À quoi ressemblera le tennis à son retour ? Partie 1 : Des circuits par régions ?

Alors que les restrictions liées à la crise sanitaires se réduisent dans de plus en plus de pays, les circuits ATP et WTA sont en train de s’accorder sur une date de reprise et de retour à la normale. Mais à quoi va ressembler cette nouvelle normale ? Des circuits à l’échelle régionales pourraient voir le jour.

Tennis look like - Partie 1

Encore deux mois à tenir. Les circuits ATP et WTA ne reprendront pas avant le 31 juillet, au plus tôt, en raison de l’épidémie de Covid-19. Mais il y a de bonnes raisons de penser qu’ils vont effectivement reprendre, à l’heure où les tournois exhibitions se multiplient dans cette attente, et où les tournois se préparent à de multiples aménagements.

À  quoi va ressembler le tennis professionnel à son retour ? Nous nous penchons sur la question dans une série en trois volets. Pour cette première partie, nous nous sommes demandé si des circuits organisés à l’échelle régionale ne vont pas se multiplier, étant donné que voyager dans le monde entier va devenir beaucoup plus problématique.

En effet, avant même que l’épidémie de coronavirus ne voient les pays fermer leurs frontières, une réflexion sur l’ampleur des voyages dans le monde était déjà engagée, au regard de la lutte contre le réchauffement climatique. Y compris dans le sport, et dans le tennis, sport mondialisé s’il en est. Si le sujet n’était bien sûr pas leur priorité numéro 1, il était au moins à l’ordre du jour de l’ATP et de la WTA.

Que les joueurs restent plus longtemps dans certaines régions ferait sens, tant sur les plans sanitaires, économiques et écologiques. C’est d’ailleurs sur ces critères que la Fédération américaine souhaite jouer le Masters 1000 de Cincinnati et l’US Open à Flushing Meadows, comme l’a révélé le New York Times, même si la crise sanitaire est bien sûr l’argument majeur d’une telle manoeuvre.

« Il faut faire moins de voyages »

Le modèle des circuits ATP et WTA organisés dans le monde entiers avec des voyages incessants pour joueurs et fans est obsolète. C’est l’avis de Nicolas Mahut. Le Français pense qu’à l’avenir, le tennis professionnel doit davantage s’organiser autour de tournées organisés régionalement.

« Le circuit tel qu’on le connaît, en jouant par exemple la même semaine New York ou Marseille, avant d’aller à Dubaï ou Acapulco, à mon avis, ça ne sera plus envisageable, a déclaré l’Angevin dans l’Équipe fin mai. Ça va peut-être prendre du temps, c’est difficile à mettre en place car le fait d’harmoniser le circuit principal demande aussi de réorganiser le circuit secondaire, sans oublier le circuit féminin.

Il faut envisager de faire moins de voyages, poursuit-il. C’est impératif. Faire une tournée en Australie, une tournée en Asie avec le Moyen-Orient, une tournée en Europe, une aux États-Unis, etc… Quitte à rester plus longtemps sur place à chaque fois. »

Nicolas Mahut, during the 2018 Davis Cup final

Le rôle des Grands Chelem

Le World Team Tennis, épreuve par équipe fondée en 1973, se déroulera cette année pour la première fois de son histoire sur un seul site, du 12 juillet au 2 août. Dans la situation actuelle, c’est sans doute la configuration la plus attrayante qui soit pour les joueurs engagés, dont fait notamment partie l’ancienne numéro 1 mondiale Kim Clijsters. L’Australien John Millman a demandé à se Fédération d’organiser un tournoi par équipes entre joueurs australien sur le même modèle.

Mark Petchey, l’ancien entraîneur d’Andy Murray, désormais commentateur, a aussi été un temps le boss du tennis masculin britannique. Il estime que les pays qui organisent les tournois du Grand Chelem – l’Australie, la France, la Grande-Bretagne et les États-Unis – sont suffisamment riches pour aider les autres acteurs du tennis professionnel, et que cela peut passer par l’organisation de mini-circuits dans leur propre pays.

« Les pays riches vont bien résister à cette crise », pense Petchey. « Il y a avait déjà des arguments en faveur d’une gouvernance plus centralisée du tennis. Une institution qui superviserait des tournois organisés davantage selon des critères géographiques, ce qui permettrait aux joueurs de réduire leurs dépenses. Et clairement, cette pandémie a donné du poids à cette perspective. »

« Vu les dégâts qu’a causé la crise sanitaire pour les tournois, il est tentants pour eux de se replier sur eux même et de la jouer perso pour essayer de sauver leur peau, poursuit le Britannique. Mais je crois qu’ils ont plutôt intérêt à s’unir. Et de ce point de vue, je crois que les pays qui accueillent des tournois du Grand Chelem ont une responsabilité toute particulière, parce qu’ils sont en très bonne santé financière. Ils doivent aider les fédérations les moins aisées, qui n’ont pas les mêmes réserves pour faire face à la crise. »

« Pour que le tennis s’en sorte, il faut impérativement qu’il y ait une grande coopération entre les instances qui gouvernent le tennis, les tournois et les joueurs, et que s’exerce une solidarité envers les moins aisés, conclut Petchey. Mais pour l’instant, on ne va pas se le cacher, tout le monde essaie d’assurer sa propre survie. » 

Paul McNamee

« Les circuits ont besoin d’une refonte »

Paul McNamee, deux fois vainqueur de Wimbledon en doublé avec le regretté Peter McNamara, a été le directeur de l’Open d’Australie pendant 12 ans jusqu’en 2006. Dirigeant parmi les plus visionnaires de l’histoire, McNamee est convaincu que des circuits plus petits et davantage organisés sur des régionalement vont voir le jour :

« Les circuits ont besoin d’une refonte. Il faut organiser des circuits construits sur des critères géographiques, pour limiter les voyages et faire baisser les dépenses, et inciter les joueurs à jouer près de chez eux. On aura aussi ainsi plus de vainqueurs et plus de stars à l’échelle locale. »

« J’imagine un circuit principal avec une tournée en Europe, une tournée en Amérique, une en Asie, et une au Moyen-Orient bien sûr, détaille t-il. Puis un circuit secondaire qui serait l’équivalent du circuit Challenger, mais en plus prestigieux et organisé davantage sur des critères géographiques, en cela qu’il serait divisé en plusieurs sous-circuits. « 

« Même chose pour les WTA 125, qui sont déjà une belle innovation, qui fonctionnent bien, mais qui pourrait encore être développé. De cette façon, le tennis créera plus d’emplois tout en réduisant les dépenses des joueurs, conclue l’Australien« .

Cela suppose une personnalité forte pour le mettre en place, mais faire le pari d’évènements organisés davantage à l’échelle régionale peut être une solution intéressante pour faire grandir le tennis.

 

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