ATP et WTA : le rapprochement avant la fusion ? L’analyse des annonces de Steve Simon

La suggestion de Roger Federer sur Twitter, en avril dernier, de fusionner l’ATP et la WTA, a suscité des discussions sur l’enjeu d’une plus grande collaboration entre les hommes et les femmes, au bénéfice de tous.

ATP and WTA stars

Dans son entretien avec Tennis Majors publié vendredi dernier, le patron de la WTA, Steve Simon, a fait un joli tour d’horizon des sujets qui comptent, de l’impact du Covid-19 sur le tennis, à ses plans pour 2021 et au retour du public en tribunes (en 2022 ?). Mais de tous les sujets, sa confirmation d’une collaboration croissante entre la WTA et l’ATP a été l’affaire la plus sérieuse.

Pour rappel, voici ce que Steve Simon a dit à propos du récent alignement des catégories de tournois de la WTA sur ceux de l’ATP et donc d’une fusion potentielle entre l’ATP et la WTA, évoquée en avril par Roger Federer.

« Andrea (Gaudenzi, président de l’ATP) en a parlé, moi aussi, plus nous travaillons ensemble, mieux ce sera. C’est l’exemple parfait. Quand j’ai contacté l’ATP pour leur expliquer que nous envisagions de faire cela et pourquoi, ils n’ont pas mégoté, alors qu’ils auraient pu. Je ne voulais pas nous engager sur leurs catégories de tournois sans qu’ils soutiennent cette idée. C’était avant tout pour les fans et les médias, pour une meilleure lisibilité. C’est une étape très positive et ça montre à chacun que nous travaillons réellement main dans la main. Au cours de l’année passée, je pense que les instances de notre sport ont collaboré comme jamais auparavant. Je pense que vous verrez encore plus l’ATP et la WTA travailler ensemble à l’avenir, et c’est très bien ainsi. On discute assez régulièrement. D’abord Andrea et Massimo (Calvelli, le directeur exécutif de l’ATP), évidemment, mais avec leur équipe aussi. Nous parlons souvent, comme il se doit. »

Steve Simon - WTA

Inévitable

Il reste de nombreux obstacles à surmonter pour arriver à une fusion entre l’ATP et la WTA. Les deux instances chercheront notamment à conserver leur identité propre. Tout rapprochement prendra beaucoup de temps ; tous les accords qui lient chacune des deux instances à leurs partenaires devraient par exemple être renégociés.

Y aurait-il un conseil des joueurs combiné, par exemple ? Pour l’heure, la façon dont les acteurs défendent leurs intérêts n’est pas la même côté ATP et côté WTA. Les incertitudes financières seront peut-être l’étincelle dont tout le monde avait besoin.

En attendant, une forme de coopération a déjà commencé, Madrid ayant prolongé la durée de son tournoi, qui durera désormais deux semaines. Nous devons probablement nous attendre à davantage de tournois combinés, à une mise en commun des ressources financières permettant une réduction des coûts et une augmentation des recettes. L’ATP sait que les Grands Chelems plus puissants que jamais. Un rapprochement de l’ATP et la WTA aiderait les deux circuits à peser dans un contexte où le probable report de l’Open d’Australie 2021 leur promet bien des difficultés.

L’idée d’une fusion n’est pas nouvelle. En 2008, Larry Scott, alors chef  de la WTA, voulait que les Tours fusionnent, mais il a été bloqué par l’ATP à cause du facteur toujours épineux et à l’époque indépassable, mais de plus en plus dépassé, de l’égalité du prize-money. L’idée même d’une fusion est extrêmement exigeante. Que Roger Federer ait relancé la discussion avec son tweet en avril est une façon de rappeler la dimension du projet.

L’étincelle de Federer

Une fusion – ou au moins une plus grande collaboration – permettrait également d’engager les fans de tennis d’une manière plus intuitive, avec une parole unique sur les réseaux sociaux par exemple. Les sponsors et la télévision, en particulier, gagneraient à s’associer à un produit « tennis » unique.

Steve Simon assure qu’il ne savait pas que Federer allait tweeter à propos de la fusion ATP-WTA. L’ATP semblait bien le savoir – les réactions de personnes comme Rafael Nadal étaient trop bien rédigées et trop rapides pour que l’hypothèse contraire soit ouverte – mais il faut croire Steve Simon. Des joueurs comme Andy Murray sont également très favorables à l’idée et si les plus grands noms du sport tirent dans la même direction, il sera difficile d’arrêter le train.

« Certaines joueuses ont la même envie, je vous le garantis. Si vous parliez à Serena, à Venus, ou à d’autres, vous entendriez le même discours et le conseil des joueuses est aussi favorable à une plus grande collaboration. J’y crois vraiment. Il y a évidemment des obstacles, des questions économiques qui sont problématiques en la période actuelle. Mais je pense que plus nous pousserons dans cette direction, et mieux ce sera. »

La route est encore longue et toute fusion prendra des années à se réaliser. Mais le fait que l’ATP et la WTA affichent leur volonté de travailler ensemble donne une idée de l’avenir du tennis.

Traduit de l’anglais par Victor Lengronne

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