Fissette, coach d’Osaka : « L’ambition n’a pas changé »

Wim Fissette s’est confié sur son travail avec Naomi Osaka alors que la reprise à Cincinnati approche pour la star japonaise.

Wim Fissette and Naomi Osaka, Brisbane 2020

Wim Fissette s’est confié sur son travail à Tennis Majors avec Naomi Osaka, alors que la reprise à Cincinnati approche pour la star japonaise. En pleine préparation, avec l’US Open en ligne de mire, le coach belge nous a aussi raconté son périple pour réussir à rejoindre sa joueuse à Los Angeles et a expliqué pourquoi il se réjouit de voir le circuit tenter de reprendre.

Tennis Majors : Vous avez finalement réussi à rallier Los Angeles !

Wim Fissette : Ah, ç’a été une expérience intéressante ! Les Européens ne sont pas autorisés à rentrer aux Etats-Unis alors depuis avril j’essayais de trouver une solution. Et puis le 22 mai, ils ont sorti une dérogation pour les athlètes et leurs équipes, mais la procédure n’était pas claire. LUS Open était censé mettre en place des listes donnant accès au pays. Mais c’était très confus, personne ne savait vraiment. Alors j’ai testé et je suis parti en mai. Je suis allé à Dublin depuis la Belgique (ndlr: l’aéroport de Dublin est un des rares à avoir un bureau d’immigration US qui permet de réaliser les formalités d’accès avant le départ) en me disant que je n’avais que 20 ou 30% de chances qu’on me laisse rentrer aux USA. Mais ça a fonctionné : j’ai pris un vol jusqu’à New York puis un autre jusqu’à Los Angeles. Et là je viens de refaire la même chose mercredi dernier. Apparemment les joueurs vont tous être autorisés à entrer aux Etats-Unis à partir du 1er août, mais je n’ai pas voulu prendre de risques. C’était un peu compliqué, ça m’a pris 24 heures, mais je suis ravi.

 

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Last practice with these fun people before flying home for Xmas

Une publication partagée par Wim Fissette (@fissettewim) le 22 Déc. 2019 à 12 :19 PST

TM : Vous êtes venu en famille ou seul ?

WF : Seul. Je suis conscient qu’en ce moment, ça reste un peu plus risqué de voyager. C’est aussi pour ça que lorsque je suis venu six semaines en mai, on allait sur le court, on allait dans une salle de gym privée. Mais le reste du temps, on restait à la maison de Naomi. Les courses étaient livrées, on n’a pris aucun risque et puis je sentais aussi une grande responsabilité : je ne voulais pas être le touriste à LA qui allait contaminer qui que ce soit, dont sa joueuse. Pour le moment, tout va bien. Et je me suis senti en sécurité lors du voyage car les avions sont quasiment vides. Dans mon vol entre Bruxelles et Dublin, il y avait maximum dix personnes dans l’avion. Et de Dublin à JFK, je devais être dans un A380 ou un autre gros avion du genre, mais il devait y avoir 20 ou 25 personnes dans le vol. Les aéroports sont vides. Je n’ai pas du tout où le sentiment de prendre des risques.

« Gérer ça de manière intelligente »

TM : Vous devez préparer votre joueuse pour Cincinnati et l’US Open, puis le retour sur terre battue en Europe. Êtes-vous inquiet des changements de surfaces imposés aux joueurs et aux joueuses ?

WF : Tout d’abord, je crois que la plupart des joueurs est simplement heureuse de pouvoir de nouveau jouer. Que ce soit sur terre battue, sur dur, à huis-clos ou pas. Evidemment ce n’est pas idéal, mais en ce moment, on ne peut pas se plaindre : il faut se réjouir qu’il y ait au moins quelques tournois. Et puis les joueurs passent l’année à s’adapter à des conditions de jeu différentes. Nous n’avons jamais plusieurs tournois de suite avec la même météo, les mêmes balles, la même surface (du dur à l’ocre, de la terre battue au gazon, mais aussi d’un dur rapide à un lent…) Cette année va être extrêmement difficile, et encore plus pour ceux qui iront loin à l’US Open.

 

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Une publication partagée par 大坂なおみ 🇭🇹🇯🇵🇺🇸 (@naomiosaka) le 21 Janv. 2020 à 8 :15 PST

Je crois aussi que, même si on sait qu’il ne reste que peu de tournois à jouer, nous devons gérer ça de manière intelligente. C’est toujours mieux de faire l’impasse sur un tournoi si l’athlète n’est pas à 100% au lieu de se mettre la pression en se disant : « Il reste peu de tournois à jouer, alors je dois tous les jouer ». Il va vraiment falloir être malin. Mais évidemment chaque joueur doit décider de ce qui lui convient.

TM : Est-ce facile d’installer les joueurs dans cet état d’esprit, malgré le contexte ?

