26 mars 1995, le jour où la rivalité Agassi-Sampras a atteint son paroxysme à Miami

Chaque jour, Tennis Majors remonte le temps pour revenir sur un événement marquant pour la planète tennis. Le 26 mars 1995, Andre Agassi battait son grand rival Pete Sampras en finale à Miami. Deux semaines plus tard, il le délogeait de la place de n°1 mondial.

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Ce qui s’est passé ce jour-là

Ce jour-là, le 26 mars 1995, en finale de Miami, Andre Agassi prend le dessus sur Pete Sampras lors du troisième épisode de leur grande rivalité (3-6, 6-2, 7-6). Après une première confrontation remportée par Agassi en finale de l’Open d’Australie (4-6, 6-1, 7-6, 6-4), puis un deuxième affrontement en finale d’Indian Wells remporté par Sampras (7-5, 6-3, 7-5), les deux meilleurs joueurs du monde se départagent au tie-break du troisième set de cette troisième grande finale de la saison.

C’est également la première fois que la finale de Miami met en scène les deux meilleurs joueurs mondiaux.

Les acteurs : Agassi et Sampras les deux meilleurs joueurs du monde

Andre Agassi, le Kid de Las Vegas, est l’une des plus grandes stars de l’histoire du tennis. Passé pro en 1986, il devient rapidement célèbre grâce à son talent mais aussi à ses tenues vestimentaires originales, dont l’emblématique short en jean et le cycliste rose. Initié au tennis par son père puis élevé à l’académie de Nick Bollettieri, il dispose d’un excellent retour de service (le meilleur de son temps) et son jeu consiste à frapper la balle montante avec une force incroyable, ce qui est révolutionnaire à l’époque et inspirera des générations entières de tennismen.

Agassi explose en 1988 : il remporte six tournois et atteint les demi-finales de Roland-Garros (éliminé par Mats Wilander 4-6, 6-2, 7-5, 5-7, 6-0) et à l’US Open, où il est battu par Ivan Lendl (4-6, 6-2, 6-3, 6-4).

De 1989 à 1991, malgré d’excellents résultats, Agassi, qui avait été le premier joueur américain de sa génération à se retrouver sous le feu des projecteurs, voit ses rivaux remporter des tournois majeurs, et rate de son côté plusieurs occasions. A Roland-Garros, en 1989, il perd contre Jim Courier au troisième tour (7-6, 4-6, 6-3, 6-2) et assiste au triomphe de Michael Chang, âgé de 17 ans. En 1990, le Kid de Las Vegas passe encore plus près de la gloire mais, en finale de Roland-Garros, il est surpris par Andres Gomez (6-3, 2-6, 6-4, 6-4) ; puis, à l’US Open, il échoue encore sur la dernière marche, battu par Pete Sampras (6-4, 6-3, 6-2). Lorsqu’il perd une troisième finale majeure à Paris en 1991 (battu par Jim Courier 3-6, 6-4, 2-6, 6-1, 6-4), les experts commencent à se demander si Agassi parviendra un jour à aller au bout d’un tournoi du Grand Chelem.

Il y arrive enfin en 1992, à l’endroit le plus improbable : Wimbledon, un tournoi qu’il a délibérément ignoré à trois reprises (1988-1990). Cette fois, en finale, il bat Goran Ivanisevic à l’issue d’un duel entre le meilleur serveur et le meilleur relanceur au monde (6-7, 6-4, 6-4, 1-6, 6-4).

Fin 1993, Agassi doit subir une opération à la suite d’une blessure au poignet qui lui a gâché sa saison. De retour en 1994 (photo), épaulé par son nouvel entraîneur Brad Gilbert, il se hisse en finale de Key Biscayne au printemps et, après avoir gagné le Super 9 de Toronto, il remporte son deuxième titre du Grand Chelem, à l’US Open, où il bat en finale Michael Stich (6-1, 7-6, 7-5). Après un autre succès de prestige à Paris-Bercy, il entame 1995 dans la peau du n°2 mondial. Après avoir dominé Sampras en finale de l’Open d’Australie pour s’adjuger un deuxième Grand Chelem consécutif, il vise désormais la première place mondiale.

