Ce match, ils l’attendaient peut-être plus que vous : pourquoi Alcaraz et Sinner avaient besoin de se jouer à Monte-Carlo
Le premier Alcaraz – Sinner de l’année aura lieu dimanche en finale du Monte-Carlo Masters, sur terre battue, avec la place de numéro un mondial en jeu. Tout le monde l’attendait : eux les premiers, car leurs face à face sont l’unique façon de savoir où ils se situent réellement.
Carlos Alcaraz et Jannik Sinner, Monte-Carlo 2026 | © Chryslène Caillaud / Panoramic
L’expérience enseigne que les cinq semaines qui séparent Monte-Carlo de Roland-Garros sont plus qu’assez pour faire évoluer les états de forme. Quel que soit le résultat de la finale entre Carlos Alcaraz et Jannik Sinner au Monte-Carlo Country Club, dimanche à 15 heures, il sera inutile de créer un favori artificiel pour la deuxième levée du Grand Chelem de l’année. De l’eau – ou plutôt de la brique pilée, et accessoirement deux Masters 1000 – va couler d’ici là.
Cette finale se suffit à elle-même pour délivrer ses saveurs avant le premier coup de raquette. La première place mondiale est en jeu et ceci n’était pas si prévisible il y a encore deux mois quand Alcaraz sortait de sa victoire à l’Open d’Australie, qui fait de lui le vainqueur de trois des quatre dernières levées du Grand Chelem mises en jeu.
Encore moins quand, battu à Doha par Jakub Mensik, Sinner semblait payer le manque de confiance dû à sa demi-finale perdue à Melbourne contre Novak Djokovic. Après s’être réfugié dans le travail en Californie, l’Italien a retrouvé sa confiance, sa puissance, le côté indestructible qui peut le caractériser quand ce qu’il nomme son « puzzle » est en place. « C’est un mur », a résumé Alexander Zverev après sa rouste reçue en demi-finale, sans que ceci rende totalement justice au premier set invraisemblable de l’Italien.
Une si longue attente
À Indian Wells et Miami ensuite, les défaites inattendues d’Alcaraz contre Medvedev (demi-finale) et Korda (3e tour) ont rendu impossible le face-à-face entre les deux monstres du tennis mondial ; et voici l’inévitable qui se produit à leur cinquième tableau commun. L’excitation qui précède rappelle un peu celle qui avait précédé la finale de Rome en 2025, après sept mois et demi sans match commun (dont trois mois de suspension de Sinner). Hors contexte de suspension, et évidemment hors contexte de l’exhibition en Corée en janvier, il faut remonter à l’espace entre le Paris Masters de 2021 et Wimbledon 2022. Une autre époque.
« C’était bien, pour moi, avant Paris, de jouer au moins une fois contre lui, pour voir où en est mon niveau sur cette surface et sur quoi il va me falloir travailler », a indiqué Sinner après sa demi-finale. « J’espère que ça me donnera de bons enseignements. Quoi qu’il arrive, que je gagne ou que je perde, ce sera un un bon point de repère. »

Depuis 2025, Sinner s’est promis de faire évoluer son jeu vers plus de créativité et d’imprévisibilité. Il a donné l’impression de le faire à Monte-Carlo, notamment avec des recours accrus aux amortis. C’est l’un des enjeux de la confrontation. « J’ai regardé ses matchs tout au long du tournoi, je sais ce qu’il a amélioré, a affirmé Alcaraz. Et de façon générale, je sais ce qu’il fait très bien. Ce sera notre 17e confrontation, donc je le connais plutôt bien. Je serai prêt, et bien sûr je vais en parler avec Samuel (Lopez), et nous préparerons le match d’une certaine façon, mais je ne peux pas dévoiler les tactiques. »
3-1 pour Alcaraz sur terre battue
Que l’affiche ait lieu sur terre battue épice clairement les choses tandis que l’Espagnol évolue sur sa surface favorite. Il a remporté les trois derniers matches entre les deux hommes sur la surface, à Roland-Garros 2024 et 2025, et à Rome en 2025. La victoire de Sinner en finale à Umag en 2022 appartient à une autre époque et ne peut réellement faire office de référentiel (Alcaraz était 5e mondial et Sinner, 10e).
À Turin, avant la finale des ATP Finals 2025, Alcaraz avait affirmé que Sinner était le favori en raison des conditions de jeu, l’indoor, où l’Italien exerce une domination écrasante depuis deux ans – il le confirmerai le lendemain en finale. Il ne nie pas que la terre battue lui offre a priori un avantage sur le papier mais préfère ne pas inverser les rôles. « Jannik a dit lui-même que la terre battue n’est pas sa surface favorite, avance Alcaraz. Son style, je dirais, convient bien mieux à d’autres surfaces. »

Je peux perdre contre Jannik sur toutes les surfaces, dans tous les tournois.
« Mais le niveau auquel il joue sur terre est très bon. Le fait qu’il joue mieux sur dur ou sur gazon ne signifie pas qu’il joue mal sur terre. J’y suis plus à l’aise en raison de mon style de jeu, elle est plus naturelle pour moi. Je peux perdre contre Jannik sur toutes les surfaces, dans tous les tournois. Je dois jouer mon meilleur tennis si je veux le battre. Contre lui, il n’y a jamais vraiment de favori. Tout dépend de qui joue le mieux ce jour-là précisément. »
La dernière fois que Carlos a joué son meilleur tennis, c’était probablement en finale de l’Open d’Australie contre Novak Djokovic, ou lors de la démonstration contre Casper Ruud il y a cinq semaines à Indian Wells. Et bien sûr, il conserve cette capacité propre à lui à sortir les coups les plus fous aux moments décisifs, raison exacte pour laquelle il a pu gagner la finale de Roland-Garros 2025 en sauvant trois balles de match.

Ce match de légende rôdera dans les têtes des spectateurs. Les habitués savent que seulement cinq fois en quarante ans, Monte-Carlo et Roland-Garros ont vu s’affronter les mêmes finalistes. Une seule fois, le vainqueur de Monaco n’a pas confirmé à Paris (Lendl puis Wilander titrés en 1985). Nadal et Federer ont ensuite dominé ce double rendez-vous trois années de suite, de 2006 à 2008, l’Espagnol s’imposant à chaque fois dans les deux tournois. En 2012, Nadal avait également fait le doublé face à Djokovic. Normalement, les joueurs à ce niveau ne sont pas superstitieux. Normalement…