1er décembre 1991 : Le jour où Guy Forget a offert à la France sa première Coupe Davis depuis 1932

Le 1er décembre 1991, Guy Forget domine Pete Sampras (7-6, 3-6, 6-3, 6-4) pour offrir à la France son premier titre en Coupe Davis depuis 1932.

Ce qu’il s’est passé ce jour-là et pourquoi c’est historique : La France remporte sa 7e Coupe Davis

Ce jour-là, le 1er décembre 1991, Guy Forget domine Pete Sampras (7-6, 3-6, 6-3, 6-4) pour offrir à la France son premier titre en Coupe Davis depuis le sacre des Quatre Mousquetaires en 1932. Ce succès tant attendu est particulièrement marquant car il s’est produit à domicile, aux dépens d’une équipe américaine pourtant largement favorite sur le papier. Pourtant, la performance de Leconte en simple le vendredi, puis la démonstration des Français en double le samedi, confirment bien qu’au tennis, rien n’est jamais joué d’avance. Pour Forget, c’est une superbe façon de conclure la saison 1991, qui était déjà, de loin, la meilleure de sa carrière.

Les acteurs

Guy Forget, explosion en 1991

Guy Forget est né en 1965 à Casablanca. Le gaucher français, adepte du service-volée, gagne le tournoi junior de Roland-Garros en 1982, l’année où il devient professionnel. Jusqu’à la fin de l’année 1990, il est un bon joueur du top 50, mais il obtient surtout de bons résultats en double, où il se classe 3e mondial en 1986, l’année où, associé à Yannick Noah, il dispute la finale de Roland-Garros. En 1990, faisant équipe avec Jakob Hlasek, il remporte même le Masters. En simple, sa carrière décolle en septembre 1990, lorsqu’il remporte son troisième titre, de loin le plus important, à Bordeaux, aux dépens de Goran Ivanisevic (6-4, 6-3). En 1991, il change complètement de dimension. Quart de finaliste à l’Open d’Australie et à Wimbledon (éliminé à chaque fois par Boris Becker), il décroche deux titres en Masters 1000, à chaque fois en prenant le dessus face à Pete Sampras, à Indian Wells (2-6, 7-6, 6-4) puis à Bercy (7-6, 4-6, 5-7, 6-4, 6-4). Il accumule pas moins de 6 titres au long de la saison, et monte jusqu’à la 4e place mondiale. En décembre 1991, il est 7e au classement ATP.

Guy Forget - Bercy 1991

Pete Sampras, machine à Grand Chelem

Pete Sampras est né en 1971. Bien qu’il fasse partie de la génération dorée américaine, avec Agassi, Chang et Courier, il est le dernier d’entre eux à atteindre le plus haut niveau. Fin 1989, alors que ses rivaux ont tous déjà remporté des titres et réalisé des performances remarquables en Grand Chelem, Sampras n’est que 81e mondial. En novembre de la même année, Ivan Lendl, alors numéro 1 mondial, l’invite chez lui pour s’entraîner avec lui pendant dix jours : le jeune Américain réalise alors l’investissement nécessaire pour devenir un champion. Six mois plus tard, il entre dans le top 20 après avoir remporté ses deux premiers titres à Philadelphie et à Manchester. En septembre 1990, il surprend tout le monde en devenant le plus jeune joueur à avoir jamais triomphé à l’US Open, en battant Agassi en finale (6-4, 6-3, 6-2). Grâce à cette grande victoire, il entre dans le top 10, mais au premier semestre 1991, Sampras peine à confirmer son nouveau statut. Depuis le début de la tournée d’été américaine, il obtient de meilleurs résultats, triomphant à Los Angeles, Indianapolis et Lyon, mais il ne parvient pas à conserver son titre à l’US Open, battu par Courier en quart de finale (6-2, 7-6, 7-6). Un premier succès au Masters, où il prend sa revanche sur Courier (3-6, 7-6, 6-3, 6-4), confirme ses récents progrès.

Le lieu : Palais des Sports de Gerland (Lyon)

La finale de la Coupe Davis 1991 se déroule à Lyon, au Palais des Sports de Gerland, qui peut accueillir jusqu’à 8000 spectateurs. La France a choisi une surface rapide qui convient bien au jeu de ses meilleurs joueurs, et particulièrement à Guy Forget, 7e mondial, qui vient de gagner le tournoi de Bercy sur une surface similaire.

