8 mai 2005 : Le jour où Nadal a gagné le tournoi de Rome après une finale marathon contre Coria

Chaque jour, Tennis Majors remonte le temps pour revenir sur un événement marquant pour la planète tennis. Le 8 mai 2005, Rafael Nadal a décroché le premier de ses neuf titres à Rome au terme d’une finale incroyable contre Guillermo Coria.

On this day - Rafael nadal 8/5

Ce qui s’est passé ce jour-là et pourquoi cela a marqué l’histoire du tennis

Ce jour-là, le 8 mai 2005, Rafael Nadal vient à bout de Guillermo Coria en finale de l’Open d’Italie, après un match époustouflant de plus de cinq heures (6-4, 3-6, 6-3, 4-6, 7-6(8)). C’est à l’époque la finale la plus longue jamais disputée sur le circuit ATP. Ce duel épique entre deux spécialistes de la terre battue est considéré comme l’un des plus grands matches jamais joués sur cette surface.

Les personnages : Rafael Nadal et Guillermo Coria

  • Rafael Nadal, « Roi de la terre » commençant à asseoir son règne

En mai 2005, Rafael Nadal n’a que 18 ans. Mais personne n’est plus étonné de le retrouver en finale du Masters 1000 de Rome. Quelques mois plus tôt, alors 31e mondial, il avait atteint la finale de l’Open de Miami, où il avait poussé le numéro 1 mondial,
Roger Federer, à un marathon en cinq manches, s’inclinant finalement 2-6 6-7 7-6 6-3 6-1. Plus tard en avril , il avait remporté son premier Masters 1000, à Monte-Carlo, en battant en finale l’ancien finaliste de Roland-Garros Guillermo Coria (6-3 6-1 0-6 7-6). La semaine suivante, il était resté invaincu à Barcelone, dominant Juan Carlos Ferrero en finale (6-1 7-6 6-3) et avait fait son entrée dans le top 10. A Rome, en pleine confiance, il continue sa série victorieuse jusqu’en finale, après s’être fait sérieusement accrocher par son compatriote David Ferrer en demi-finale (4-6 6-4 7-5).

nadal_monte-carlo_2005

  • Guillermo Coria, « El Mago »

Agé de 23 ans et 11e mondial, il est considéré comme l’un des meilleurs joueurs de terre battue sur le circuit. A cette époque, certains experts l’appellent même « le roi de la terre battue », après qu’il a atteint la finale à Roland-Garros l’année précédente, bien qu’il y ait perdu une finale théâtrale, au cours de laquelle il avait gâché une avance de deux sets à rien ainsi que deux balles de match contre Gaston Gaudio (0-6 3-6 6-4 6-1 8-6). Il est cependant toujours un sérieux prétendant au titre en 2005.

Surnommé « El Mago » (le Magicien), son style est basé sur un jeu de jambes exceptionnel, des coups de fond de court très solides et un superbe toucher de balle. Il n’a pour l’instant disputé que trois tournois en 2005, et il s’est montré toujours aussi affûté sur terre battue en disputant la finale à Monte-Carlo, où Rafael Nadal l’a empêché de gagner un deuxième titre consécutif. A Rome, il a notamment battu pour la deuxième fois de sa carrière son idole d’enfance Andre Agassi (7-5 7-6).

Guillermo Coria in Rome, in 2005

Les lieux : le Foro Italico, à Rome

Les Internationaux d’Italie ont lieu à Rome depuis 1935, au Foro Italico, un complexe sportive immense destiné initialement à soutenir la candidature de l’Italie pour accueillir les Jeux Olympiques de 1940. Classé dans la catégorie des Masters 1000, il est aujourd’hui encore l’un des tournois sur terre battue les plus prestigieux. Presque tous les plus grands joueurs de l’histoire du tennis ont foulé les courts du Stadio del Tennis.

En 2005, Rafael Nadal fait sa première apparition dans le tableau final de l’Open d’Italie. Guillermo Coria, quant à lui, n’a étonnamment participé que deux fois au tournoi par le passé, avec pour meilleur résultat un huitième de finale en 2003 (défait par Ivan Ljubicic, 6-4 6-3).

L’histoire : Nadal et Coria offrent un monument de la terre battue

Guillermo Coria et Rafael Nadal viennent de s’affronter, il y a seulement trois semaines, en finale de Monte-Carlo, où l’Espagnol a pris le dessus en quatre sets (6-3 6-1 0-6 7-6). Dans cette première rencontre, l’Argentin avait, deux sets durant, paru désorienté par le lift et la présence physique de Nadal, avant de montrer dans les deux derniers sets qu’il avait les armes pour faire trembler son adversaire.

