Mannarino en finale à Montpellier : « Toujours surprenant d’arriver en finale après une série de défaites mais… »
Bousculé, menacé, mais sauvé par sa lucidité et son sens de la compétition, Adrian Mannarino a renversé le jeune Martin Damm samedi pour s’offrir une finale à l’ATP 250 de Montpellier contre Félix Auger-Aliassime.
Adrian Mannarino, Montpellier 2026 | © JB Autissier / Occitanie Open
Adrian, le début de match a semblé t’échapper totalement face à la puissance de Martin Damm. Comment as-tu réussi à inverser la tendance ?
C’était un début à sens unique. Il frappait très fort, jouait très bien et commettait très peu de déchets. De mon côté, je n’avais pas vraiment de solution immédiate (6-1). Je me suis simplement concentré sur l’idée de bien servir durant le deuxième set, de tenir mon engagement en attendant qu’il baisse un peu de régime. C’est finalement ce qui s’est passé à 4-3 au deuxième : il sert moins de premières balles, commet une double faute… C’était la première fois du match où je voyais une petite brèche. J’ai réussi à la saisir tout de suite. Pareil au début du troisième set, il a été moins percutant et j’ai pu bien retourner. Ce n’est jamais facile de breaker tôt car la pression reste constante jusqu’au bout, mais j’ai tenu.
On remarque une statistique étonnante cette semaine : tu sers régulièrement au-dessus des 200 km/h, alors que ce n’est pas ton arme principale. A côté de ça, ta deuxième balle descend parfois à 120. Le contraste est saisissant. Comment pilotes-tu tes choix au service ?
Je suis le premier étonné ! Le service m’a vraiment gêné en Australie durant toute la tournée. J’ai fait trois tournois, trois matchs, trois défaites, et le service était aux abonnés absents. Ici, ça répond plutôt bien. Je pense que le radar est assez généreux car il m’arrive rarement de dépasser les 200, mais cette semaine, c’est régulier. Je sais que je n’aurai jamais la puissance pure de certains adversaires, alors je dois varier les effets, les vitesses et les hauteurs. Il faut réussir à servir avec sa tête, même quand le cerveau réfléchit un peu moins bien sous la pression. C’est ce qui me sauve sur mes trois derniers matchs. Je ne suis pas connu pour la qualité de ma deuxième balle. Le fait d’être gaucher m’avantage et permet de compenser.
À 37 ans, vous allez disputer une nouvelle finale. À quoi lies-tu cette incroyable résistance au temps ?
Le plus difficile au fil des années, c’est de garder la motivation. Pour tenir, j’essaie de prendre du recul et de ne pas être aussi « sérieux » que certains joueurs. Quand on garde une rigueur poussée au maximum en permanence, c’est dur de durer. En dehors du tennis, je profite des voyages, j’ai une bonne équipe… cela me permet de rester frais mentalement. Physiquement, j’aime beaucoup le fitness et je m’impose de rester en forme car le corps récupère moins bien. Mais je ne me mets pas de barrières liées à l’âge. Généralement, plus le temps passe, mieux on joue au tennis. C’est le physique qui finit par baisser, mais pour l’instant, l’équilibre est bon.
Physiquement, justement, comment te sens-tu après ces trois combats consécutifs en trois sets ?
Étonnamment, je me sentais mieux aujourd’hui qu’hier. Le match contre Ugo (Humbert) avait été très dur et j’avais eu du mal à récupérer malgré la journée de repos. Mais ce matin, je me suis levé plutôt pas mal. Hormis la toute fin de match où la crispation commençait à me bloquer les jambes, je me déplaçais bien et je n’avais aucune douleur. C’est très positif avant la finale.
mon niveau de jeu n’était pas si mauvais. J’ai eu une discussion avec mon entraîneur en arrivant ici. Il m’a dit : « Ne te mets pas dans le trou, tu joues bien à l’entraînement ».
Tu restais sur une série de huit défaites consécutives avant d’arriver dans l’Hérault. Ce retour au premier plan est-il une surprise ?
Oui et non. C’est toujours surprenant d’arriver en finale quand on vient de perdre quatre ou cinq matchs de suite au premier tour. Mais mon niveau de jeu n’était pas si mauvais. J’ai eu une discussion avec mon entraîneur en arrivant ici. Il m’a dit : « Ne te mets pas dans le trou, tu joues bien à l’entraînement. Il te manque juste une victoire ou deux pour lancer la machine ». C’est souvent la confiance qui bloque. Parfois on n’ose pas s’engager, on doute. C’est un peu « bateau » de dire ça, mais tout est dans la tête. La preuve : j’ai gagné mon premier match ici avec une qualité de jeu médiocre, et dès le lendemain, la machine était lancée.
Votre compagne, qui a joué sur le circuit WTA (Mariam Bolkvadze, ex-151e mondiale en 2022), est dans votre box cette semaine. Quel est son rôle à vos côtés ?
J’ai la chance qu’elle joue encore très bien, donc c’est une excellente partenaire d’entraînement ! Côté tennis, on ne discute pas vraiment de tactique. Je lui ai dit que je n’attendais pas ça d’elle, je ne veux pas qu’elle se mette la pression à chercher la « bonne parole ». Le tennis, c’est entre moi et moi-même sur le court. Après, j’ai besoin de soutien. On se connaît assez bien pour savoir quand on a besoin l’un de l’autre. Mon coach reste en contact permanent par téléphone, et pour l’instant, tout suit son cours.