3 décembre 2000 : le jour où Kuerten a remporté le Masters pour terminer l’année numéro 1 mondial

Le 3 décembre 2000, Gustavo Kuerten, numéro 2 mondial, s’impose 6-4 6-4 6-4 face à Andre Agassi, 8e de la hiérarchie planétaire, pour remporter le Masters et s’emparer de la tête du classement ATP.

Ce qu’il s’est passé ce jour-là : vainqueur du Masters, Kuerten devient le premier sud-américain a terminé une année en tant que numéro 1 mondial

Ce jour-là, le 2 décembre 2000, Gustavo Kuerten domine Andre Agassi en finale du Masters (6-4, 6-4, 6-4), un résultat qui lui permet de dépasser Marat Safin sur le fil et de terminer la saison à la première place mondiale. Le Brésilien, numéro 2 de la hiérarchie planétaire au début du tournoi, réalise l’énorme exploit de battre successivement Pete Sampras (6-7, 6-3, 6-4) et Andre Agassi pour remporter le titre, en salle, sur une surface rapide qui n’est pas à son avantage. C’est la première fois que « Guga » grimpe au sommet du classement ATP, et il est à ce jour le seul sud-américain a avoir occupé ce rang au terme d’une saison.

Les acteurs

Gustavo Kuerten, né en 1976, se fait connaître aussi en 1997, lorsqu’il décroche le titre à Roland-Garros dans la peau d’un 66e mondial inconnu du public, qui élimine en route les trois derniers vainqueurs du tournoi (Thomas Muster, Yevgeny Kafelnikov et Sergi Bruguera en finale, 6-3, 6-4, 6-2). C’est non seulement le premier titre de sa carrière, mais c’est même la première fois qu’il atteint une finale sur le circuit. Son tennis repose sur un excellent premier service et un revers à une main impressionnant, ainsi que sur des campagnes d’amorties : bref, c’est un joueur naturel de terre battue. Alors qu’il termine 1997 à la 14e place mondiale, il a du mal à confirmer son nouveau statut en 1998 et ses résultats sur dur sont décevants. Malgré un regain de confiance pendant la saison sur terre, il est éliminé en cinq sets au deuxième tour de Roland-Garros par le jeune Marat Safin, qui atteindra les quarts de finale (3-6, 7-6, 3-6, 6-1, 6-4). Au début 1999, il est 23e mondial et, même si certains pensent que la magie de Roland-Garros 1997 n’était qu’un feu de paille, il croit toujours en ses capacités. Il atteint les demi-finales à Indian Wells (battu par Moya, qui devient par la même occasion numéro 1 mondial), avant de faire une démonstration en Coupe Davis, où il domine, sur terre battue, les Espagnols Carlos Moya et Alex Corretja. Dans la foulée, il remporte son premier Masters 1000 à Monte-Carlo :  Gustavo Kuerten devient alors l’un des favoris de Roland-Garros, mais à Paris, il est éliminé au stade des quarts de finale par Andreï Medvedev (7-5, 6-4, 6-4). Au cours de la deuxième partie de la saison, il confirme ses progrès sur surface en atteignant les quarts de finale à Wimbledon (battu par Andre Agassi, 6-3, 6-4, 6-4) et à l’US Open (battu par Cédric Pioline, 4-6, 7-6, 7-6, 7-6). En 2000, finaliste à Rome (défait par Magnus Norman, 6-3, 4-6, 6-4, 6-4), il remporte le Masters 1000 de Hambourg aux dépens de Safin (6-4, 5-7, 6-4, 5-7, 7-6) puis il s’impose à Roland-Garros pour la deuxième fois, prenant sa revanche sur Norman (6-2, 6-3, 2-6, 7-6). Durant l’été, il remporte son premier tournoi sur dur à Indianapolis (en battant à nouveau Safin, 3-6, 7-6, 7-6), mais il subit un échec décevant face à Wayne Arthurs au premier tour de l’US Open (4-6, 6-3, 7-6, 7-6), une défaite qui, selon les experts, devrait lui coûter la place de numéro 1 mondial, son rival Safin ayant quant à lui remporté le tournoi.

Andre Agassi, le « Kid de Las Vegas », est une légende du tennis. Passé pro en 1986, il devient rapidement l’une des plus grandes stars de son sport, grâce à son talent mais aussi à ses tenues vestimentaires originales, dont l’emblématique short en jean et le cycliste rose. Initié au tennis par son père puis élevé à l’académie de Nick Bollettieri, il dispose d’un excellent retour de service (le meilleur de son temps), et son jeu consiste à frapper la balle montante avec une force incroyable, ce qui est révolutionnaire à l’époque et inspirera des générations entières de tennismen. Après trois défaites en finale de Grand Chelem, une à l’US Open en 1990, deux à Roland-Garros (1990 et 1991), il remporte son premier tournoi du Grand Chelem à Wimbledon en 1992, en battant en finale le grand serveur Goran Ivanisevic (6-7 6-4 6-4 1-6 6-4). Il ajoute ensuite l’US Open 1994 à son palmarès, puis l’Open d’Australie 1995, où il bat son rival Pete Sampras en finale de Grand Chelem pour la seule et unique fois (4-6 6-1 7-6 6-4). Il devient numéro 1 mondial peu après, le 10 avril 1995, pour une première période de 30 semaines.  En 1996 et 1997, malgré une médaille d’or obtenue aux Jeux olympiques d’Atlanta, Andre Agassi traverse une mauvaise passe et descend jusqu’à la 141e place mondiale. Faisant preuve d’une grande humilité, il retourne sur le circuit Challenger à la fin 1997 pour reprendre confiance. En 1998, il revient doucement au sommet, terminant l’année au 6e rang mondial malgré des résultats décevants en Grand Chelem. En juin 1999, il s’impose enfin à Roland-Garros, en battant Andrei Medvedev en cinq sets (1-6, 2-6, 6-4, 6-3, 6-4), et réalise ainsi le Grand Chelem en carrière. Depuis, il a atteint la finale de Wimbledon (battu par Pete Sampras, 6-3, 6-4, 7-5) et ajouté un nouvel US Open à son palmarès, en dominant Todd Martin en finale (6-4, 6-7, 6-7, 6-3, 6-2). Grâce à ce nouveau titre du Grand Chelem, il récupère la première place mondiale au mois de septembre. A l’Open d’Australie 2000, il devient le premier joueur depuis Rod Laver à disputer quatre finales de Grand Chelem consécutives, prenant le dessus sur Yevgeni Kafelnikov (3-6, 6-3, 6-2, 6-4) pour s’adjuger un sixième titre majeur. Les mois suivants sont plus difficiles pour le « Kid de Las Vegas », qui, faisant face à des problèmes familiaux, n’obtient aucun bon résultat en-dehors d’une demi-finale à Wimbledon (battu par Patrick Rafter, 7-5, 4-6, 7-5, 4-6, 6-3). En septembre, il est évincé de la première place mondiale, 52 semaines exactement après l’avoir reconquise, et à son arrivée au Masters, il est 8e mondial.

