6 juillet 2008 : Le jour où Nadal a fait tomber Federer à Wimbledon dans une finale mythique

Chaque jour, Tennis Majors remonte le temps pour revenir sur un événement marquant pour la planète tennis. Le 6 juillet 2008, Rafael Nadal signait l’exploit de réaliser le doublé Roland-Garros/Wimbledon, en battant Roger Federer, dans l’un des plus grands matches de tous les temps.

6 juillet 2021
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Ce qui s’est passé ce jour-là et pourquoi cela a marqué l’histoire du tennis

Le 6 juillet 2008, Rafael Nadal signe l’exploit, inédit depuis Björn Borg en 1980, de réaliser le doublé Roland-Garros – Wimbledon. Pour y parvenir, il vient à bout de son rival Roger Federer à l’issue du plus dramatique de leurs nombreux affrontements, après quatre heures et 48 minutes de jeu (6-4, 6-4, 6-7, 6-7, 9-7). Nombreux sont les observateurs qui estiment qu’il s’agit de l’un des plus grands matches de tous les temps. Gagner contre Federer à Wimbledon, quelques semaines après l’avoir puni en finale de Roland-Garros, propulsera l’Espagnol au premier rang mondial quelques semaines plus tard. Pour le Suisse, qui pouvait battre le record de Björn Borg de cinq titres consécutifs au All England Club, perdre sa couronne à Wimbledon représente l’un des pires moments de sa carrière.

Les acteurs

  • Rafael Nadal, déjà parmi les grands

Rafael Nadal n’a que 23 ans, mais son palmarès lui assure déjà une place de choix dans l’histoire du tennis. Il est à ce jour invaincu à Roland-Garros : depuis sa première apparition, en 2005, il s’est imposé à chacune de ses quatre participations. Personne n’a même réussi à le pousser à y disputer un cinquième set. Alors qu’il semblait déjà imbattable sur terre, lui qui n’a perdu que deux matches depuis sa défaite contre Igor Andreev à Valence en 2005, l’Espagnol fait maintenant évoluer son jeu pour s’imposer aussi sur surface rapide. Dès 2006, Nadal dispute la finale de Wimbledon, où il est facilement battu par Roger Federer (6-0, 7-6, 6-7, 6-3). Un an plus tard, en 2007, il est à nouveau dominé par le Suisse en finale du tournoi londonien, cette fois après l’avoir poussé au cinquième set (7-6, 4-6, 7-6, 2-6, 6-2). En 2008, il impressionne à Roland-Garros et démolit Federer en finale (6-1, 6-3, 6-0). Avec en ligne de mire le titre à Wimbledon et la place de numéro 1 mondial, Nadal décide d’enchaîner et s’aligne au Queen’s quelques jours après. Nadal y remporte le premier titre de sa carrière sur gazon.

  • Roger Federer, sur le trône depuis quatre ans

Roger Federer, le génie suisse, âgé de 26 ans, est numéro 1 mondial sans interruption depuis le 2 février 2004. Depuis 2003, il a gagné 12 tournois du Grand Chelem : l’Open d’Australie (2004, 2006, 2007), Wimbledon (2003, 2004, 2005, 2006, 2007) et l’US Open (2004, 2005, 2006, 2007). Au cours des deux dernières années, 2006-2007, il a gagné 20 tournois, dont six Grands Chelems, deux Masters et six Masters 1000. Durant ces deux années, il a accumulé 160 victoires pour seulement 14 défaites, dont six contre son seul vrai rival, Rafael Nadal. L’Espagnol est la principale raison pour laquelle Federer n’a pas encore gagné Roland-Garros, puisqu’il l’a dominé à trois reprises en finale, en 2006, 2007 et 2008. La finale de 2008 est un véritable massacre. Federer ne gagne que cinq jeux, subissant ainsi sa pire déroute en Grand Chelem.

