15 août 1995 : Le jour où Seles faisait son retour après avoir été poignardée

Chaque jour, Tennis Majors remonte le temps pour revenir sur un événement marquant pour la planète tennis. Le 15 août 1995, Monica Seles dispute son premier match officiel depuis qu’elle a été poignardée à Hambourg, en 1993.

15 août 2021
Monica Seles - On this day

Ce qui s’est passé ce jour-là et pourquoi cela a marqué l’histoire du tennis

Le 15 août 1995, Monica Seles dispute son premier match officiel depuis plus de deux ans, depuis qu’elle a été poignardée lors du tournoi de Hambourg, en avril 1993. Son come-back a lieu à l’Open du Canada, à Toronto, où elle se présente avec un classement unique de co-numéro 1 mondiale, qui lui a été accordé par la WTA au vu des circonstances exceptionnelles. Malgré deux ans d’absence, Seles écrase son adversaire, Kimberly Po, 133e mondiale (6-0, 6-3). Le retour victorieux de Seles au Canada sera d’autant plus impressionnant qu’elle remportera le tournoi en dominant en finale la 27e mondiale, Amanda Coetze (6-0, 6-1).

Les actrices

  • Monica Seles, la patronne dont le destin a basculé sur un coup de folie

Monica Seles connaît le succès à un très jeune âge. Elle fait ses premiers pas sur le circuit en 1988, à 14 ans, à Boca Raton, où elle bat la 31e mondiale Helen Kelesi (7-6, 6-3). Ses frappes à deux mains des deux côtés, son style de jeu précurseur tout en prise de balle tôt et en puissance, et bien sûr les cris caractéristiques qu’elle pousse à chaque frappe, révolutionnent le tennis féminin. En 1989, elle dispute sa première saison complète chez les pros et, après avoir gagné son premier tournoi au printemps, à Houston, elle participe à son premier tournoi du Grand Chelem à Roland-Garros.

Sa première apparition à Paris fera date. Au troisième tour, opposée à la 4e mondiale Zina Garrison, la jeune Monica, 15 ans, entre sur le Central en distribuant des fleurs au public avant d’écraser son adversaire (6-3, 6-)2. Elle se hisse jusqu’en demi-finales où elle est battue en trois sets (6-3, 3-6, 6-3) par l’invincible Steffi Graf, vainqueur des cinq derniers tournois du Grand Chelem. En 1990, à 16 ans, elle devient la plus jeune vainqueur de l’histoire de Roland-Garros. C’est le début de sa domination.

En mars 1991, à dix-sept ans et trois mois, elle était la plus jeune numéro 1 mondiale, détrônant Steffi Graf, qui occupait cette place depuis l’été 1987. A partir de janvier 1991, elle remporte sept des huit tournois du Grand Chelem auxquels elle participe, en plus d’une défaite en finale de Wimbledon 1992, soit 56 victoires en majeur pour une seule défaite. Elle gagne également le Masters à trois reprises, en 1990, 1991 et 1992.

Sa carrière est brutalement interrompue le 30 avril 1993, en quarts de finale du tournoi de Hambourg, lorsqu’elle est poignardée lors d’un changement de côté par un déséquilibré fan de Steffi Graf. La blessure psychologique se révèle plus profonde que la blessure physique : alors qu’elle est physiquement en état de rejouer quelques mois plus tard, elle mettra plus de deux ans à rejouer en compétition. Elle revient le 29 juillet 1995, à Atlantic City, à l’occasion d’un match d’exhibition remporté face à Martina Navratilova, récemment retraitée.

  • Kimberly Po, l’inconnue

Kimberly Po est née en 1971, à Los Angeles, Californie. En août 1995, elle n’est que 133e mondiale, loin de la 40e place qu’elle occupait dix-huit mois plus tôt, en janvier 1994. Kimberly Po n’a jamais disputé la moindre finale WTA, et en Grand Chelem, elle n’a jamais dépassé le troisième tour, stade qu’elle atteint à six reprises.

Le lieu : L’Open du Canada, à Toronto

L’Open du Canada, créé en 1881, est le deuxième plus vieux tournoi de tennis au monde, après Wimbledon. Le tournoi se déroule chaque été, alternativement à Toronto et à Montréal : quand les hommes jouent à Montréal, les femmes jouent à Toronto, et vice-versa. Au palmarès de l’épreuve féminine, on trouve de grandes joueuses telles que Chris Evert (1974, 1980, 1984), Martina Navratilova (1982, 1983, 1989) ou encore Steffi Graf (1990, 1993).

