Quelles nouvelles règles et quels aménagements à la reprise ?

Alors que les restrictions liées à la crise sanitaire se réduisent dans de plus en plus de pays, les circuits ATP et WTA se sont accordés sur une date de reprise. Mais à quoi va ressembler cette nouvelle donne ? Quels aménagements vont-être introduits pour jouer dans le contexte de la crise sanitaire ?

Petra Kvitova mask

Si vous ne les avez pas déjà lus, les précédents épisodes de la série  : 

Encore deux mois à tenir. Les circuits ATP et WTA reprendront en août, après avoir été arrêté pendant cinq mois en raison de l’épidémie de Covid-19. Mais à l’heure où les exhibitions se multiplient dans cette attente, sans oublier l’Ultimate Tennis Showdown en cours à la Mouratoglou Academy, il faut se préparer à de multiples aménagements à la reprise.

À quoi va ressembler le tennis professionnel à son retour ? Nous nous penchons sur la question dans une série en trois volets. Dans cette troisième et dernière partie, voyons dans quelles conditions les joueurs doivent s’attendre à jouer à la reprise, et quel impact cela aura pour eux.

Lourds contrôles sanitaires

Oubliés les staffs étoffées massés dans les box des joueurs et déambulant dans les allées. Oublié le luxe des ramasseurs de balle amenant les serviettes après chaque point. Oubliées les poignées de mains pour saluer l’adversaire à la fin du match.

Voilà à quoi il faut se préparer sur les circuits ATP et WTA à leur retour, tant qu’un vaccin ou un traitement contre la Covid-19 n’aura pas vu le jour.

Stefanos Tsitsipas vs Richard Gasquet, UTS 2020

Comme Stacey Allaster, la nouvelle directrice de l’US Open, l’a déclaré à l’Associated Press, les joueurs devront quotidiennement satisfaire à de nombreuses exigences sanitaires pendant toute la durée du Grand Chelem new-yorkais.

« Une fois qu’ils entreront sur ‘la planète US Open’, il y aura à la fois des questionnaires quotidiens pour évaluer leur état de santé, des contrôles de température quotidiens et… des tests nasaux ou de tests de salive ou d’anticorps », détaille l’Américaine.

Staff réduits

Nul doute que les joueurs s’en accommoderont, eux qui sont déjà habitués à de lourdes procédures antidopage. Mais ce qui peut leur poser problème, c’est de n’avoir qu’une seule personne pour les accompagner sur le site du tournoi. Novak Djokovic l’a souligné. Le numéro 1 mondial a par ailleurs jugé « extrêmes » les règles imposées par l’USTA pour permettre à l’US Open de se dérouler dans les conditions les plus sécurisées possibles.

D’autres ont aussi exprimé ces craintes. La numéro 24 mondiale Donna Vekic a par exemple déclaré dans le New York Times :

« La pire des contraintes, c’est de ne pouvoir venir qu’avec un seul membre de son staff. Je ne vois pas comment cela va être possible et comment les meilleurs joueurs vont l’accepter ».

Donna Vekic

Les meilleurs joueurs du monde sont tellement habitués à voyager avec leur famille et leurs proches pour les grands tournois qu’être sans eux pourrait les perturber. C’est surtout l’idée de devoir choisir entre leur entraîneur, leur physio ou leur kinésithérapeute qui les fait trembler. Mais après près tout, il y a de nombreuses années, les joueurs voyageaient ensemble et le fait d’avoir un entraîneur sur place était considéré comme un luxe. Sans parler du reste.

Allaster propose que les tournois mettent à dispositions des physios sur le site. Cela pourrait déjà apaiser la situation. Mais les joueurs professionnels sont des machines qui nécessitent des praticiens connaissant parfaitement les rouages de leurs corps et leurs habitudes.

Quid des juges de lignes ?

Pour ce qui est des ramasseurs de balles, l’US Open, maintenu du 31 août au 13 septembre, prévoit qu’ils soient tous adultes, portent des gants et n’apportent pas de serviettes aux joueurs.