WF : Franchement, je pense que c’est naturel pour eux. La compétition leur manque tellement. Ils aiment s’entraîner, mais ils le font dans des buts précis, pour essayer de gagner des tournois. Nous savions que la saison allait être difficile et spéciale, se retrouver avec une chance de jouer des tournois est une raison de se réjouir. Soudain, nous avons de nouveau des objectifs. Les joueurs adorent la compétition, c’est pour ça qu’ils jouent : ils veulent se mettre au défi. Les matches seront les mêmes, on n’a pas changé les règles du jeu. Oui, certaines choses seront différentes, mais c’est comme ça. On prend. Ok, on ne va pas pouvoir sortir de l’hôtel pendant quatre à six semaines : il y a des choses bien pires dans la vie. Il faut simplement se réjouir d’avoir une opportunité de rejouer.

TM : A un moment, vous avez craint de ne plus revoir de tennis du tout cette année… Là, c’est un petit miracle.

WF : Je le pense aussi. Ce que l’USTA a mis en place, le fait d’envisager toutes les options imaginables : ils ont fait un boulot incroyable. Encore une fois, pour les membres du Top 10 ou du Top 20, c’est peut-être facile de dire ‘on n’a pas besoin de tournois’, mais on sait bien que pour celles et ceux classés entre la 50e et la 150e place, c’est super important d’assurer des revenus. C’est crucial, pas seulement pour les joueurs, mais aussi pour leurs équipes.

« Nous avions déjà effectué quelques semaines sur terre battue »

TM : Comment avez-vous organisé la préparation de Naomi Osaka ?

WF : En juillet lors de notre préparation, nous avions déjà effectué quelques semaines sur terre battue (technique, tactique), pour casser un peu la routine d’une si longue période d’entraînement. On a fait un bloc de six semaines dont les quatre premières sur dur, puis on a fait deux semaines sur terre battue américaine (verte), mais aussi sur terre battue rouge car on a trouvé des courts magnifiques à L.A., où ils font venir la terre battue rouge d’Europe. A L.A., beaucoup de choses deviennent possibles (rire).

Donc là elle a vu comment ça allait se passer d’aller du dur de l’US Open à l’ocre de l’Europe. Cela nous a aussi permis de nous mettre en condition : que doit-on changer, quelle est la tactique, que devons-nous ajuster ? La différence entre le dur et la terre battue n’est pas gigantesque, c’est surtout une question de tactique et de déplacement. Il faut aussi avoir confiance, se dire qu’on peut faire la bascule en quelques jours, qu’on a pas forcément besoin de deux semaines d’entraînement pour s’y sentir à l’aise et bien jouer.

 

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Expressions (an art form) : by Naomi Osaka for Naomi by Naomi Osaka in collaboration with Osaka by Naomi Osaka 🙂

Une publication partagée par 大坂なおみ 🇭🇹🇯🇵🇺🇸 (@naomiosaka) le 3 Janv. 2020 à 8 :41 PST

TM : Êtes-vous optimiste pour l’US Open ? L’option “bulle” fonctionne en NBA…

WF : Oui, plutôt. Le plan est d’aller au stade et à l’hôtel, c’est tout. Personne ne va faire de tourisme dans Manhattan, ça va être super strict et c’est exactement comme ça que ça doit être. Nous avons regardé la NBA et j’ai trouvé ça très bien, très divertissant, et en plus on dirait que ça fonctionne très bien. Les athlètes ont envie de jouer, alors s’ils doivent rester dans un même endroit et dans une bulle pour ça pendant un ou deux mois, il y a vraiment des choses pires que ça.

TM : Cela doit vous faire plaisir de pouvoir de nouveau coacher, face-à-face…

WF : Oui, très ! Et surtout de pouvoir reprendre le travail nécessaire afin de l’amener au niveau supérieur. On a besoin de voir comment le travail fourni pendant ces semaines d’entraînement se traduit en matches. En plus elle n’a pas joué depuis l’Open d’Australie. Il y a des choses qu’on voulait améliorer, donc au moins on a eu le temps de travailler là-dessus. Mais évidemment maintenant on a envie de voir tout ça en compétition, découvrir ce qu’on doit mettre en place pour atteindre encore un niveau supérieur. C’est en compétition qu’on avance.

« Que Kim soit déjà capable de jouer à un niveau incroyable n’est pas une surprise »

TM : Après une telle période sans compétition, il y a un risque d’être un peu rouillé quand même, non ?

WF : C’est clair que certains joueurs ont besoin de plus de matches que d’autres afin de retrouver leur meilleur niveau. Certains ont besoin de prendre confiance par les matches, d’autres ont seulement besoin d’être mentalement frais et ne vont pas avoir besoin de cinq matches pour être à leur meilleur. Ils sont tous différents. On voit que ça a été la stratégie de ceux qui ont par exemple enchaîné les exhibitions ou joué en World Team Tennis. Les autres veulent simplement être prêts pour Cincinnati ou l’US Open, ils ne font pas ça.