Toronto
Toronto

L’histoire : Seles, de retour comme si elle n’était jamais partie

Avant ce 15 août 1995, jamais un match du premier tour n’avait autant créé autant d’agitation à l’Open du Canada. Éloignée des courts 28 mois durant suite à son agression, Monica Seles est de retour, et doit affronter Kimberly Po, 133e mondiale (anciennement 40e). Sur Theglobeandmail.com, Jane Wynne, assistante directrice du tournoi, se rappelle l’enthousiasme provoqué par le retour de Seles : « C’était stupéfiant. Les ventes de billets, et les gradins supplémentaires qui ont dû être montés, l’attention médiatique était phénoménale. Il y avait trois ou quatre fois plus de gens de la presse qu’en temps normal. »

Pour Seles elle-même, revenir à la compétition est une étape importante. Deux semaines auparavant, elle a disputé un match d’exhibition contre Martina Navratilova. Bien qu’elle ait gagné sans encombre (6-3, 6-2), elle avait avoué sa nervosité : « J’étais tellement tendue lors du premier jeu que lorsque je lançais la balle pour servir, je n’arrivais pas à la voir. Mes jambes étaient engourdies. »

Cette fois, à Toronto, selon le Los Angeles Times, Seles sent « ses mains trembler et ses jambes caoutchouteuses », lorsqu’elle fait son entrée sur le court. Elle est accueillie par les applaudissements de huit mille spectateurs. La pression est importante. D’autant que le statut de n°1 mondiale lui a été accordé, partagé avec Steffi Graf. Martina Navratilova a porté cette mesure au sein du conseil des joueuses : « Lorsque Monica a été poignardée et ne pouvait plus jouer, nous avons perdu notre n°1 mondiale et notre plus grande star, a expliqué Navratilova au New York Times. Revenir en tant que n°1 était pour elle la seule façon, car c’est ainsi qu’elle était partie. »

Bien qu’elle ait décidé de s’asseoir dos au public, la championne avoue avoir eu des flashbacks de l’agression. « En étant assise sur le court, il y aura bien des moments où ça sera difficile, c’est sûr », dit-elle. Elle est d’ailleurs venue à l’Open du Canada avec ses propres gardes du corps.

Monica Seles

Une fois le match démarré, Seles démontre sa force mentale. En mettant toutes ces pensées de côté, elle fait ce qu’elle sait faire de mieux : frapper la balle montante, aussi fort que possible, sans laisser à son adversaire le moindre répit. Elle semble avoir même progressé au service. Elle remporte les huit premiers jeux du match et balaye Kimberly Po (6-0, 6-3). « Je n’ai pas les mots, souffle-elle alors. C’est génial de pouvoir rejouer. C’est tellement simple. Ça serait bien de pouvoir revenir à des choses simples. Pendant longtemps, jour après jour, l’horizon était obscur. Je ne pouvais pas me projeter vers l’avenir. Je savais que pour franchir cette étape, je devais continuer à vivre. »

Lors de sa conférence de presse, alors qu’on lui demande si elle pense que Seles frappait la balle aussi fort qu’avant, Kimberly Po est claire. « Il y a certains coups que j’ai simplement regardé passer, littéralement, lance-t-elle. Tout le monde dit que son service s’est beaucoup amélioré. Je le trouvais déjà pas mal avant. »

Po s’étend aussi sur sa propre expérience, elle qui s’est soudain retrouvée sous les projecteurs pour subir une aussi lourde défaite : « Je savais que tout le monde allait l’encourager, avoue la joueuse. Mais je pense que c’est très bien. J’aimerais bien que ça arrive tout le temps. C’est autre chose que de jouer devant cinq personnes, dont vos parents et votre partenaire de double. »

La postérité du moment

Monica Seles ira jusqu’au bout du tournoi, remportant le titre. Elle se montre digne de son classement de co-n°1 mondiale en écrasant ses adversaires les unes après les autres : Nathalie Tauziat (17e mondiale, 6-2, 6-2), Anke Huber (10e mondiale, 6-2, 6-2), Gabriela Sabatini (8e mondiale, 6-1, 6-0), et enfin Amanda Coetzer (27e mondiale, 6-0, 6-1).

Quelques semaines plus tard, Seles atteindra la finale de l’US Open où elle sera battue par Steffi Graf en trois manches (7-6, 0-6, 6-3). Début 1996, elle remportera l’Open d’Australie, qui sera son dernier titre du Grand Chelem, à 22 ans. Elle y dominera l’Allemande Anke Huber en finale (6-4, 6-1).

Elle se maintiendra ensuite dans le Top 10 mondial jusqu’à la fin de l’année 2002. Mais minée par des troubles alimentaires et des problèmes de poids qu’elle décrira dans son livre, elle ne retrouvera jamais le chemin de la victoire en Grand Chelem. Seles effectuera tout de même une finale à Roland-Garros, en 1998, perdue contre Arantxa Sanchez-Vicario. Elle joua son dernier match à Roland-Garros en 2003, battue par Nadia Petrova (6-4, 6-0). Elle n’annonça officiellement sa retraite qu’en 2008.

Kimberly Po, elle, se hissera jusqu’à la 14e place mondiale en 1997, après avoir obtenu le meilleur résultat de sa carrière en atteignant les quarts de finale à l’Open d’Australie (battue par Amanda Coetzer, 6-4, 6-1). Elle aura plus de succès en double, avec une finale disputée à l’US Open 2001 (associée à Nathalie Tauziat) qui lui permettra d’atteindre le 6e rang mondial.

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