Mattek-Sands: Tennis United est la preuve que la WTA et l’ATP, unis, sont plus forts

Tennis Majors s’est entretenu avec Bethanie Mattek-Sands pour plonger un peu dans son aventure Tennis United, et découvrir comment l’émission aide à rassembler les joueurs et les fans.

Bethanie Mattek-Sands, co-host of Tennis United

Tennis Majors s’est entretenu avec Bethanie Mattek-Sands pour plonger un peu dans son aventure Tennis United, et découvrir comment l’émission aide à rassembler les joueurs et les fans.

Le 11 avril dernier, Bethanie Mattek-Sands et Vasek Pospisil ont animé la première émission Tennis United. Au milieu de la pandémie, l’ATP et la WTA ont décidé d’agir ensemble  afin de distraire leurs fans et de rassembler joueurs et joueuses. En choisissant la personnalité haute en couleur de Mattek-Sands, ils ne se sont pas trompés. L’Américaine a un don pour faire sortir ses collègues de leur zone de confort, de contrôle, et donc pour les aider à s’ouvrir un peu et vraiment s’inscrire dans le partage avec l’audience mais aussi avec les autres joueurs et joueuses.

La joueuse américaine, n°1 en double en 2017 et Top 30 en simple en 2011, est une personnalité bien connue du public, que ce soit par ses tenues inimitables, sa joie de vivre ou tout simplement son palmarès avec cinq titres du Grand Chelem en double et quatre en double mixte. En 2017, Mattek-Sands s’était très gravement blessée au genou droit pendant Wimbledon, alors elle en connaît un rayon sur le fait de se retrouver coincée loin du circuit pendant des mois et des mois. Elle a accepté de répondre à nos questions depuis sa maison de Phoenix en Arizona, histoire d’en savoir un peu plus sur cette aventure Tennis United et de ce que l’émission montre des joueurs et des joueuses.

Tennis United, showing the way?

Bethanie, on dirait que vous avez trouvé une nouvelle vocation ! Quel bilan tirez-vous de l’aventure Tennis United pour le moment ?
C’est pour le moment une super aventure, vraiment. C’est dingue de voir combien le temps a passé vite d’ailleurs. Je prends beaucoup de plaisir à animer cette émission avec Vasek. On se connaissait avant mais pas aussi bien. Evidemment, on se voyait sur les tournois, on discutait vite fait mais là j’ai vraiment appris à le connaître un peu mieux grâce à cette émission. C’est vraiment agréable de discuter avec tous les joueurs et les joueuses, mais aussi les directeurs de tournois, etc. C’est intéressant de voir à quel point on s’est tous manqué. Après tout, on est habitué à se voir chaque semaine.

J’apprécie de retrouver tout ce petit monde. Et c’était un très bon moment pour mettre en place quelque chose comme Tennis United, qui unifie les deux circuits et tout le monde autour. Le tennis est un sport individuel mais en même temps on sait qu’on est tous dans le même bateau et on a l’habitude d’être tous ensemble sur les routes. C’est vraiment une famille, et je suis ravie d’avoir l’opportunité de présenter l’émission Tennis United.

C’est à se demander pourquoi une telle initiative n’a pas été mise en place plus tôt non ?
Oui, tout à fait. Je suis surprise que ça ait pris tant de temps mais je suis également heureuse qu’on y soit enfin parvenue. Je suis ravie de constater que les deux circuits ont saisi cette opportunité de nous rassembler. On voit bien comment ça se passe sur les tournois combinés: il y a bien plus de fans, le spectacle est meilleur, c’est très sympa pour les joueurs et les joueuses. Je pense que les deux circuits vont être meilleurs et plus forts une fois unifiés. On a vu des joueurs en discuter, on a vu Rafa (Nadal) et Roger (Federer) en parler sur Twitter, de même que Simona Halep et d’autres joueuses. Je suis satisfaite de voir que le moment est enfin venu. Allons-y, ne perdons plus de temps !

