Toit, COVID, balles… : Anatomie d’un Roland-Garros 2020 imprévisible

La 119e édition de Roland-Garros débute ce dimanche dans des conditions inédites, entre nouveautés et mesures sanitaires liées à l’épidémie de coronavirus.

Chatrier Roland Garros 2020

Roland-Garros en automne plutôt qu’au printemps

Initialement prévu du 18 mai au 7 juin, Roland-Garros a été décalé du 20 septembre au 4 octobre sans qualifications, puis du 21 septembre au 11 octobre avec qualifications. Première conséquence : les journées seront plus courtes car dès 17 heures, le soleil va commencer à se coucher.

La pluie va également s’inviter à Paris durant la quinzaine. Les prévisions météo sont mauvaises : Météo France annonce de la pluie tous les jours jusqu’au 10 octobre, veille de la fin du tournoi. Dès ce dimanche, le programme va devenir un casse-tête pour les organisateurs. (voir le programme de lundi)
PLUIE ROLAND GARROS 2020
Durant la quinzaine, il va faire froid. Voir joueurs et joueuses avec des tenues à manches longues ne devrait pas vous surprendre. Le matin, il fera entre 8 et 13 degrés dans la capitale française. L’après-midi, le mercure devrait monter jusqu’à 20 degrés. Rafael Nadal, entre autres, a évoqué en conférence de presse, vendredi, les températures fraîches ressenties à Paris.
« Il fait très froid, ça rend les choses difficiles pour tout le monde. Ce sont des conditions un peu extrêmes pour jouer. Les conditions sont probablement les plus difficiles que j’ai connues à Roland-Garros, pour différentes raisons. »
Rafael Nadal a probablement conscience que ces conditions de jeu ne lui sont pas favorables, comme nous l’a expliqué Patrick Mouratoglou dans sa rubrique « L’Œil du Coach ».

Des courts éclairés mais pas (encore) de night session

C’est une première : douze des quatorze courts disponibles cette année seront éclairés, ce qui permettra de terminer les rencontres quelle que soit leur durée. Le soleil se couchera définitivement avant 19h40 durant la quinzaine, les spots seront bien utiles. Ils seront allumés dès 17h30. Il n’y aura pas de night session à proprement parler (elles arriveront en 2021, dès 20 heures), mais le dernier match de la journée, de fait, sera totalement à part en terme de conditions de jeu.

Un toit pour protéger le court Philippe-Chatrier

C’est LA grande nouveauté, attendue depuis de longues années : le court Philippe-Chatrier est enfin équipé d’un toit. Le 5 février, les travaux commencés il y a trois ans se sont achevés avec la pose de la dernière aile, la onzième, en hommage à l’aviateur Roland Garros. « En mai 2017, nous relevions le défi de rebâtir le court Philippe-Chatrier en trois ans en le dotant d’un toit rétractable, a déclaré le président de la Fédération française de tennis (FFT), Bernard Giudicelli. Ce magnifique outil illustre notre audace et notre volonté constante de bâtir et d’innover.”

Le toit mettra quinze minutes à être déployé (il en faut seulement dix sur le court central de Wimbledon). Ces conditions de jeu « indoor » sont totalement inédites à Roland-Garros. Le tournoi parisien pourrait par ailleurs, en cas de pluie persistante, se voir opposé le même procès en favoritisme pour les grandes têtes de série si le tournoi n’avançait correctement et sans stress que pour les joueurs et joueuses programmés sur le Chatrier. Il est par ailleurs de coutume que les stars jouent au moins un match sur le Lenglen pendant la quinzaine. Cette « alternance » pourrait ne pas aller de soi.

Nouveau partenaire, nouvelles balles

Changement de sponsor pour Roland-Garros. Fini Babolat, partenaire depuis 2011, Wilson est désormais en contrat avec le Grand Chelem parisien jusqu’en 2025. Et les balles fournies par ce nouvel équipementier en sont pas au goût de tout le monde. Rafael Nadal – lui-même sponsorisé par Babolat pour sa raquette – s’en est plaint vendredi en conférence de presse.

 « A mon avis, ce ne sont pas de bonnes balles pour la terre battue, c’est mon sentiment. Même dans ces conditions, ça rend les choses plus dures. Je le savais avant de venir, donc pas de problème. J’accepte la gageure. Mais je pense que l’organisation devra voir ce qu’il en est pour les deux années à venir, pour la santé des joueurs. Avec une balle super lourde, c’est dangereux pour les épaules et les coudes des joueurs. »

Novak Djokovic s’est montré plus mesuré samedi :

« C’est la première fois que nous utilisons ces balles sur terre battue. Je suis d’accord, les balles sont lourdes. Mais nous sommes en octobre, il fait très froid et la terre battue est lourde et humide. Les conditions générales affectent également la nature de la balle elle-même. Il est difficile de dire si la balle est lourde de nature ou si c’est le fait de jouer dans ces conditions particulières. »

