6 août 1995 : le jour où Albert Costa, futur vainqueur de Roland-Garros, a remporté le premier titre de sa carrière

Chaque jour, Tennis Majors remonte le temps pour revenir sur un événement marquant pour la planète tennis. Aujourd’hui, nous retournons en 1995, le jour où Albert Costa a battu Musterminator, l’ogre de la terre battue, sur ses propres terres, pour remporter son premier titre à Kitzbühel.

Ce qui s’est passé ce jour-là et pourquoi c’est historique : L’exploit du jeune Costa

Ce jour-là, le 6 août 1995, le futur vainqueur de Roland-Garros Albert Costa, alors âgé de 20 ans, remporte son premier titre, à Kitzbühel. Pour réaliser cet exploit, le jeune Espagnol vient à bout, en cinq sets, de la star locale et vainqueur du dernier Roland-Garros, Thomas Muster, considéré à l’époque comme presque imbattable sur terre battue.

Les personnages : Albert Costa et Thomas Muster

  • Albert Costa, un terrien qui monte en puissance

Albert Costa, né en 1975, passe professionnel en 1993, et fait son entrée dans le top 100 l’année suivante, peu après sa première victoire contre un top 10 (Sergi Bruguera, à Estoril, 6-2, 4-3, ab.). Il se fait connaître en 1995 à Roland-Garros, avec une impressionnante victoire en huitièmes de finale, contre l’ancien numéro un mondial Jim Courier (6-4, 1-6, 7-6, 6-4), et en poussant le futur vainqueur du tournoi, Thomas Muster, à un combat en cinq sets en quart de finale (6-2, 3-6, 6-7, 7-5, 6-2). En août 1995, il est 27e mondial.

  • Thomas Muster, l’ogre de l’ocre

Thomas Muster est né en 1967. Gaucher, il développe un jeu classique de terre battue, imprimant beaucoup de lift des deux côtés et possédant une condition physique hors-normes. Il base son tennis sur de longs échanges très intenses du fond de court, qui lui valent le surnom de « Musterminator ». Il soulève son premier trophée sur le circuit en 1986, à Hilversum, sur terre battue, aux dépens de Jakob Hlasek (6-1, 6-3, 6-3). Bien que tous les tournois gagnés par Muster avant 1990 l’aient été sur ocre, son premier coup d’éclat en Grand Chelem a lieu sur dur, à l’Open d’Australie 1989, où il attend les demi-finales (battu par Ivan Lendl, 6-2 ,6-4, 5-7, 7-5). Cette même année, juste après avoir éliminé Yannick Noah en demi-finale à Miami (5-7, 3-6, 6-3, 6-3, 6-2), il est percuté par un chauffard et son genou est gravement endommagé. Après une opération chirurgicale, il marque le tennis de son empreinte lorsqu’une image fait le tour du monde, sur laquelle on le voit frapper des coups droits assis sur un banc, la jambe plâtrée. Il devient alors l’image même de la résilience.

Sa volonté de revenir porte ses fruits et il est de retour en 1990, et atteint bientôt les demi-finales de Roland-Garros en 1990, battu par le futur vainqueur du tournoi Andres Gomez (7-5, 6-1, 7-5). Malgré un premier titre sur dur à Adelaïde, il s’aperçoit bientôt que la terre battue est moins traumatisante pour son genou et se spécialise encore davantage, remportant presque tous ses titres sur terre battue. Parmi ceux-ci, les plus important sont le tournoi de Rome en 1990, et celui de Monte-Carlo en 1992, jusqu’à ce qu’en 1995, il soit l’auteur de l’une des plus grandes saisons sur terre battue jamais réalisées : invaincu sur ocre 40 matchs durant, il gagne les tournois d’Estoril, Barcelone, Monte-Carlo, Rome et enfin Roland-Garros (aux dépens de Michael Chang, 7-5, 6-2, 6-4).