Mark Petchey, ancien entraîneur d’Andy Murray et aujourd’hui commentateur, souligne qu’il est probable que l’on joue sans juges de lignes, comme cela se fait déjà aux Next Gen ATP Finals.

« Pour les tournois qui peuvent se le permettre, l’annonce électronique des lignes sera un grand atout. Pour les autres, il se peut que les joueurs doivent juger leurs propres lignes avec un seul arbitre, a-t-il déclaré à Tennis Majors. En effet, il va être nécessaire de réduire le nombre de personnes sur le terrain et d’appliquer les recommandations de distanciations sociales. Après, on pourrait aussi imaginer des juges de lignes masqués qui annonçaient les balles uniquement par des signes de la main. Mais le fait qu’il faille réduire le nombre de personnes présentes sur le site me fait penser que l’auto-arbitrage est la solution ».

Va t-on pouvoir jouer avec des juges de lignes à la reprise du tennis ?

L’occasion de tester de nouvelles balles ?

Dans les pays qui ont recommencé à autoriser le tennis de loisir, on demande aux joueurs d’utiliser des balles marquées, afin de ne pas toucher les mêmes que son adversaire. Mark Petchey est sceptique quant à cette mesure chez les joueurs professionnels, car « il est trop instinctif pour eux de s’en saisir ou de les ramasser pour les donner aux ramasseurs, surtout dans le feu de l’action ».

« Ça pourrait fonctionner avec des balles de couleurs différentes, explique le Britannique. Je me dis notamment qu’une balle d’une autre couleur que le jaune conviendrait bien aux fans et à la télévision sur terre-battue. Ce serait l’occasion d’essayer une balle bleue sur terre et une balle rose sur dur ».

14th November 2017, O2 Arena, London, England; Nitto ATP Tennis Finals; Ball kids prepare new sets ball for the match

L’occasion de repenser la programmation

Paul McNamee, qui a été le directeur de l’Open d’Australie pendant 12 ans de 1994 à 2006, pense que le tennis ne reprendra pas complètement tant qu’il n’y aura pas de vaccin ou de médicament contre la Covid-19. Mais pour lui, cette pandémie offre au tennis la possibilité de mettre en place quelques changements. Notamment en commençant les tournois un samedi, et en disputant la finale un vendredi.

De cette manière, « le spectacle commencerait en fanfare le week-end, avec beaucoup plus d’enfants que le lundi matin », nous a t-il expliqué.

« D’autant que pour les premiers tours, c’est là que le prix des billets est le plus bas, et qu’il y a le plus de matchs et que l’on joue sur tous les courts annexes, poursuit-il. C’est ainsi que vous créerez une ambiance familiale, et que vous encouragerez les gens à rester après les matchs pour une bière ou un repas… comme cela se fait en Allemagne après les matchs de club. Avec les demi-finales disputées le jeudi soir et avec la finale disputée le vendredi soir, le tennis sera le centre de la planète sport deux soirs par semaine en prime-time… Ces soirs là, il n’y a pas de Premier League, pas de Bundesliga, pas de Champions League, pas de NFL, pas de golf ! »

« La possibilité d’un nouveau départ »

Il se peut aussi que le tennis ne reprenne jamais comme avant. Paul McNamee l’espère en tout cas.

« Le modèle actuel n’est pas bon. Seuls 100 hommes et 100 femmes gagnent leur vie correctement, ce qui n’est rien par rapport aux autres sports professionnels », clame l’Australien, qui souhaite que les tableaux des tournois soient élargis.

 « Au lieu de tableaux principaux de 32 joueurs et de tableaux de qualifications de 16 joueurs, faisons directement des tableaux de 48. Cela crée plus de joueurs professionnels et améliore leur notoriété immédiatement. Ça ne coûterait strictement rien, et ça apporterait une bien meilleure redistribution des revenus entre les joueurs du Top 100 et les autres. »

« Il est évident que tout cela prendra du temps, parce que comme tous les autres sports, le tennis va souffrir pendant un moment. Mais il faut voir dans cette difficulté la possibilité d’un nouveau départ, en chamboulant quelques règles. »

Si vous ne les avez pas déjà lus, les précédents épisodes de la série  : 

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