Andre Agassi 1990

Pete Sampras est né en 1971. Bien qu’il fasse partie de la génération dorée américaine, avec Agassi, Chang et Courier, il est le dernier d’entre eux à atteindre le plus haut niveau. Fin 1989, alors que ses rivaux ont tous déjà remporté des titres et réalisé des performances remarquables en Grand Chelem, Sampras n’est que 81e mondial. En novembre de la même année, Ivan Lendl, alors n°1 mondial, l’invite chez lui pour s’entraîner avec lui pendant dix jours : le jeune Américain réalise alors l’investissement nécessaire pour devenir un champion. Six mois plus tard, il entre dans le top 20 après avoir remporté ses deux premiers titres à Philadelphie et à Manchester.

En septembre 1990, Sampras surprend tout le monde en devenant le plus jeune joueur à avoir jamais triomphé à l’US Open, et ce face à Agassi en finale (6-4, 6-3, 6-2). Grâce à cette grande victoire, il entre dans le top 10 mais  en 1991 et 1992, Sampras peine à confirmer son nouveau statut. Il subit plusieurs grandes déceptions, comme ses deux défaites en finale de la Coupe Davis 1991 (contre les Français Henri Leconte et Guy Forget), ainsi qu’un cruel échec en finale de l’US Open face à Stefan Edberg (3-6, 6-4, 7-6, 6-2). Il dira plus tard que ce match lui a fait réaliser qu’être le numéro 2 ne pourrait jamais le satisfaire.

Il devient n°1 mondial le 12 avril 1993, et il est alors critiqué pour n’avoir pas gagné de tournoi majeur depuis plus de deux ans. Mais lors de la deuxième partie de la saison, il est clairement au-dessus du lot. Il s’impose d’abord à Wimbledon (en battant son compatriote Jim Courier en finale, 7-6, 7-6, 3-6, 6-3), puis à l’US Open (où il domine le Français Cédric Pioline, 6-4, 6-4, 6-3), et il accumule huit titres au cours de la saison.

Son emprise sur le circuit se renforce en 1994, lorsqu’il remporte un troisième Grand Chelem consécutif à Melbourne (en battant Todd Martin, 7-5, 6-4, 6-4), puis parvient à défendre son titre à Wimbledon aux dépens de Goran Ivanisevic (7-6, 7-6, 6-0). Après une défaite précoce à l’US Open (contre Jaime Yzaga, en huitièmes de finale, 3-6, 6-3, 4-6, 7-6, 7-5), il termine en beauté en battant Boris Becker en finale du Masters (4-6, 6-3, 7-5, 6-4). À l’Open d’Australie 1995, il est battu en finale par son rival de toujours, Agassi, mais il prend sa revanche en finale d’Indian Wells (7-5, 6-3, 7-5), tentant de conserver la première place mondiale.

Le lieu : Key Biscayne

L’Open de tennis de Miami, qui s’appelle à l’origine le Lipton International Players Championship, a lieu pour la première fois en 1985, à Delray Beach, dans l’idée d’être le premier grand événement de tennis de l’année (à l’époque, l’Open d’Australie se tient au mois de décembre). Le tournoi déménage à Key Biscayne en 1987 et Miloslav Mecir est le premier à y triompher. Les joueurs s’y affrontent sur des courts en dur assez lents, dans une chaleur et une humidité extrêmes. Néanmoins, avec une dotation exceptionnelle et un tableau de 96 joueurs, il est considéré au début des années 1990 comme le plus grand tournoi de tennis au monde, en dehors des Grands Chelems.