Roger Federer and Rafael Nadal after the Spaniard's victory in the 2006 French Open final

Les experts commencent à se demander si Federer n’est pas sur le déclin. Le Suisse avait déjà perdu à la surprise générale contre Novak Djokovic en demi-finale de l’Open d’Australie (7-5, 6-3, 7-6). Pour la première fois depuis 2003, il se présente à Wimbledon sans avoir remporté un seul Masters 1000. Les enjeux sont énormes pour lui au All England Club, avec Nadal qui le talonne de près au classement ATP. En un mot, Federer a désespérément besoin de gagner Wimbledon pour sauver sa saison. La rivalité entre Nadal et Federer est déjà vue comme la plus grande de l’histoire du tennis, au point de devenir l’image même de notre sport.

Le lieu : Wimbledon

Wimbledon est le tournoi de tennis le plus ancien et le plus prestigieux au monde. Organisé par le All England Lawn Tennis and Croquet Club depuis 1877, il s’est installé sur son site actuel en 1922, année de la construction du célèbre Centre Court. Considéré par beaucoup comme le court le plus impressionnant au monde, avec sa célèbre citation de Rudyard Kipling gravée au-dessus de l’entrée (« Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite ; Et recevoir ces deux menteurs d’un même front »), le Centre Court a vu s’affronter tous les plus grands joueurs de l’histoire.

Après le passage, dans les années 1970, de l’US Open à la terre battue puis au ciment, et après l’abandon du gazon au profit du dur par l’Open d’Australie en 1988, Wimbledon demeure le dernier tournoi du Grand Chelem sur herbe, une surface qui convient généralement mieux aux serveurs-volleyeurs. Non seulement Wimbledon conserve sa surface historique, mais le tournoi maintient également certaines traditions comme l’obligation pour les joueurs de s’habiller en blanc. 

L’histoire : Nadal encore trop fort pour Federer, un scénario époustouflant pour un final au crépuscule

La finale de Wimbledon 2008 est le 18e épisode de la rivalité Nadal-Federer. Pour le moment, l’Espagnol mène 11-6. Mais la plupart de leurs rencontres ont eu lieu sur terre battue, où il est presque imbattable. Sur gazon, Federer a pris le dessus sur lui lors des deux dernières finales à Londres : d’abord facilement en 2006, puis à l’issue d’un combat en cinq manches en 2007.

Ce jour-là, le 6 juillet 2008, le duel au sommet entre les deux superstars du tennis est au centre de toute l’attention. L’année précédente, l’Espagnol était passé près de renverser Federer pour remporter son premier titre au All England Club. Il y a quelques semaines, Nadal a massacré le Suisse en finale de Roland-Garros. Après sa victoire au Queen’s, l’idée de voir le roi de la terre battue s’imposer sur gazon ne paraît plus si incongrue. De son côté, Federer a souffert d’une mononucléose au début de l’année, et pour l’instant, sa saison est bien éloignée de ses standards habituels. Il a tout de même repris un peu de confiance en remportant le tournoi sur herbe de Halle, avant de s’attaquer au record de Björn Borg en partant à la conquête d’un sixième titre consécutif à Wimbledon.

Les deux joueurs sont parvenus en finale sans grande difficulté : Federer n’a pas lâché le moindre set en cours de route, tandis que Nadal en a perdu un seul, au deuxième tour, contre Ernests Gulbis (5-7, 6-2, 7-6, 6-3).

Federer Wimbledon

Dans les deux premiers sets, il semble bien que leur dernière rencontre à Paris ait rendu inéluctable l’emprise de Nadal sur Federer. Ce dernier n’avait perdu son service que deux fois pendant toute la durée du tournoi : Nadal le breake dès son deuxième jeu de service. Nerveux, intimant l’ordre à un spectateur de se taire (« shut up »), Federer n’est pas vraiment lui-même. L’Espagnol, lui, est gonflé à bloc, et applique sa stratégie habituelle : pilonner le revers adverse et se battre sur chaque point comme si sa vie en dépendait. Même s’il le niera pendant des années, Federer finira par admettre l’impact de la catastrophe parisienne : « Mon problème était que j’avais perdu la finale de Roland-Garros contre Rafa d’une manière terrible. Il m’avait écrasé, balayé. »   

Nadal empoche les deux premiers sets : 6-4, 6-4. Puis, alors que Federer mène 5-4 au troisième set, une interruption dû à la pluie permet à Federer de se rasséréner et de rassembler ses esprits : « Je crois que cette interruption m’a probablement réveillé. Je me suis dit : ‘si je dois perdre ce match, au moins, je vais le perdre avec la manière’. »