Nous ne sommes pas si différents: on joue quasiment dans les mêmes villes, quasiment les mêmes tournois, et on s’entraîne tous aussi dur. Alors on est d’évidence plus fort quand on est uni, et c’est là tout le concept de Tennis United : vraiment rassembler toute la communauté du tennis, avoir en un seul point de rencontre et d’interaction pour les fans et les joueurs. C’est différent d’une interview classique à un média. L’idée a prouvé qu’elle était bonne et on pense continuer l’émission même après la reprise: on sera sur place plus souvent, avec la possibilité de montrer un peu les coulisses, avec pourquoi pas des interviews dans les vestiaires. Et toujours dans la bonne humeur. C’est une bonne manière pour les fans de voir l’intérieur de ce sport parce qu’en tennis cela arrive moins souvent que dans d’autres sports. Le tennis c’est parfois compliqué pour ça car on voit surtout les matches, et les joueurs ne parlent pas beaucoup donc on ne voit pas énormément d’interactions. C’est donc super de réussir via l’émission à les connaître mieux.

Quels retours avez-vous reçus de la part des joueurs et des joueuses ?
Très bon ! Lors de la première interview avec Karolina Pliskova, elle a intégré notre conférence Zoom et s’est écriée « Oh mon Dieu, c’est la première fois que je revois d’autres joueurs que ma soeur ! C’est chouette. » Avec Vika (Azarenka) et Feliciano (Lopez), on a fini par discuter pendant une heure, autour de l’avenir de la saison, nos souvenirs, les tournois joués dans le passé. C’est vraiment une bonne plateforme pour eux, et je trouve que tout le monde s’y est senti très à l’aise. C’est tout le principe.

Que ce soit avec Tennis United ou Instagram Live, à chaque fois que je suis en charge d’une interview je veux montrer la meilleure personnalité des personnes concernées. Je sais que je fais partie des extraverties du circuit, que tout le monde n’est pas comme moi, mais chacun a une histoire intéressante, des loisirs, des relations. J’aime vraiment les débats que nous avons. Les joueurs s’amusent, et ça a été assez facile de les faire venir dans l’émission. J’espère qu’on va continuer à monter en puissance.

Pensez-vous que cela aide également joueurs et joueuses à traverser cette période difficile ?
Oui, je le pense. Et on revient au fait que le tennis est un sport individuel : nous sommes nombreux à être habitués à rester dans nos bulles, et ce n’est pas facile d’être hyper sociable pendant les tournois parce qu’on est là pour faire notre travail et qu’on a en plus tous des emplois du temps différents. Alors quand on se retrouve avec autant de temps à passer sans compétition, comme en ce moment, et sans avoir de date de reprise, je pense que ça a été dur à vivre pour beaucoup de joueurs et que c’est toujours le cas. Mais en se rassemblant autour de Tennis United, on a pu constater que personne n’était seul dans ces cas-là, que nous étions tous dans l’incertitude et que d’une certaine manière on avait là l’occasion de se soutenir les uns les autres même de loin.

Et puis ça permet de garder un peu de légèreté, d’humour, ce qui est aussi une bonne chose. Il y a tant de choses graves qui se produisent, qui sont évidemment très importantes et dont il faut parler, mais il y a un équilibre à trouver. Si je passe ma journée à écouter les informations, ça va être difficile de garder la joie de vivre. On doit faire face à la réalité, mais comment rester positif en même temps ? Comment rire un peu ? Comment garder un peu de légèreté d’esprit ? C’est un des grands principes de l’émission. Et ça fait aussi partie de ma personnalité : j’aime trouver des raisons de profiter de la vie. J’ai traversé pas mal de blessures et ce fut l’un des meilleurs moyens de rebondir : essayer de trouver des aspects positifs, un petit rayon de soleil, parce qu’il y en a.

Chaque joueur vit la situation de manière différente mais ce qui est intéressant c’est que quand vous leur parlez, vous comprenez pourquoi ils sont si bons dans leur job. Parce qu’ils ont une certaine vision des choses, une façon de trouver comment se défaire des obstacles et affronter les défis. Quand on leur demande de parler des façons de garder de la motivation, de voir les choses sous un meilleur angle, ils donnent tous de très bonnes réponses.  C’est aussi pourquoi les gens devraient s’inspirer des ces professionnels : ils représentent vraiment une bonne influence, ont un super mentalité et ne cessent d’apprendre des choses sur eux-mêmes. C’est très agréable pour moi de partager leurs histoires, de connecter les fans aux joueurs et les joueurs les uns avec les autres. Beaucoup de positif sort de tout ça.