TM : En parlant du WTT, avez-vous regardé jouer Kim Clijsters ?

WF : Oui, j’ai regardé quand je pouvais. Que Kim soit déjà capable de jouer à un niveau incroyable n’est pas une surprise : elle a toujours eu une qualité de frappe exceptionnelle et elle n’allait pas perdre sa technique. Maintenant, ce sera évidemment différent quand elle va devoir jouer trois ou quatre matches de suite. Mais le WTT a été bon pour elle, ça lui a donné de la confiance en vue des tournois à venir. Et puis quand Kim est en bonne santé, qu’elle est dans un grand jour : elle sera dure à battre pour les meilleures. La question est plutôt de voir si elle peut encore faire ça sur plusieurs matches de suite.

TM : Comment préparez-vous mentalement cet US Open à la vue du contexte général ? L’état d’esprit est-il un peu différent ?

WF : Je ne pense pas, non. Naomi va disputer ce tournoi avec l’envie de le gagner, rien ne va changer. On ne s’attend évidemment pas à ce qu’elle joue un tennis parfait tout de suite, mais la mentalité d’y aller pour gagner reste. Les attentes concernant le niveau de jeu seront peut-être un peu moins élevées au début, mais l’ambition n’a pas changé. L’état d’esprit, c’est d’aller gagner les tournois. C’est pour ça qu’elle est là. Quand on travaille avec une joueuse comme Naomi, l’ambition devrait toujours être de gagner le tournoi. Je ne suis pas en train de dire qu’elle va gagner, mais que c’est définitivement ça l’objectif.

« L’état d’esprit c’est d’aller gagner les tournois »

TM : Elle semble avoir plutôt bien géré la situation pour le moment…

WF : Tout à fait. C’est quelqu’un qui a beaucoup de passions différentes dans la vie, elle en a profité pour travailler sur certains projets. Finalement, cela n’était pas si mal pour elle d’avoir quelques mois hors du circuit. Tous ces joueurs et ces joueuses sont là-dedans depuis qu’ils ont quatre, cinq ou six ans, et c’est une aventure sans aucune pause. C’est certain que ça lui a fait réalisé ou que ça lui a confirmé à quel point elle aimait jouer au tennis, à quel point elle aimait la compétition. Le tennis lui a manqué, elle est très heureuse de pouvoir de nouveau s’entraîner et jouer en tournois. Elle a traversé cette période sans trop de soucis.

TM : Il se pourrait que la saison s’arrête après Roland-Garros, que l’Open d’Australie soit joué dans la même bulle que l’US Open : y aura-t-il un moment où tout ça pourrait devenir pesant ?

WF : C’est comme ça… Les carrières sont longues, Naomi n’a que 22 ans et le plan c’est de jouer pendant encore de nombreuses années. Alors je ne pense pas qu’il faille se précipiter ou avoir l’impression de devoir jouer chaque tournoi qui se présente. Il faut gérer la situation intelligemment. Si la saison se termine après Roland-Garros, on prendre un peu de repos et puis on pourra effectuer une bonne pré-saison. En ce moment, c’est impossible de prévoir quoi ce soit de toute façon. Peut-être qu’on aura un vaccin dans un ou deux mois, ou que 2021 sera une année normale.

 

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Reunited and it feels so good 💕

Une publication partagée par 大坂なおみ 🇭🇹🇯🇵🇺🇸 (@naomiosaka) le 16 Janv. 2020 à 3 :17 PST

Ce qui est sûr, c’est que vous vous en souviendrez de cette première saison avec Naomi Osaka. Au moins, cela vous a donné le temps d’apprendre à vous connaître et de travailler…
Ah ça oui, ça a été plus que spécial ! Je m’en souviendrai longtemps. Travailler avec Naomi est passionnant, ça se passe très bien jusqu’à présent même sans les tournois. La période a été propice pour que les liens se créent au sein de l’équipe. On a discuté après Indian Wells et on s’est dit que ça pouvait aussi être une grande opportunité à saisir : quand va-t-on de nouveau avoir trois mois devant nous pour travailler ?

On peut construire une condition physique, on peut travailler sur certaines zones du corps qui amenaient des blessures. Ce pourrait être une chance immense, et il faut le voir comme ça, faire preuve de cet état d’esprit à l’entraînement. Cela pourrait devenir un moment important de sa carrière. Nous avons là l’occasion de construire la base des prochaines années. Alors on s’entraîne avec ça en tête et nous somme très curieux de voir ce que Naomi va faire en compétition.

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