Les faits : Agassi prend le dessus sur Sampras

En mars 1995, le monde du tennis n’a d’yeux que pour la rivalité Sampras-Agassi. Sampras avait dominé le jeu sans rival sérieux de l’été 1993 à l’été 1994, et lorsque le Kid de Las Vegas, avec l’aide de son nouvel entraîneur Brad Gilbert, atteint enfin son meilleur niveau en triomphant à l’US Open et à l’Open d’Australie, les amateurs regardent le tennis avec un regain d’excitation. Les deux rivaux ne peuvent être plus différents : leur personnalité, leur style de jeu, leur tenue, en un mot tout les oppose. Tous les ingrédients d’une grande rivalité sont réunis.

Après s’être affrontés en finale de l’Open d’Australie, ils s’étaient retrouvés en finale à Indian Wells et, le 26 mars, ils se trouvent encore face à face au dernier tour de l’Open de Miami. Douze mois plus tôt, au même endroit, Agassi avait accepté de retarder la finale pour que Sampras, souffrant, puisse se remettre en état de jouer, un élan de sportivité qui lui avait coûté le titre. Cette fois, il ne fera preuve d’aucune pitié.

Lors du premier set, Agassi a beau être très déterminé, il ne peut pas faire grand-chose contre le service de Sampras. Le n° 1 mondial remporte le premier set, 6-3, mais dans le deuxième set, son adversaire affûte ses retours de service. Fait incroyable, Agassi remporte 17 points consécutifs pour remporter le set, 6-2. Les deux joueurs conservent alors leur mise en jeu jusqu’à la fin du set décisif. Cependant, Agassi domine le tie-break, remportant les cinq derniers points pour l’emporter, 7-3. 

“Il m’a botté le cul [à Indian Wells]“, explique Agassi. J’ai donc dit à mon père, qui subissait une opération à cœur ouvert, que je l’aurais cette semaine. Je voudrais dédier ce match à mon père. (…) Pete servait si bien au début. Il peut vraiment transformer une avance de 3-0 en une victoire, 6-1, 6-3, très rapidement. Nous nous sommes tous les deux donnés à fond. Je tiens à remercier Pete d’avoir fait preuve d’une telle classe, comme toujours, qu’il gagne ou qu’il perde.”

“Au moment du tie-break, j’ai joué un peu prudemment et il m’a vraiment tenu à distance,  dit Sampras pour sa part. Ça s’est joué à quelques points près. Je suis déçu.”

Grâce à sa victoire, Agassi, qui affiche désormais un ratio victoires-défaites de 25-2 en 1995, n’est plus qu’à 227 points de Sampras au classement ATP, l’obligeant à défendre ses titres à Osaka et Tokyo pour rester n°1 mondial.  

La postérité de ce moment : Agassi n°1 mondial, mais Sampras seul au sommet

La semaine suivante, les deux rivaux feront équipe en Coupe Davis pour battre l’Italie. Ils mèneront d’ailleurs les États-Unis jusqu’à la victoire en 1995.

Sampras ne participera pas aux tournois qu’il avait remportés au Japon l’année précédente et, le 10 avril, Agassi atteindra la première place mondiale pour la première fois de sa carrière.

Ils ne s’affronteront plus avant la finale de Montréal, où Agassi l’emportera à nouveau (3-6, 6-2, 6-3), mais à l’US Open, Sampras triomphera (6-4, 6-3, 4-6, 7-5), s’assurant pour la troisième fois la place de numéro 1 mondial en fin d’année.

Au total, ces deux immenses champions se rencontreront à 34 reprises, Sampras ayant l’avantage, 20 victoires à 14. Leur dernier affrontement aura lieu en finale de l’US Open 2002, lorsque Sampras mettra un brillant point final à sa carrière en battant son plus grand rival une dernière fois (6-3, 6-4, 5-7, 6-4). Il quitte ensuite le tennis dans la peau du recordman absolu de victoires en Grand Chelem (14).

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