Guy Forget - Coupe Davis 1991

L’histoire : Guy Forget mate (encore) Pete Sampras

Le dimanche 1er décembre 1991, Guy Forget affronte Pete Sampras avec, au bout de la raquette, une occasion unique : offrir à la France sa première Coupe Davis depuis 1932. L’équipe de France n’était pas favorite sur le papier, mais le vendredi, après que Forget a perdu contre Andre Agassi (6-7, 6-2, 6-1, 6-2), Henri Leconte a assommé Sampras en trois sets (6-4, 7-5, 6-4). Le samedi, les deux gauchers ont produit un tennis extraordinaire pour battre Ken Flach et Robert Seguso, l’une des meilleures équipes au monde (6-1, 6-4, 4-6, 6-2). Soudain, la victoire est à portée de main. De plus, Forget a déjà battu Sampras en deux grandes occasions en 1991, en finale d’Indian Wells et de Paris-Bercy. 

La tension est à son comble, et au premier set, les deux joueurs s’appuient sur leur service et vont au tie-break. Sampras se procure une balle de set à 6-5, mais Forget l’efface grâce un ace, et deux points plus tard, c’est lui qui empoche la première manche, 7-6. L’Américain parvient à gagner le deuxième set, mais, terrassé par la pression et mis en difficulté par le service de Forget (17 aces), il est surclassé dans les deux manches suivantes, 6-3, 6-4. A l’issue de la balle de match, le Français s’écroule, pris par l’émotion, tandis que son capitaine bondit par-dessus le filet pour venir l’embrasser. Leconte ne peut contrôler ses larmes, et Forget déclare au micro qu’il s’agit du « plus beau jour de sa vie ». L’équipe de France tout entière finit par danser sur le court au rythme de « Saga Africa », une chanson de Noah.

« Je ne pense que les Américains avaient compris ce que la Coupe Davis représentait pour l’équipe de France et pour le public », explique Forget. « Nous avons la Coupe du Monde de foot, le Tour de France et la Coupe Davis, alors qu’aux Etats-Unis, ils ont au moins dix événements plus importants que la Coupe Davis. »

Comme on peut l’imaginer, Sampras, lui, ne ressort pas aussi heureux de ce terrible week-end. En 2009, dans son autobiographie, A Champion’s Mind, voici comment il évoquera l’événement :

« L’explication à ce désastre me semble simple. Je n’étais pas l’homme de la situation. Et jusqu’à maintenant, lorsque l’on me parle de cette rencontre à Lyon, je hausse les épaules, je souris et je réponds, « pas l’homme de la situation ». Je ne reproche rien à Gorman, ni à qui que ce soit, mais s’il y a bien une chose qui était douloureusement évidente à l’issue de la finale contre la France, c’est que Pete Sampras, un petit jeune, n’était absolument pas prêt à faire face à la situation. »

La postérité du moment : Nouvelle Coupe Davis française cinq ans plus tard

La victoire de 1991 en Coupe Davis restera comme l’un des plus grands exploits de l’histoire du sport français. En 1996, l’équipe de France, avec Noah comme capitaine et Forget jouant cette fois en double, remportera à nouveau la Coupe Davis, en battant la Suède en finale. Forget gagnera ensuite la compétition en tant que capitaine, en Australie, en 2001. La France attendra ensuie seize ans pour décrocher un nouveau Saladier d’Argent, en 2017, après que Noah aura été rappelé pour mener l’équipe.

Pete Sampras se remettra de son cauchemar lyonnais, et, comme savent le faire les grands champions, il tirera les enseignements de son échec pour devenir plus fort. Dans son autobiographie, il expliquera que ses difficultés contre les gauchers lors de cette finale le pousseront à changer sa position au retour de service. « Les résultats furent remarquables, je crois que j’ai gagné mes trente-deux affrontements suivants contre des gauchers. Je tremble à l’idée de ce qu’aurait été ma rivalité avec un autre gaucher, Goran Ivanisevic, si je n’avais pas modifié ma position au retour. »

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