Dans le même temps, Nadal, proche de la victoire, se crispe. Federer remporte le troisième set, 7-6. C’est un nouveau match qui démarre. Au quatrième set, le niveau des deux joueurs ne fait qu’augmenter, et il faudra un tie-break extraordinaire pour les départager. Bien que Nadal se détache 5-2, Federer recolle. Nadal obtient tout de même une première balle de match à 7-6, mais Federer la balaye d’un service gagnant. Suivent alors deux points incroyables à un moment aussi important : d’abord, Nadal réussit un époustouflant passing de coup droit pour se procurer une deuxième balle de match ; ensuite, au point suivant, alors que Nadal monte parfaitement au filet, Federer sort un passing de revers d’une autre planète pour rester dans le match. Deux points plus tard, le Suisse boucle le tie-break, 10-8 : le public aura droit à un cinquième set.

La plupart des joueurs se seraient effondrés, après être passé aussi près de la victoire. Pas Rafael Nadal. Si Federer veut battre le record de Borg, il devra se battre sur chaque point.

A 2-2 au dernier set, le match est à nouveau interrompu par la pluie, cette fois pour le plus grand bien de l’Espagnol. Les joueurs reviennent sur le court à 20h00. Comme ils ne parviennent pas à se breaker, le match se prolonge jusqu’à ce que la nuit commence à tomber sur le All England Club. A 7-7, le juge-arbitre du tournoi décide que l’on ne jouera plus que deux jeux avant de reporter la fin des débats. C’est le moment choisi par Rafa pour prendre le service de Federer. L’Espagnol sert pour le match avec des balles neuves. Mené 0-15, il enchaîne service-volée pour la première fois en près de cinq heures !

Nadal Wimbledon

A 40-30, Federer joue avec les nerfs de Nadal en écartant une nouvelle balle de match d’un retour gagnant. La quatrième balle de match sera la bonne. Federer envoie un dernier coup droit dans le filet : Nadal est le nouveau champion de Wimbledon. Alors que le public est debout, Nadal peut savourer : il est le premier joueur à s’imposer au All England Club quelques semaines seulement après avoir gagné Roland-Garros, depuis Borg 28 ans auparavant. Après avoir serré la main de son adversaire, il escalade les gradins pour aller serrer dans ses bras ses parents et bien sûr son oncle et entraîneur de toujours, Toni.

La postérité du moment

C’est un Roger Federer dévasté qui se présentera devant les journalistes à l’issue de la finale. « C’est probablement ma défaite la plus difficile, et de loin, décrit-il. Je suis déçu, détruit. Il a joué un grand match, et je suis sûr que c’était un grand match à jouer et à regarder. Mais c’est fini maintenant. J’ai besoin d’un certain temps. C’est un désastre. Paris n’était rien comparé à ça.”

Le champion suisse, qui cédera la place de numéro 1 mondial à Nadal au mois d’août, se remettra de cette terrible défaite et remportera en septembre son cinquième US Open, aux dépens d’Andy Murray (6-2, 7-5, 6-2). En 2009, il subira une défaite si terrible en finale de l’Open d’Australie face à son bourreau espagnol (7-5, 3-6, 7-6, 3-6, 6-2), qu’il ne pourra retenir ses larmes lors de la remise des prix. Néanmoins, plus tard cette année-là, il s’imposera enfin à Roland-Garros pour compléter le Grand Chelem en carrière, dominant Robin Söderling en finale (6-1, 7-6, 6-4), avant de récupérer son titre à Wimbledon en même temps que la place de numéro 1 mondial.

Rafael Nadal ne sera pas en mesure de défendre son titre en 2009, une blessure au genou le contraignant à renoncer au tournoi. Le Taureau de Manacor remportera un second titre au All England Club en 2010, dominant Tomas Berdych en finale (6-3, 7-5, 6-4), et il atteindra une dernière finale en 2011, où il sera défait par Novak Djokovic (6-4, 6-1, 1-6, 6-3).

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