), avant de s’incliner en finale face à Martina Navratilova (6-2, 6-4). Déjà 24e mondiale, elle devient la plus jeune joueuse à se hisser en demi-finales de Roland-Garros, battant la 8e mondiale, Mary Joe Fernandez, avant d’être battue par Monica Seles (6-2, 6-2).

L’année suivante, elle atteint les demi-finales à Wimbledon et à l’US Open, mais en 1992, bien qu’elle atteigne les quarts de finale à l’Open d’Australie et à Roland-Garros, elle semble proche du burn-out. Ses résultats scolaires se détériorent en même temps que sa relation avec ses parents, et son père, Stefano, est accusé de lui demander trop d’efforts. En août 1992, elle est numéro 6 mondiale

  • Steffi Graf, son jeu de jambes phénoménal

En août 1992, Steffi Graf est n°2 mondiale, derrière Monica Seles. S’appuyant sur un énorme coup droit avec lequel elle fait pratiquement tout ce qu’elle veut, un jeu de jambes phénoménal et un revers slicé pour neutraliser ses adversaires, l’Allemande a siégé sans discontinuer au sommet du classement WTA de 1987 à 1991. Elle a réalisé un incroyable « Grand Chelem doré » en 1988, ajoutant une médaille d’or olympique aux quatre titres du Grand Chelem, exploit unique dans l’histoire du tennis. À 23 ans, elle détient déjà 11 titres majeurs et, si Seles l’a battue à l’arraché en finale de la dernière édition de Roland-Garros (6-2, 3-6, 10-8), elle vient de se rappeler à son bon souvenir, prenant sa revanche sur sa principale rivale en finale de Wimbledon (6-2, 6-1).

Le lieu : Le complexe Tennis de la Vall d’Hebron à Barcelone

L’épreuve de tennis de Jeux Olympiques de 1992 se déroule à Barcelone, au Tennis de la Vall d’Hebron, qui a été rénové en 1991 pour l’occasion. Le complexe compte dix-sept courts de tennis, dont cinq sont utilisés pour le tournoi.

L’histoire : Capriati renverse Graf pour aller chercher la médaille d’or

En août 1992, bien qu’elle n’ait que 16 ans, Jennifer Capriati, la plus jeune joueuse à avoir jamais atteint les demi-finales d’un tournoi du Grand Chelem, à l’âge de 14 ans, était déjà au bord du burn-out. Ses résultats exceptionnels à un si jeune âge ont mis une grosse pression sur les épaules de l’adolescente, et même si ses derniers résultats lui permettent d’occuper la 6e place mondiale, on attend encore mieux d’elle. Sa relation avec son père, Stefano, se détériore au point que, accusé de la pousser à bout, en mars 1992, il engage l’ancien entraîneur de Steffi Graf, Pavel Slozil, pour prendre un peu de recul. “Pour l’instant, elle a besoin de moi en tant que père, pas en tant qu’entraîneur”, explique-t-il alors à Sports Illustrated. Slozil est licencié en avril. Au milieu de cette tourmente, Capriati a néanmoins atteint au moins les quarts de finale lors des cinq derniers tournois du Grand Chelem, mais elle ne s’est jamais qualifiée pour une finale, et elle court désespérément après un premier succès majeur. Elle se prépare pour les Jeux olympiques de Barcelone, qui se déroulent sur terre battue, avec un entraîneur espagnol, Manolo Santana, et, avec une régularité nouvellement acquise, elle traverse sans encombre les premiers tours, jusqu’aux demi-finales, où elle bat la numéro 3 mondiale, Arantxa Sanchez-Vicario (6-3, 3-6, 6-1). 

En finale, elle affronte Steffi Graf, qu’elle n’a jamais battue en quatre précédentes confrontations. L’Allemande, qui a perdu son trône de numéro 1 en 1991 au profit de Monica Seles, vient de remporter Wimbledon et, en l’absence de sa plus grande rivale, elle est la tête de série n°1 du tournoi olympique. Après sa défaite serrée face à Seles en finale de Roland-Garros, son succès à Londres a rappelé à tous qu’elle n’a que 23 ans et qu’elle n’a pas l’intention d’abandonner sa chasse aux titres majeurs et à la première place mondiale. Elle se hisse en finale sans perdre un seul set et fait figure de grande favorite.

Graf prend le meilleur départ pour gagner le premier set, 6-3, mais dans le deuxième set, Capriati serre le jeu et ne donne plus de points gratuits. Le coup droit de Graf, son arme de prédilection, ne s’avère pas aussi dévastateur que d’habitude. L’Allemande perd patience et réalise un total inhabituel de 48 fautes en coups droits tout au long de cette finale. L’Américaine remet la balle au centre en remportant le deuxième set, 6-3.

Les deux joueuses entament le dernier set par un échange de breaks. À 4-4, Graf, menée 0-40, recolle à égalité, mais elle est finalement breakée malgré tout, et quelques minutes plus tard, elle expédie un dernier coup droit dans le filet, faisant ainsi de Jennifer Capriati la nouvelle championne olympique.

“Elle était très régulière depuis la ligne de fond et elle ne m’a pas donné beaucoup de points comme elle le fait parfois”, explique Graf, selon le New York Times. “Elle a été patiente, ce qui n’était pas mon cas.”

Capriati, qui, malgré son jeune âge, vient de décrocher un premier titre majeur depuis longtemps attendu, est très émue lors de la cérémonie de remise des médailles.

“C’était tellement émouvant. J’ai eu des frissons tout le temps. Je n’arrive pas à y croire. Toute la semaine, j’ai regardé les autres athlètes là-haut et j’étais avec eux et je me suis dit : ‘Wow, ce serait tellement cool’. »

La postérité du moment : Capriati numéro une mondiale en 2001

Malheureusement, les difficultés de Capriati à gérer la pression exercée sur elle par les médias ne feront qu’augmenter dans les mois qui suivent et, en 1994, elle abandonnera même temporairement le tennis. De retour sur le circuit en 1996, elle n’obtiendra aucun résultat remarquable jusqu’à l’Open d’Australie 2000, où elle atteindra les demi-finales. Ce sera le début d’une nouvelle carrière : de 2001 à sa retraite en 2004, Capriati ne quittera plus jamais le top 10, remportant 3 titres du Grand Chelem (l’Open d’Australie en 2001 et 2002, Roland-Garros en 2001), et atteignant les demi-finales à six reprises. En octobre 2001, Capriati deviendra numéro 1 mondiale, une place qu’elle conservera pendant 17 semaines.

Après l’agression de Seles en 1993, Steffi Graf retrouvera le sommet du classement jusqu’en 1997, établissant un nouveau record de 377 semaines passées en tête du classement WTA. En si’mposant à l’US Open 1995, elle deviendra la seule joueuse de l’histoire à avoir gagné chacun des tournois du Grand Chelem à au moins quatre reprises. A sa retraite, en 1999, peu de temps après son dernier titre majeur conquis à Roland-Garros, elle aura remporté un total incroyable de 22 tournois du Grand Chelem.

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