15 avril 2005 : le jour où Gasquet, 18 ans, a battu Federer en quart de finale à Monte-Carlo

Le 15 avril 2005, Richard Gasquet, 18 ans, crée la surprise à l’Open de Monte-Carlo en battant le n°1 mondial incontesté, Roger Federer, en quart de finale (6-7, 6-2, 7-6).

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Ce qu’il s’est passé ce jour-là : Un exploit XXL signé Gasquet

Ce jour-là, le 15 avril 2005, Richard Gasquet, 18 ans, crée la surprise à l’Open de Monte-Carlo en battant le n°1 mondial incontesté, Roger Federer, en quart de finale (6-7, 6-2, 7-6). Le jeune Français sauve trois balles de match avant d’infliger au Suisse sa première défaite depuis les demi-finales de l’Open d’Australie, mettant ainsi un terme à une série de 25 victoires.

Les acteurs : Un grand espoir du tennis français face au numéro un mondial incontesté

Richard Gasquet, le « petit Mozart du tennis français », né en 1986, devient célèbre dans son pays natal dès l’âge de 9 ans, lorsqu’il fait la « une » de Tennis Magazine, où il est présenté comme « le champion que la France attend ». Il se fait connaître du public international en 2002, à l’âge de 15 ans et 10 mois, lorsque, après avoir reçu une invitation pour les qualifications de Monte-Carlo, il devient le plus jeune joueur de l’histoire à se qualifier pour un tableau final de Masters 1000. Avec son incroyable revers à une main, il bat Franco Squillari au premier tour (7-6, 3-6, 7-5) avant d’être finalement éliminé par le n° 6 mondial, Marat Safin (6-4, 6-1). Quelques semaines plus tard, il fait ses débuts en Grand Chelem à Roland-Garros, où il s’incline en quatre sets contre le futur vainqueur Albert Costa (3-6, 6-0, 6-4, 6-3). L’année suivante, il entre pour la première fois dans le top 100 et, en 2004, il atteint sa première finale ATP, à Metz (battu par Jérôme Haehnel), mais, bien qu’à 18 ans, il soit déjà 107e  mondial, il critiqué par de nombreux amateurs de tennis, qui s’attendaient à ce qu’il perce au plus haut niveau plus rapidement. En avril 2005, au début de l’Open de Monte-Carlo, il est le 101e joueur mondial.

Roger Federer, né en 1981, est le n°1 mondial incontesté depuis un peu plus d’un an. Dès ses premiers pas sur le circuit, Federer obtient de bons résultats ; son tennis de rêve épate le monde du tennis et très vite, on voit en lui le futur numéro 1 mondial. Les attentes augmentent encore lorsque, à l’âge de 19 ans, il bat, chez lui, sur le Centre Court, le septuple champion de Wimbledon, Pete Sampras en personne, en huitièmes de finale du tournoi 2001 (7-6 5-7 6-4 6-7 7-5). Cependant, le jeune Roger est très émotif et ne gère pas très bien cette pression qu’il porte sur les épaules. Il entre dans le top 10 en juin 2002, mais ses résultats dans les grands événements ne sont pas encore à la hauteur de son talent : lors de ses seize premiers tournois du Grand Chelem, pas une seule fois il n’atteint les quarts de finale. En août 2003, il remporte son premier titre du Grand Chelem à Wimbledon, venant à bout de Mark Philippoussis en finale, (7-6, 6-2, 7-6). Sa confiance et sa mainmise sur le circuit grandissent inexorablement, malgré une défaite précoce à l’US Open. En finale du Masters 2003, il donne une véritable leçon à Andre Agassi (6-3, 6-0, 6-4), et bien qu’il termine la saison à la 2e place mondiale, derrière Andy Roddick, la plupart des connaisseurs s’accordent à dire que ce n’est qu’une question de mois avant qu’il ne devienne n°1. Il y parvient en février 2004, après que le Suisse a remporté son premier titre à l’Open d’Australie (en battant Marat Safin en finale, 7-6, 6-4, 6-2), et il domine le circuit de la tête et des épaules dans les mois qui suivent, triomphant à la fois à Wimbledon (en battant Andy Roddick en finale, 4-6, 7-5, 7-6, 6-4) et à l’US Open, où il punit Lleyton Hewitt (6-0,7-6, 6-0). Federer termine l’année en beauté, en conservant son titre au Masters (en battant à nouveau Hewitt, 6-3, 6-2). Au cours des premiers mois de 2005, sa seule déception survient à l’Open d’Australie, où il est battu par Safin en demi-finale, à l’issue de l’un des plus beaux matchs de l’histoire du tournoi (5-7, 6-4, 5-7, 7-6, 9-7), mais depuis, il a remporté quatre tournois consécutifs, dont les Masters 1000 d’Indian Wells et Miami.

