20 avril 2006 : Le jour où Coria a gagné un match malgré 23 doubles fautes

Guillermo Coria, opéré de l’épaule droite fin 2005, souffre avec son service depuis son retour sur le circuit. C’est flagrant à Monte-Carlo, où il s’impose le 20 avril 2006 en huitième de finale contre Nicolas Kiefer, malgré 23 doubles fautes commises.

Guillermo Coria

Ce qu’il s’est passé ce jour-là : Coria s’en sort malgré un service en perdition

Le 20 avril 2006, à Monte-Carlo, Guillermo Coria, finaliste de Roland-Garros 2004, vient à bout de Nicolas Kiefer (6-7, 6-4, 6-3) pour atteindre les quarts de finale de l’épreuve, malgré ses 23 doubles fautes commises pendant le match. L’Argentin, en délicatesse avec son service depuis une opération de l’épaule fin 2005, avait déjà commis 20 doubles fautes au tour précédent.

Les acteurs : Un Coria touché dans sa chair et un Kiefer toujours solide sans être à son top

En 2006, Guillermo Coria, âgé de 24 ans et classé à la 9e place mondiale, est considéré comme l’un des meilleurs joueurs de terre battue du circuit. Surnommé “El Mago” (“le Magicien”), son jeu est basé sur un jeu de jambes incroyable, un jeu de fond de court solide et un toucher exceptionnel. Son début de carrière est marqué par une suspension de 7 mois pour dopage, en 2001, qui lui a même valu le surnom de “Nandrolino” dans la presse hispanophone. Néanmoins, Coria parvient à revenir et se révèle réellement au plus haut niveau en 2003. Cette année-là, il atteint la finale de l’Open de Monte-Carlo (battu par Juan Carlos Ferrero, 6-2, 6-2), mais il remporte également son premier titre en Masters 1000 à Hambourg (en battant Agustin Calleri en finale, 6-3, 6-4, 6-4) avant d’atteindre la demi-finale à Roland-Garros (éliminé par Martin Verkerk, 7-6, 6-4, 7-6). Sa carrière atteint son apogée en 2004, lorsqu’il triomphe à Monte-Carlo (en battant Rainer Schüttler en finale, 6-2, 6-1, 6-3). À cette époque, il est même appelé “le roi de la terre battue” par certains experts, et il atteint la finale de Roland-Garros, où il s’incline à l’issue d’un match renversant contre Gaston Gaudio, où il gâche une avance de deux sets et deux balles de match (0-6, 3-6, 6-4, 6-1, 8-6).

En 2005, Coria est l’un des principaux favoris de la saison sur terre battue, mais une tornade nommée Rafael Nadal rafle tous les plus grands titres, le battant une première fois en avril en finale de Monte-Carlo (6-3, 6-1, 0-6, 7-5), et une seconde fois en finale du tournoi de Rome (6-4, 3-6, 6-3, 4-6, 7-6). À Roland-Garros, il s’incline dès les huitièmes de finale contre Nikolay Davydenko (2-6, 6-3, 7-6, 6-2). Plus tard en 2005, il atteint le même tour à Wimbledon (défaite contre Andy Roddick, 6-3, 7-6, 6-4) et les quarts de finale à l’US Open (battu par Robby Ginepri, 4-6, 6-1, 7-5, 3-6, 7-5). En septembre, Coria croise une troisième fois la route de Nadal en finale de Pékin et l’Espagnol s’impose à nouveau (5-7, 6-1, 6-2). Il se fait opérer de l’épaule à la fin de l’année et, depuis le début de 2006, il a du mal avec son service et ses résultats sont loin de ses standards habituels.

L’Allemand Nicolas Kiefer est né en 1977. Il est un junior très prometteur, remportant deux titres du Grand Chelem en 1995, et il se qualifie pour son premier tableau final de Grand Chelem à l’Open d’Australie 1996. Il se révèle au grand public en 1997, lorsqu’après avoir atteint les quarts de finale à Wimbledon (battu par Todd Woodbridge, 7-6, 2-6, 6-0, 6-4), il termine la saison en tant que N.1 allemand. La même année, Kiefer remporte son premier titre ATP, à Toulouse, en battant Mark Philippoussis en finale (7-5, 5-7, 6-4). En 1999, Kiefer remporte trois titres, dont le plus important est conquis à Halle (en battant Nicklas Kulti en finale, 6-3, 6-2). En atteignant deux autres finales à Dubaï et à Vienne, il se hisse au quatrième rang mondial, ce qui lui permet de se qualifier pour le Masters, où il s’incline en demi-finale face à Pete Sampras (6-3, 6-3). En 2000, bien qu’il ajoute deux titres à son palmarès, l’Allemand retombe au 20e rang mondial à la fin de l’année et, les saisons suivantes, il se maintient dans le Top 50, mais ne parvient pas à revenir dans le Top 10. Début 2006, Kiefer atteint les demi-finales de l’Open d’Australie (battu par Roger Federer, 6-3, 5-7, 6-0, 6-2), et en avril, il est numéro 13 mondial.

