Le retour du service à la cuillère

Selon un sondage de Christopher Clarey, correspondant tennis au New York Times, sur plus de 1800 votants, 74% d’entre eux souhaitent voir plus de services à la cuillère sur le circuit, les 26% restants sont plus réticents.

Alexander Bublik - Hambourg 2020

Alexander Bublik face à Gaël Monfils, Monica Niculescu face à Danielle Collins… Le service à la cuillère a été une arme utilisée par deux joueurs au premier tour de Roland-Garros. Si le premier s’est conclu par un ace du joueur kazakh, le second n’a pas abouti et a eu le mérite d’énerver la relanceuse américaine.

Remis au centre des débats par Nick Kyrgios, qui en avait fait usage plusieurs fois lors de la saison 2019, notamment contre Nadal à Acapulco, le service à la cuillère est en passe de dépasser son statut d’irrévérencieuse curiosité ou de geste légitime en exhibition.

 

A l’époque (février 2019), battu 3-6 7-6 7-6, Nadal avait estimé que Kyrgios « manqu(ait) de respect au public, à son adversaire et à lui-même ». Le tombeur de Gaël Monfils à Roland-Garros, Alexander Bublik, s’est attiré la réprobation de Cristian Garin après son ace à Hambourg.

Le Kazakh est sûrement celui qui l’utilise le plus actuellement. À Hambourg, la semaine dernière, où il avait atteint les quarts de finale, le fantasque joueur de 23 ans avait aussi conclu un jeu de la sorte contre Félix Auger-Aliassime.

Même objectif qu’une amortie

Aux sceptiques, il faut rappeler que le service à la cuillère est autorisé par les règles : s’il n’y a pas de rebond avant la frappe, c’est un engagement comme un autre. Sur le plan tactique, il agit avec la pertinence d’une amortie. Comment reprocher à un joueur de vouloir surprendre un adversaire posté très loin de sa ligne de fond de court ?

Sur le plan technique, il est moins simple qu’il n’en a l’air et demande une forme de toucher pour être une arme véritable. Kyrgios avait d’ailleurs échoué en longueur sur le premier tenté face à Nadal en 2019.

Sur le plan stratégique, il permet de « rentrer dans le cerveau » de l’adversaire. Le service à la cuillère le plus célèbre du monde a été réalisé par Michael Chang, en huitièmes de finale de Roland-Garros, en 1989, face à Ivan Lendl. L’Américain, alors perclus de crampe, avait fini par remporter le tournoi. Même issue pour Kyrgios à Acapulco en 2019.

Roger Federer résume les arguments qui donnent des lettres de noblesse à ce geste : « Oui, je pense que le service à la cuillère est vraiment une tactique. Surtout quand les joueurs sont très loin derrière leur ligne. Il ne faut pas avoir honte de le tenter. »

Au culot, il peut même faire gagner des matchs. Monica Niculescu, encore elle, n’a pas hésité à l’utiliser sur une balle de match face à la Russe Zvonareva, en qualifications à Roland-Garros. Pablo Cuevas avait conclu sa victoire en finale de Sao Paulo contre Albert Ramos-Vinolas, en 2017, avec un service à la cuillère sur deuxième balle.

 

Le service à la cuillère est encore loin de faire partie de la panoplie de la majorité de joueurs, mais selon le journaliste du New-York Times Christopher Clarey, ils s’y habitueront rapidement s’il continue à se répandre.

« Selon moi, les joueurs n’aiment pas les choses qui les font sortir de leur zone de confort sur un court de tennis. Le service à la cuillère les y amène certainement dans la plupart des cas. Peu de joueurs l’ont pratiqué sérieusement et ils sont encore moins nombreux à être sûrs de l’utiliser dans un match à ce stade. Essayer de le faire peut les mettre mal à l’aise. Mais les hommes sont faits pour s’adapter. Tout le monde s’y habituera très vite, s’il fait ses preuves. »

Ce mercredi, Lorenzo Sonego sera opposé à Alexander Bublik au second tour de Roland-Garros. Il devra être vigilant sur les premières balles du Kazakh. Et tant pis si ça ne lui plaît pas. Lors d’une consultation en ligne sur Twitter, Christopher Clarey a vu 74% de sa communauté lui répondre qu’elle voulait plus de services à la cuillère contre 26% en faveur de l’interdiction.

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