Le lieu : Monte-Carlo

Situé en haut du Rocher de Monaco, avec une vue unique sur la mer Méditerranée, le Monte-Carlo Country Club accueille depuis 1928 l’un des plus anciens tournois internationaux de tennis. Il est généralement considéré comme le lancement de la saison sur terre battue, et il fait désormais partie de la catégorie des Masters 1000. Au palmarès du tournoi, on trouve de nombreuses terreurs de la terre battue, comme Bjorn Borg, Guillermo Vilas, Ivan Lendl, Mats Wilander, Sergi Bruguera ou encore  Gustavo Kuerten.

L’histoire : Gasquet a mis fin à la série de 25 victoires consécutives de Federer

En avril 2005, Richard Gasquet n’a que 18 ans, mais il a déjà de beaux souvenirs au Monte-Carlo Country Club. Trois ans plus tôt, au même endroit, en battant le 54e mondial, Franco Squillari, il était devenu le plus jeune joueur à gagner un match ATP depuis Tommy Ho en 1988.

Même s’il n’est que 101e mondial, « Richie » arrive à Monte-Carlo en confiance, après avoir remporté deux titres consécutifs en Challenger, à Barletta et à Naples. Lors de ses deux premiers tours, il écarte deux joueurs espagnols de terre battue, Guillermo Garcia-Lopez (6-2, 6-0) et Felix Mantilla (7-5, 6-1). Au troisième tour, il élimine Nikolay Davydenko, 16e mondial (4-6, 7-5, 6-2), et se prépare à affronter en quart de finale le n°1 mondial, Roger Federer, qui semble alors presque imbattable.

Le jour même des funérailles du Prince Rainier, malgré le break d’entrée réussi par le Suisse, il apparaît vite évident que le jeune Français a les capacités de lui tenir tête. Le public de Monte-Carlo assiste avec stupéfaction à la manière dont le jeune Français pousse Federer dans un tie-break, avec ses superbes revers le long de ligne et ses volées spectaculaires. Cependant, lorsque le n°1 mondial survole le tie-break, 7-1, les spectateurs pensent certainement que Gasquet s’est bien battu, mais qu’il a manqué sa chance.

Le Français entame cependant le deuxième set de manière encore plus agressive et, à la surprise générale, surclasse le Suisse (6-2) avant de se détacher 5-3 dans le dernier set. A 5-3, Gasquet obtient une première balle de match, mais il la gâche en manquant une volée de coup droit, et voit Federer revenir à la charge. Dans le tie-break décisif, le n° 1 mondial se procure trois balles de match, à 6-5, 7-6 et 8-7, mais il ne parvient pas à conclure. Deux points plus tard, grâce à un incroyable passing de revers, Gasquet convertit sa deuxième balle de match et devient le deuxième joueur à battre Federer en 2005.

« Il a très bien joué dans le deuxième set et au début du troisième », déclare Federer, selon le New York Times. « Il a vraiment joué dans cette zone où vous avez le sentiment que vous ne pouvez plus rien faire. C’est un peu ce que j’ai ressenti, mais je vais devoir jouer contre lui plus souvent pour voir à quel point il est régulier, mais il a définitivement joué un grand match aujourd’hui. »

Quinze ans plus tard, Gasquet se souviendra de ce match, pour Eurosport

« J’avais une petite appréhension, quand même. Au fond de moi, je me disais : « si ça se trouve, je vais prendre une énorme branlée. » J’avais bien sûr un immense respect mais dès que le match a commencé, c’était un adversaire comme un autre. (…) C’est le match qui m’a fait « exploser » pour de bon aux yeux des gens, après une saison 2004 difficile lors de laquelle j’avais eu du mal à confirmer les attentes qui reposaient sur moi depuis tellement d’années. »

La postérité du moment : Gasquet n’aura pas la même carrière que le Suisse

En demi-finale, Gasquet affrontera une autre étoile montante, Rafael Nadal. Après un énorme combat, il s’inclinera en trois sets, 6-7, 6-4, 6-3. Quelques semaines plus tard, à Hambourg, le jeune Français atteindra sa première finale de Masters 1000, mais cette fois, c’est Federer qui prendra sa revanche, 6-3, 7-5, 7-6. À Roland-Garros, Gasquet arrivera plein d’ambition, mais il rencontrera Nadal, futur vainqueur du tournoi, dès le troisième tour, et s’inclinera en trois sets (6-4, 6-3, 6-2). Quelques jours plus tard, le même Nadal brisera le rêve de Federer de remporter son premier Roland-Garros, en le battant en demi-finale (6-3, 4-6, 6-4, 6-3).

Malgré sa grande précocité, Gasquet ne connaîtra jamais le même succès que Federer ou Nadal. Il se hissera tout de même jusqu’au 7e rang mondial, remportant 15 titres et atteignant les demi-finales de trois tournois du Grand Chelem, deux fois à Wimbledon (2007, 2015) et une fois à l’US Open (2013). 

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