Nicolas Kiefer, Hamburg, 2006

Le lieu : Le Monte-Carlo Country Club

Situé en haut du Rocher de Monaco, avec une vue unique sur la mer Méditerranée, le Monte-Carlo Country Club accueille depuis 1928 l’un des plus anciens tournois internationaux de tennis. Il est généralement considéré comme le lancement de la saison sur terre battue, et il fait désormais partie de la catégorie des Masters 1000. Au palmarès du tournoi, on trouve de nombreuses terreurs de la terre battue, comme Bjorn Borg, Guillermo Vilas, Ivan Lendl, Mats Wilander, Sergi Bruguera ou encore Gustavo Kuerten.

Monte-Carlo

L’histoire : Un calvaire pour Coria, mais aussi pour ses adversaires

Au Monte-Carlo Masters, au début de la saison sur terre battue 2006, Guillermo Coria est l’un des joueurs les plus observés. Finaliste à Roland-Garros en 2004, l’Argentin avait été le deuxième meilleur joueur sur terre battue en 2005, derrière le jeune Rafael Nadal. Mais il s’est fait opérer à la fin de la saison et depuis, son service lui joue des tours : à l’Open d’Australie, il a commis pas moins de 23 doubles fautes lors de sa défaite au troisième tour contre Sébastien Grosjean (6-2, 6-2, 3-6, 6-4). Sa courte saison sur terre battue en Amérique du Sud, à Buenos Aires et à Acapulco, s’est avérée être un désastre et, à la fin du mois d’avril, il n’avait pas réussi à gagner deux matchs d’affilée depuis Melbourne.

Lorsque Coria, qui a disputé la finale des trois dernières éditions du Monte-Carlo Masters, a éliminé le numéro 8 mondial Mikhail Youzhny au premier tour (6-3, 6-1), on pouvait penser qu'”El Mago” était de retour, juste à temps pour redevenir un prétendant au titre à Roland-Garros. Mais au tour suivant, il vit un véritable cauchemar. Mené 6-1, 5-1 contre le Français Paul-Henri Mathieu, son service l’abandonne. Grâce à sa combativité et à son incroyable jeu de jambes, il se reprend et, malgré ses 20 doubles fautes, il finit par s’imposer (1-6, 7-6, 6-4).

Guillermo Coria, Roland-Garros, 2004

En huitièmes de finale, Coria affronte Nicolas Kiefer, qui avait commencé l’année en atteignant les demi-finales de l’Open d’Australie, mais n’a pas obtenu de grands résultats depuis. Bien que cela soit difficile à imaginer, Coria a encore plus de mal avec son service que lors du match précédent. Mais une fois de plus, malgré un total incroyable de 23 doubles fautes, il se bat avec assez de hargne pour l’emporter (6-7, 6-4, 6-3). À la fin du match, l’Allemand, amer de n’avoir pas su profiter de la faiblesse de son adversaire, échange quelques politesses avec Coria et, lors de sa conférence de presse, déclare n’avoir jamais vu personne faire autant de doubles fautes, sauf dans le tennis féminin, se référant à Anna Kournikova.

“Mais j’ai gagné le match, j’ai pris son service plus souvent qu’il n’a pris le mien”, rétorque Coria aux journalistes lors d’une conférence de presse qui tourne majoritairement autour de la question de son service. “J’ai pu gagner malgré mon mauvais service, donc cela me donne confiance pour les prochains matchs. Depuis que j’ai été opéré de l’épaule, je ne peux pas espérer servir aussi bien qu’avant, mais je travaille toujours sur ce coup et ce dont j’ai besoin, c’est de la confiance. J’espère que je pourrai servir aussi bien que lors de mon premier match à Miami où je n’ai pas fait de double-faute.”

“Comment vous sentez-vous de jouer contre Nadal avec votre problème de service ?”, lui demande un journaliste, alors qu’il doit affronter le tenant du titre en quart de finale.

“Ce sera un bon défi. Je suis sûr que ce sera un grand match. C’est le meilleur joueur sur cette surface en ce moment. Ce sera un match divertissant. Je vais essayer de jouer mon meilleur tennis, et j’espère que ce sera agréable à regarder pour le public.”

La postérité du moment : Coria ne se remettra jamais vraiment de ses soucis au service

Au tour suivant, le service de Coria s’avèrera un peu meilleur, puisqu’il ne commettra “que” huit doubles fautes. Mais son adversaire ne lui donnera pas l’occasion d’en faire davantage : Nadal le balaiera, 6-2, 6-1.

“Sur cette surface, c’est vraiment l’adversaire le plus difficile que j’aie jamais rencontré, en raison de l’intensité qu’il met dans chaque point”, commentera Coria.

Malheureusement pour lui, le service de Coria ne s’améliorera pas vraiment au cours des semaines suivantes. L’Argentin ne remportera qu’un seul autre match au cours de la saison sur terre battue, et il déclarera forfait pour Roland-Garros. Son quart de finale à Monte-Carlo restera son dernier résultat remarquable dans un grand tournoi. Par la suite, il ne participera plus qu’à deux autres tournois du Grand Chelem, l’US Open en 2006 et Roland-Garros en 2008, sans jamais gagner un seul match. Il annoncera sa retraite en 2009.

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