Pensez-vous vraiment que la fusion entre l’ATP et la WTA va se produire ?
Oui, je le pense. Il y a tellement d’organisations impliquées… Vous avez l’ITF, les Grands Chelems, la WTA, l’ATP, et puis les tournois qui sont la propriété de différentes agences et de personnes privées. Du coup ça demande un grand effort pour réunir tout le monde. C’est pourquoi j’espère vraiment que l’heure est arrivée, qu’on va tous pouvoir s’asseoir autour de la table et faire ce qui est le mieux pour chacun, pour le tennis, pour les joueurs, pour les sponsors. Je suis fan de cette possibilité qu’on se rassemble tous et qu’on trouve une solution qui soit gagnante pour tout le monde, parce que je suis convaincue que c’est possible.

Je pense sincèrement que les deux circuits seront plus fors une fois unifiés. Si on pense à ce que la qualité du spectacle peut représenter pour les sponsors… Il y a tant de bénéfices pour les joueurs et les joueuses, pour les partenaires, pour la télévision aussi. Si le tennis pouvait prendre les devants sur le sujet ce serait fantastique puisque ça deviendrait un des rares sports à avoir les hommes et les femmes évoluant dans le même circuit. Soyons leader ! Nous avons déjà effectué tant d’avancées en termes d’égalité, alors continuons comme ça. Je ne vois que des avantages à cette fusion. Espérons que ceux qui nous gouvernent vont se rassembler et trouver un accord. Je pense que c’est possible.

Vous avez eu cette horrible blessure à un genou il y a trois ans : pensez-vous que ça vous a quelque part préparé à vivre cette suspension du circuit actuellement ?
Je me sens, si je peux me le permettre, un peu chanceuse d’avoir dû traverser une épreuve pareille avant. Pour moi, me retrouver au repos forcé mais en bonne santé est assez agréable ! Je peux quand même m’entraîner, je peux rester active, alors que les dernières fois que je me suis retrouvée loin du circuit et dans l’incapacité de jouer, j’étais en béquilles et j’attendais de pouvoir marcher de nouveau. J’ai beaucoup appris de ces blessures et de ces repos forcés. C’est ce qui me fait dire que trouver le bon côté des choses est important : cela ne va pas compromettre votre retour ni votre esprit de compétition. Il faut toujours trouver les aspects positifs de la vie.

Si je repense à mes blessures, en particulier je pense à ma première blessure à la hanche en 2008 : je me souviens avoir été si en colère et frustré. J’étais hors de moi pendant la rééducation. Quelle perte de temps pendant trois mois ! J’ai fini par revenir, par avoir des résultats incroyables. Alors à chaque fois que je dois affronter une situation difficile, j’y repense pour bien me rappeler que ça finira par passer et qu’il y a d’autres belles choses qui m’attendent. Donc oui ça m’aide aujourd’hui aussi, c’est sûr. Il faut juste trouver une motivation.

Ce qui m’impressionne en fait c’est combien certains joueurs ont été capables de se livrer, d’admettre qu’ils ne vont pas bien, qu’ils ont du mal à gérer cette incertitude ou même de l’anxiété. Alors que c’est normal en fait. Je suis ravie qu’ils décident de partager leurs sentiments parce qu’ils ne sont pas seuls à être dans cette situation. Je pense que ça aide qu’on en parle et qu’on trouve des solutions ensemble. Au final, il y aura de la lumière au bout du tunnel, et nous sommes plus que seulement des joueurs de tennis. C’était la chose essentielle aussi : découvrir que nous valons plus que nos résultats ou nos classements et qu’on peut faire autre chose dans la vie. C’est la clé. Et si les joueurs peuvent s’en rendre compte pendant leur carrière, ça ne fera que les aider quand le temps de la retraite viendra. Je trouve qu’ils réussissent désormais à trouver cet équilibre. Ce que je peux vous dire avec certitude en revanche, c’est qu’à la reprise du circuit tout le monde va être remonté comme une pendule.