Le lieu : le Masters, à Lisbonne

Créé en 1970, le Masters est le rendez-vous de fin d’année des huit meilleurs joueurs du monde. Au départ, il change de lieu chaque année, avant de s’installer au Madison Square Garden de New York, de 1977 à 1989. Depuis, le tournoi a voyagé, passant par Francfort (1990-1995) avant de poser ses valises à Hanovre entre 1996 et 1999. En 2000, il pose ses valises à Lisbonne. Étant donné que chaque année, seuls les huit meilleurs joueurs se qualifient pour le Masters, les plus grands joueurs de tennis figurent au palmarès de l’épreuve. En 2000, le fait que Marat Safin et Gustavo Kuerten se disputent la première place mondiale ajoute encore un peu de piment à ce Masters.

L’histoire : après avoir vaincu Sampras en demi-finale, Kuerten s’offre Andre Agassi

Le 3 décembre 2000, alors que Gustavo Kuerten s’apprête à affronter Andre Agassi en finale du Masters, il sait qu’une victoire lui permettrait non seulement de devenir n°1 mondial pour la première fois, mais aussi de terminer l’année au sommet, un exploit qu’aucun joueur sud-américain n’a jamais accompli.

Quelques jours plus tôt, un tel scénario était pratiquement impossible.

Au début du tournoi, Marat Safin est numéro 1 mondial, et lorsque Kuerten s’incline contre Agassi le premier jour, la bataille pour la première place semble bel et bien pliée. Mais « Guga » réussit malgré tout à se qualifier pour les demi-finales, tandis que le Russe ne parvient pas à battre Sampras en phase de poules, ce qui lui aurait permis de régler l’affaire. A ce moment-là, les chances de Kuerten sont encore très minces. Son seul espoir est que Safin perde en demi-finale, et même dans ce cas, il lui faudrait encore gagner le tournoi, ce qui impliquerait de battre Sampras, puis Agassi, sur une surface qui est loin d’être sa préférée.

Lors de la première demi-finale, Safin ne parvient pas à sécuriser son trône, sèchement défait par Agassi (6-3, 6-3). Contre toute attente, Kuerten remplit sa part du contrat en battant Sampras (6-7, 6-3, 6-4). Le Brésilien n’est plus qu’à une victoire de la première place mondiale, mais face au « Kid de Las Vegas », sur dur, il n’est clairement pas favori. Cependant, « Guga » place la barre très haut dès le départ, prenant d’entrée le service d’Agassi. Son premier service est particulièrement efficace, ce qui lui permet de rester hors de danger et d’empocher la première manche, 6-4. Jouant dans la zone, Kuerten réalise une véritable démonstration de service et de revers à une main. Il ne laisse pas Agassi diriger le jeu, il met constamment l’Américain sous pression, s’imposant finalement 6-4, 6-4, 6-4.

Le double vainqueur de Roland-Garros vient de réaliser l’impossible : il a remporté son premier grand titre sur dur, en éliminant successivement deux légendes du tennis, arrachant ainsi la première place mondiale au tout dernier moment.

La postérité du moment

Gustavo Kuerten remportera un troisième titre à Paris, en 2001 (où il dominera Alex Corretja, 6-7, 7-5, 6-2, 6-0), l’année où il dessinera son fameux cœur sur le court Philippe-Chatrier. Sérieusement touché à la hanche, il ne pourra venir défendre son titre porte d’Auteuil en 2002, et la suite de sa carrière ne sera qu’un long combat contre cette blessure dont il ne se remettra jamais. Suite à deux ans d’inactivité, il finira par annoncer sa retraite en 2008, après une dernière apparition pour faire ses adieux à Roland-Garros.

Andre Agassi ajoutera deux fois l’Open d’Australie à son palmarès (2001, 2003), portant ainsi à huit son total de titres du Grand Chelem, et apparaîtra pour la dernière fois au sommet du classement ATP le 7 septembre 2003. En 2005, à 35 ans, il disputera son ultime finale en Grand Chelem, à New-York, où il sera à nouveau vaincu par Federer (6-3, 2-6, 7-6, 6-1). Ce n’est qu’en 2006 qu’il quittera le top 10 pour de bon. Cette année-là, il ne jouera que huit tournois et mettra un terme à sa carrière à Flushing Meadows.

 

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