Une épée de Damoclès nommée COVID-19

La pandémie de coronavirus a bouleversé le tennis mondial. A Roland-Garros, pas de bulle à proprement parler, comme c’était le cas à Flushing Meadows, lors de l’US Open. Les joueurs sont certes logés dans des hôtels réservés par l’organisation, mais ces établissements ne sont pas privatisés. Il leur arrive donc de croiser des clients.
Joueurs et joueuses seront testés tous les cinq jours. Un test positif et l’accréditation est désactivée dans la foulée. C’est ce qui est arrivé à Fernando Verdasco, furieux contre le tournoi, mais aussi à Damir Dzumhur, privé de qualifications après le test positif de son coach, Petar Popovic. Le protocole de la FFT passe pour être très strict, trop strict peut-être avec les personnes ayant développé des anticorps, et les quatre cas enregistrés en début de tournoi.
Sur notre site, vous pouvez lire cet article sur le stress des joueurs face au virus.
Port masque Roland Garros 2020
Joueurs et joueuses ne pourront pénétrer dans l’enceinte du stade que les jours où leur match est prévu. Et il sera impossible de s’entraîner sur le site durant la quinzaine : le stade Jean-Bouin, situé non loin, leur sera dédié. Enfin, les participants devront porter le masque en permanence, sauf au moment de jouer et de manger. C’est également le cas de toutes les personnes accréditées : arbitres, ramasseurs de balles, organisateurs du tournoi…

Pas plus de 1 000 spectateurs par jour

Habitué à accueillir près de 40 000 spectateurs par jour, le site de Roland-Garros n’en verra que 1 000 en raison de restrictions d’ordre sanitaire. Les organisateurs espéraient recevoir 20 000 personnes. Début septembre, le site a été séparé en trois zones – court Philippe-Chatrier, court Suzanne-Lenglen, court Simonne-Mathieu – indépendantes les unes des autres, ce qui permettait d’accueillir 11 500 badauds quotidiens. Ce n’est pas tout-à-fait le huis clos de l’US Open, comme le Premier ministre l’avait laissé craindre initialement, mais le stade sonnera creux jusqu’au dernier jour.

Federer, Barty, Osaka… Des absents de marque

Il y a certes moins de forfaits qu’à l’US Open mais, dans le tableau féminin notamment, quelques têtes d’affiche ne seront pas de la partie à Roland-Garros. La numéro 1 mondiale et tenante du titre, Ashleigh Barty, a décidé de zapper le tournoi. La lauréate de l’US Open 2019, Bianca Andreescu (7e), ne sera pas non plus présente. Naomi Osaka (3e) a également renoncé pour cause de blessure. Plus récemment, Belinda Bencic (10e) a elle aussi déclaré forfait. Quatre joueuses du Top 10 sont donc à classer dans la catégorie des grandes absentes.

Dans le tableau masculin, un seul membre du Top 10 mondial ne sera pas là. Et ce n’est pas n’importe qui, puisqu’il s’agit de Roger Federer (4e). Les autres absents de marque sont français (Jo-Wilfried Tsonga et Lucas Pouille), australien (Nick Kyrgios) et canadien (Milos Raonic). Fernando Verdasco, testé positif au coronavirus à son arrivée à Paris, ne sera pas non plus de la partie.

Une préparation tronquée

La propagation du coronavirus dans le monde a stoppé la saison à la mi-mars. De retour début août, le tennis a fait étape soit aux Etats-Unis, pour un gros mois de tournois sur dur – dont le Masters 1000 de Cincinnati et l’US Open, disputés à New York – soit en Europe avec des tournois sur terre battue : Palerme, Prague, Istanbul, Rome et Strasbourg sur le circuit WTA ; Kitzbühel, Rome et Hambourg sur le circuit ATP.

La transition entre le dur et la terre battue s’est faite très rapidement pour ceux qui ont disputé l’US Open : deux semaines ont seulement séparé les deux Majeurs. Dominic Thiem, lauréat du Grand Chelem américain, n’a pas disputé le moindre tournoi de préparation avant Roland-Garros.

 

A l’inverse, Rafael Nadal, forfait à Flushing Meadows, s’est rapidement consacré à la terre battue avec un objectif : remporter un 13e titre Porte d’Auteuil. Battu en quarts de finale du Masters 1000 de Rome par Diego Schwartzman, l’Espagnol se présente à Paris sans le moindre titre sur terre avant Roland. Cela ne lui est arrivé qu’une seule fois depuis 2005 : en 2015, lorsqu’il s’est fait terrasser par Novak Djokovic en quarts. Celui-ci, disqualifié en huitième de finales de l’US Open, a lui remporté le Masters 1000 de Rome.

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