Vous croyez encore que vous allez rejouer en 2020 ?
Je pense que ça va être très difficile de voir les deux circuits reprendre cette année. Pour des raisons de logistiques, ça va être un vrai défi pour notre sport. Il y a tant de pays impliqués. On a un tournoi à un coin du monde différent chaque semaine. On a des joueurs provenant de tant de pays différents. Et puis chaque pays a des règles différentes de quarantaines. Certains pays sont désormais ouverts, d’autres pas. Et on ne peut pas vraiment recommencer si un joueur ne peut pas voyager, il faut être juste pour tout le monde.

Alors à moins que nous puissions rester au même endroit pendant cinq semaines de suite, avoir pourquoi pas un US Tour où on voyage tous ensemble… Peut-être que là oui ça fonctionnerait… On voit quelques exhibitions, des tournois par équipes et c’est très bien, mais en ce qui concerne le circuit classique avec les points, je pense que ça va être difficile pour 2020.

Tennis United a aussi montré une plus grande solidarité entre les joueurs que ce qu’on peut parfois imaginer…
Ecoutez, je ne vais pas nier le fait que les joueurs peuvent être un peu égoïstes. J’en fais partie et ça va avec le sport individuel. Mais en même temps, on voit bien leur dévouement et donc cette partie de leur personnalité. Et quand une crise comme celle-ci se produit, tout le monde s’ouvre plus. On a tous beaucoup appris, beaucoup expérimenté depuis notre plus jeune âge. On a eu la chance de pouvoir voyager depuis nos années de juniors. Tennis United montre les points forts de chacun et toutes les aptitudes acquises au fil des années, et ça montre aussi comment on peut venir en aide aux autres.

On voit des joueurs s’impliquer dans des oeuvres de charité, auprès de leurs villes, des restaurants et business de quartiers. On voit que tout le monde s’implique. Les joueurs de tennis sont comme ça, mais ça ne se voit pas à la télévision pendant les tournois. Tennis United permet de voir différentes facettes, de montrer les joueurs hors des courts, loin de la compétition. Parfois certains joueurs deviennent des personnes différentes une fois en compétition. J’ai toujours su ça parce que je connais très bien les joueurs et les joueuses, alors je suis ravie de pouvoir aider les fans et les médias à le découvrir aussi.

Et vous montrez aussi des profils de joueurs différents, pas seulement les stars du jeu.
Tout à fait. Et c’est aussi un des points forts : beaucoup de personnes ne connaissent que quelques noms mais il y a tellement de joueurs à soutenir aussi. Nous avons évidemment des stars incroyables, mais beaucoup d’autres ont aussi de très belles histoires et travaillent dur. L’une des choses importantes avec Tennis United est de mettre tous ces autres joueurs sous la lumière, qu’ils jouent en simple ou en double, que leur anglais soit bon ou pas. Nous voulons que tout le monde apprenne à connaître tout le monde. Nous voulons impliquer tout le circuit.

Vous êtes une femme occupée, parce que vous étiez déjà impliquée dans des activités hors tennis non ?
Oh oui, il y a beaucoup de choses à mon agenda ! J’ai encore ma ligne de vêtements, ma collaboration avec « Lucky in Love ». Evidemment c’est un peu à l’arrêt parce que la prochaine ligne devait sortir pour Roland-Garros alors on a dû repousser nos plans. Mais j’ai quand même sorti des collections capsules Indian Wells et Miami. Maintenant que les courts commencent à être de nouveau ouverts aux joueurs, tout le monde peut de nouveau avoir hâte de bien s’habiller, de se sentir être joueur de tennis à nouveau. Mais oui, ça fait beaucoup d’occupations pour moi et ce n’est pas un souci car j’adore ça. Ce qui est drôle c’est que je ne consomme pas beaucoup de caféine. Imaginez un peu si c’était le cas, je serais hors de contrôle !

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