Le lieu : Kitzbühel

La ville de Kitzbühel, station de ski des Alpes autrichiennes, accueille un tournoi de tennis sur terre battue chaque année, peu après Wimbledon, depuis 1958. Bien que ce ne soit pas l’un des tournois les plus richement dotés, de grands joueurs y participent régulièrement, attirés par la possibilité de jouer plus sur terre battue mais aussi par la beauté des lieux. Parmi les anciens vainqueurs du tournoi, on compte des stars tels que Guillermo Vilas (1977, 1979, 1982, 1983), Pete Sampras (1992), ou encore Thomas Muster (1993).

L’histoire : Costa bat Muster sur ses terres

En 1995, sur terre battue, affronter Thomas Muster représente le défi ultime. L’Autrichien a gagné le surnom de “Musterminator”, en accumulant 40 victoires consécutives et en s’imposant pour la première fois à Roland-Garros. Pour Albert Costa, en ce  6 août 1995, le défi est encore plus élevé, car non seulement il joue contre Muster sur ses propres terres, à Kitzbühel, mais il l’affronte également en finale, alors que le puissant gaucher a remporté ses 24 dernières finales sur terre battue. Le dernier homme à l’avoir battu lors d’une finale sur cette surface est Karel Novacek, à Munich, en 1990. De son côté, le jeune Espagnol a perdu ses deux premières finales ATP, toutes deux en 1995, à Casablanca et à Estoril.

Cependant, Costa a au moins deux bonnes raisons de croire en ses chances. La première est que, bien qu’il ait été balayé par Muster en finale d’Estoril, au printemps (6-4, 6-2), il a été le seul joueur à le pousser aux cinq sets lors de son triomphal parcours à Roland-Garros. La seconde est que la série de 40 victoires consécutives de l’Autrichien a récemment pris fin, lorsqu’il a perdu contre un autre jeune Espagnol, Alex Corretja, à Gstaad (7-5, 6-1). Il est intéressant de noter que Corretja, un ami proche de Costa, jouait de façon assez similaire, avec beaucoup de lift, un revers à une main et beaucoup de décalage coup droit.

À l’époque, de nombreux tournois, bien que n’étant pas des Grands Chelems, font jouer leur finale au meilleur des cinq manches, et Kitzbühel est l’un d’entre eux depuis 1986. Depuis, trois finales ont été jouées en cinq sets, mais Costa et Muster sont sur le point de jouer la quatrième. Après plus de trois heures d’une lutte acharnée depuis la ligne de fond de court, les deux joueurs utilisant leur énorme lift pour tenir l’adversaire à distance avant de lui faire visiter le court, Costa prend le dessus (4-6, 6-4, 7-6, 2-6, 6-4) et remporte son premier titre ATP.

La postérité du moment : Costa finira par remporter Roland-Garros

Au total, Albert Costa remportera 12 titres au cours de sa carrière, tous sur terre battue. L’apogée de sa carrière se situera en 2002, lorsqu’il remportera un titre inattendu à Roland-Garros, en battant sur sa route plusieurs favoris du tournoi comme Gustavo Kuerten, Alex Corretja et Juan Carlos Ferrero en finale (6-1, 6-0, 4-6, 6-3). L’année suivante, tentant de défendre son titre, il se hissera en demi-finale après avoir remporté quatre matchs en cinq sets et passé plus de 21 heures sur le court avant d’être battu par Ferrero (6-3, 7-6, 6-4). Il prendra sa retraite en 2006.

Thomas Muster atteindra la première place mondiale en février 1996. Il recommencera ensuite une incroyable série de victoires, remportant cinq titres à Mexico, Estoril, Monte-Carlo, Barcelone et Rome, avant de s’incliner à la surprise générale face à Michael Stich en huitièmes de finale de Roland-Garros (4-6, 6-4, 6-1, 7-6). Après un dernier grand titre en mars 1997 à Miami, où il battra en finale Sergi Bruguera (7-6, 6-3, 6-1), et un dernier quart de finale Porte d’Auteuil en 1998 (perdu contre Felix Mantilla, 6-4, 6-2, 4-6, 6-3), Thomas Muster déclinera peu à peu et prendra sa retraite en 1999.

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