24 janvier 2008 : Le jour où Tsonga a atomisé Nadal à Melbourne

Chaque jour, Tennis Majors remonte le temps pour revenir sur un événement marquant pour la planète tennis. Le 24 janvier 2008, Jo-Wilfried Tsonga rend une copie parfaite pour écraser Rafael Nadal en demi-finale de l’Open d’Australie, un exploit majuscule pour le Français, alors 38e mondial.

On this day: Jo-Wilfried Tsonga, 2008 Australian Open

Ce qu’il s’est passé ce jour-là : Tsonga en état de grâce face à un Nadal dépassé

Le 24 janvier 2008, Jo-Wilfried Tsonga, 38e mondial, démolit Rafael Nadal, 2e joueur mondial, en demi-finale de l’Open d’Australie (6-2, 6-3, 6-2). Le Français, qui ne connaît le succès sur le grand circuit que depuis un peu plus de six mois, récite un tennis parfait, enchaînant les aces et les coups gagnants pour annihiler le triple vainqueur de Roland-Garros. Il sera ensuite battu en finale par Novak Djokovic et, même s’il fera partie du top 10 durant plusieurs années, Tsonga ne disputera jamais une deuxième finale de Grand Chelem.

Les personnages : Une révélation face au roi de la terre battue

Le Français Jo-Wilfried Tsonga, né en 1985, était un joueur très prometteur chez les juniors, remportant notamment l’US Open 2003. Malheureusement, sa carrière est vite menacée par une grave blessure au dos, et ce n’est qu’en 2007 qu’il intègre le top 100. Cette année-là, sa belle performance au Queen’s, où il bat Lleyton Hewitt après s’être extrait des qualifications, lui permet d’obtenir une invitation pour Wimbledon, où il parvient en huitièmes de finale (battu par son compatriote Richard Gasquet, 6-4, 6-3, 6-4). Il termine sa première saison entière sur le circuit à la 43e place mondiale.

Jo-Wilfried Tsonga, Queen's, 2007

Rafael Nadal, né en 1986, n’a que 21 ans, mais ses exploits lui ont déjà assuré une place dans l’histoire du tennis. En 2005, il remporte son premier Masters 1000, à Monte-Carlo, en battant le dernier finaliste de Roland-Garros, Guillermo Coria (6-3, 6-1, 0-6, 7-6). La semaine suivante, il reste invaincu à Barcelone, venant à bout de Juan Carlos Ferrero en finale (6-1, 7-6, 6-3) et intègre le top 10 pour la première fois. A Rome, débordant de confiance, il continue sa série victorieuse, dominant Guillermo Coria à l’issue de la plus longue finale jamais disputée sur le circuit ATP (6-4, 3-6, 6-3, 4-6, 7-6). Ces résultats incroyables font de lui le favori à l’occasion de sa première participation à Roland-Garros. Cette nouvelle pression ne perturbe pas Nadal, qui remporte le tournoi dès son coup d’essai, écartant au passage Roger Federer en demi-finale (6-3, 4-6, 6-4, 6-3) puis Mariano Puerta en finale (6-7, 6-3, 6-1, 7-5).

No 2 mondial depuis l’été 2005, il a déjà remporté 23 tournois, dont trois Roland-Garros. Il est même à ce jour invaincu dans le Grand Chelem parisien. Personne n’a ne serait-ce que réussi à le pousser à y disputer un cinquième set. De plus, alors qu’il semblait déjà imbattable sur terre, lui qui n’a perdu que deux matches depuis sa défaite contre Igor Andreev à Valence en 2005, il fait maintenant évoluer son jeu pour s’imposer aussi sur surface rapide. Dès 2006, il dispute la finale de Wimbledon, facilement battu par Roger Federer (6-0, 7-6, 6-7, 6-3) ; un an plus tard, en 2007, il est à nouveau dominé par le Suisse sur la dernière marche du tournoi londonien, cette fois après l’avoir poussé au cinquième set (7-6, 4-6, 7-6, 2-6, 6-2). L’Espagnol est à présent en quête d’un titre majeur ailleurs qu’à Paris.

Le lieu : La Rod Laver Arena de Melbourne

Contrairement aux autres tournois du Grand Chelem, l’Open d’Australie (d’abord appelé Championnat d’Australasie puis Championnat d’Australie) a changé plusieurs fois de lieu au fil des ans. L’épreuve changeait même de ville chaque année avant de s’installer à Melbourne en 1972, et pas moins de cinq villes australiennes l’ont accueillie à au moins trois reprises : Melbourne, Sydney, Adelaide, Brisbane et Perth. Ses dates ont été assez mouvantes également, entre début décembre et fin janvier, faisant de l’Open d’Australie parfois le premier, parfois le dernier Grand Chelem de la saison. Jusqu’en 1982, la plupart des meilleurs joueurs faisaient l’impasse sur l’épreuve en raison de son éloignement et d’un prize-money insuffisant. Mais à partir de la victoire de Mats Wilander, la dynamique change. Pour rendre le tournoi plus attractif, le comité du tournoi déploie d’énormes efforts qui mènent au déménagement de l’épreuve vers un nouveau site, Flinders Park (qui sera plus tard renommé Melbourne Park), à l’abandon du gazon pour des courts en dur, et à la construction du premier court central doté d’un toit rétractable. La dotation augmente également, et il ne faut alors que quelques années pour que l’Open d’Australie devienne le Grand Chelem préféré de nombreux joueurs.