Rafael Nadal v Guillermo Coria, 2005 Monte-Carlo final

Cette fois, à Rome, Guillermo Coria sait à quoi s’attendre de la part de ce jeune gaucher espagnol affublé d’un débardeur orange, et il n’a pas l’intention de perdre à nouveau. Il a un plan. L’Argentin a subi la puissance et l’énorme lift de Nadal une première fois. Il a compris que s’il voulait le battre, il allait devoir sortir de sa zone de confort. Il lui faut jouer de façon plus agressive que jamais au lieu de compter sur ses qualités de défense, et Coria doit autant que possible faire usage de ses fameuses amorties pour briser le rythme de Nadal. Et c’est ce qu’il va faire.

Rafa, lui aussi, a un plan. Le même que d’habitude : frapper autant de coups droits que possible, et user de son lift pour épuiser son adversaire côté revers. Et cela avec une volonté farouche de ne donner aucun point facile ainsi que de ramener absolument toutes les balles.

Des heures durant, le public italien assiste à l’un des matches les plus incroyables jamais disputés sur terre battue. Des heures durant, Rafael Nadal et Guillermo Coria donnent tout. Ils disputent près de 100 points de plus de dix frappes, visitant tous les coins du court. Ils distillent de délicieuses amorties, et défendent de manière incroyable. Le scénario ajoute au spectacle : chacun des joueurs réalise pas moins de neuf breaks, et ils disputent même un jeu à onze égalités, à 5-1 au troisième set.

Nadal se détache deux sets à un, mais il se démène à présent avec des ampoules à la main gauche dans un quatrième set qu’il finit par perdre 6-4. Le match a commencé il y a près de quatre heures. Le cinquième set va commencer.

Dans les premiers jeux, Guillermo Coria semble se diriger vers la victoire. Son jeune adversaire montre des signes de fatigue. L’Argentin fait deux fois le break et se procure deux balles de 4-0 dans cette dernière manche. Nadal se trouve dos au mur, mais il continue à se battre et parvient à revenir au score, qui se prolonge jusqu’à un ultime tie-break, après que Coria a sauvé une balle de match à 6-5.

Un match aussi spécial ne peut que se terminer sur un tie-break tout aussi spécial. Alors que l’Espagnol avait pris le large 5-1, il voit son adversaire sauver deux nouvelles balles de match et recoller à 6-6. La quatrième balle de match sera la bonne. Bien que Coria ait poussé Nadal à réaliser une spectaculaire défense de revers dos au filet, il retient ensuite son smash et finit par sortir sa volée en longueur. Au bout de 5 heures et 14 minutes, Rafael Nadal peut enfin se laisser tomber au sol : il est le nouveau champion de l’Open de Rome. La terre battue a un nouveau roi.

La postérité du moment : dans la foulée, Nadal décroche son premier titre à Roland-Garros, où Coria ne dépassera plus jamais les huitièmes de finale

Gagner à Monte-Carlo avait fait de Rafa Nadal un prétendant au titre à Roland-Garros. Remporter dans la foulée le titre à Rome en fait à présent le grand favori. Il a montré non seulement de la résilience, mais surtout un niveau de jeu incroyable pour dominer Guillermo Coria. Bientôt, il remportera le premier de ses douze titres à Roland-Garros, en battant en finale Mariano Puerta (6-7 6-3 6-1 7-5). Sa série de victoires sur terre battue se prolongera deux années durant, jusqu’à un total de 81 victoires consécutives. Il sera seulement stoppé par Roger Federer en finale du tournoi de Hambourg en 2007. L’Espagnol remportera le nombre record de neuf titres à Rome. En un mot, il deviendra le plus grand joueur de terre battue de tous les temps.

Rafael Nadal with his 2019 Rome trophy

Guillermo Coria, second favori après Nadal à Roland-Garros, s’inclinera dès les huitièmes de finale contre Nikolay Davydenko (2-6 6-3 7-6 6-2). Il ne gagnera plus jamais le moindre match porte d’Auteuil. Plus tard en 2005, il atteindra à nouveau les huitièmes de finale à Wimbledon (s’inclinant face à Andy Roddick, 6-3 7-6 6-4) et les quarts de finale à l’US Open (battu par Robby Ginepri, 4-6 6-1 7-5 3-6 7-5).

En septembre, il croisera une troisième fois le chemin de Rafael Nadal, en finale du tournoi de Pékin, et l’Espagnol prendra encore le dessus (5-7 6-1 6-2). Par la suite, en raison d’une blessure à l’épaule, Guillermo Coria rencontrera des difficultés avec son service, servant parfois plus de 20 doubles fautes en un match, avec une moyenne de 11,5 par match. Ces soucis l’empêcheront d’évoluer au plus haut niveau et ruineront sa carrière. Après 2005, il ne participera plus qu’à trois tournois du Grand Chelem, l’Open d’Australie et l’US Open en 2006, et Roland-Garros en 2008, son meilleur résultat étant un troisième tour à Melbourne. Il annoncera sa retraite définitive en 2009.

 

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