Open d'Australie, Rod Laver Arena

L’histoire : Un match à sens unique que personne n’avait vu venir

Jo-Wilfried Tsonga est l’attraction principale de cet Open d’Australie 2008. Inconnu ou presque du grand public, le Français, 38e mondial, entame son tournoi en éliminant le 9e mondial, Andy Murray, au premier tour (7-5, 6-4, 0-6, 7-6). C’est à cette occasion qu’il réalise pour la première fois ce qui deviendra sa classique « danse des pouces ». Lors des tours suivants, battant notamment son compatriote Richard Gasquet en huitièmes de finale, Tsonga devient le favori du public grâce à sa combativité et se fraye un chemin jusqu’en demi-finale, où il doit affronter Rafael Nadal.

Bien que l’Espagnol, numéro deux mondial, n’ait pas eu autant de succès sur dur que sur terre battue, l’opinion générale est que Tsonga n’a aucune chance. Numéro 38 mondial, il n’a jamais joué à un tel niveau de compétition, et Nadal l’a battu en trois sets lors de leur seul affrontement, à l’US Open 2007 (7-6, 6-2, 6-1).

Cependant, dès le début du match, le Français joue un tennis d’une autre planète. S’appuyant sur un énorme service (17 aces au total), il se montre extrêmement agressif et enchaîne les coups gagnants. Après avoir remporté le premier set, on pense qu’il va se calmer, mais il continue à rentrer dans toutes les balles. Lorsqu’il sert pour le deuxième set à 5-3, on pense qu’il risque d’être rattrapé par l’enjeu. Mais il décoche trois aces d’affilée pour commencer le jeu. En un mot, il démolit Nadal, réalisant l’une des performances les plus remarquables de l’histoire du tennis, accumulant notamment 49 coups gagnants.

« Pendant la plus grande partie du match, j’ai vraiment eu l’impression que je ne pouvais pas rater », déclare Tsonga, selon le New York Times. « Ce qui est le plus incroyable, c’est de jouer un match de cette qualité dans un moment pareil. Je ne m’attendais pas à cela. Je pensais que ce serait un match très difficile contre un joueur qui ramène tout et qui vous a à l’usure. C’est difficile de le battre, parce que c’est difficile de le mettre loin de balle. Mais je sentais aujourd’hui que j’avais le potentiel pour le faire sur presque tous les coups ».

Nadal lui-même, plutôt connu pour son fair-play, admet en conférence de presse son incrédulité face à la performance adverse.

« Je ne m’attendais pas à un tel niveau de jeu, même de la part de Federer. Je n’ai pas pu entrer dans le match. Il ne me donnait pas le temps. C’était tout le temps bing, bang, boum. (…) Il joue sans aucune pression, tout va bien pour lui. Quand tu joues comme ça, toutes les balles vont sur la ligne. Je ne pense pas que ce soit son vrai niveau. Bien sûr, il peut jouer comme ça, mais pas toutes les semaines. C’est impossible, non ? »

La postérité du moment : Tsonga n’y reviendra pas, Nadal s’en relèvera

En finale, Jo-Wilfried Tsonga sera battu par Novak Djokovic, malgré le gain du premier set (4-6, 6-4, 6-3, 7-6). Ce sera sa seule apparition en finale d’un Grand Chelem. Le Français atteindra le cinquième rang mondial en 2012 et il parviendra à cinq reprises en demi-finale d’un tournoi majeur : à l’Open d’Australie (2010), à Wimbledon (2011, 2012) et à Roland-Garros (2013, 2015). En 2014, il réalisera un exploit très rare, en battant Novak Djokovic, Andy Murray et Roger Federer pour triompher au Masters 1000 de Toronto.

Rafael Nadal n’aura pas à attendre très longtemps pour triompher sur surface rapide. En 2008, il détruira Federer en finale pour s’adjuger un quatrième Roland-Garros (6-1, 6-3, 6-0), puis il battra le Suisse en finale de Wimbledon (6-4, 6-4, 6-7, 6-7, 9-7), quelques semaines avant de devenir No 1 mondial. En 2009, il battra à nouveau son rival pour remporter l’Open d’Australie et, en 2010, il triomphera à l’US Open pour réaliser le Grand Chelem en carrière. Fin 2020, Nadal partagera avec Federer le record de 20 titres du Grand Chelem.

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