Zverev, Ruud, Jodar ou qui d’autre? Roland-Garros va couronner un nouveau vainqueur de tournoi du Grand Chelem

Les éliminations de Sinner (jeudi) et celle de Djokovic (vendredi) ont allégé le tableau hommes de Roland-Garros de ses deux favoris naturels et des derniers joueurs ayant l’expérience d’une victoire en Grand Chelem. Un nouveau champion va être couronné cette semaine. Qui? Analyse et dernières infos depuis les sous-sols du Chatrier.

Roland-Garros 2026 Roland-Garros 2026 | © SIPA / Tennis Majors

Je ne suis pas passé pour un fou très souvent dans ma vie, mais cela m’est beaucoup arrivé ces derniers mois, quand la conversation a tourné autour de la domination de Carlos Alcaraz et Jannik Sinner sur le tennis mondial. Tandis que les deux hommes enchaînaient trois finales de Grand Chelem la même saison, en 2025, sur trois surfaces différentes, et que leur domination écrasait la plupart des référentiels connus, je me suis toujours interposé quand j’ai pu lire ou entendre qu’ils n’avaient aucune concurrence, qu’ils allaient tout dominer sans résistance et que tout ceci n’aurait bientôt plus d’intérêt.

Si ces choses-là étaient acquises, si le sport n’était pas fondamentalement l’acte d’explorer les limites, de les repousser, mais aussi de s’y heurter, nous ne le suivrions pas avec autant de curiosité.

Nous y sommes. Quelques mois plus tard, les huitièmes de finale de Roland-Garros 2026 vont se dérouler avec seize joueurs n’ayant jamais remporté de titre du Grand Chelem. Ils sont 24 en lice à l’heure où ces lignes sont écrites (car il reste des 16e de finale à jouer ce samedi), à envisager d’être celui qui va ouvrir son palmarès en Grand Chelem le 7 juin.

Il en a fallu, des événements, pour parvenir à cette situation, quand on réalise que 34 trophées majeurs étaient en lice en demi-finale du dernier tournoi du Grand Chelem en date, l’Open d’Australie (24 pour Djokovic, 6 pour Alcaraz, 4 pour Sinner) et 30 encore en finale (Alcaraz – Djokovic).

A Paris, Alcaraz ne s’est pas présenté à cause d’une blessure au poignet, Sinner a été victime d’un coup de chaleur (malgré son déni) au deuxième tour et Djokovic a confirmé que son corps était en train de réduire à peu ses chances de triompher à nouveau pour un 25e titre, bientôt trois ans après l’US Open 2023.

La réalité est aussi le résultat de l’âge du triple vainqueur en Grand Chelem Stan Wawrinka (41 ans), aperçu à Roland-Garros pour la dernière fois cette année, et des échecs précoces de Daniil Medvedev (US Open 2021) et de Marin Cilic (US Open 2014).

Nous allons passer en revue toutes les candidatures, avec ces questions frontales : quelle est leur chance d’y parvenir ? Quel sens cela donnerait-il à leur trajectoire et quel référentiel avons-nous pour nous projeter sur leur réussite?

Les favoris : Zverev et Ruud

Alexander Zverev (28 ans, n°3 ATP, tête de série n°2) et Casper Ruud (26 ans, n°15 ATP, tête de série n°15) sont les seuls joueurs à avoir disputé trois finales de Grand Chelem et à pouvoir entrevoir le fait de dépasser leur seuil de compétence avec réalisme.

Au risque de surprendre, Ruud nous semble avoir une longueur d’avance sur l’Allemand. Sa science de la terre battue est supérieure. Il n’a pas l’habitude de laisser passer ses occasions (voir la finale de Madrid contre Jack Draper en 2025), et cette fois, il n’aura en face de lui ni Alcaraz (Miami et US Open 2022), ni Djokovic (Roland-Garros 2023, ATP Finals 2022) ni Sinner (Rome 2026), ses rivaux dans ses grandes finales jusqu’ici.

Il laisse beaucoup d’énergie dans son parcours (deux matches en cinq sets en trois tours), mais son niveau de jeu est impressionnant depuis Rome. Sa sourde détermination et sa permanente lucidité n’ont aucune raison de le trahir. Le seul bémol dans ce tableau : un huitième de finale dangereux avec Joao Fonseca.

Zverev, sur le papier, reste le grand favori en raison de son classement (tête de série n°2) et de son ambition avouée, sinon dévorante, de finir sa carrière avec un titre majeur. Il traîne depuis une demi-douzaine d’année une réputation (méritée) de meilleur joueur de l’histoire à ne pas avoir remporté de majeur. Et en dehors d’un accident à Rome contre Luciano Darderi, plutôt vertueuse pour sa fraîcheur, il a toujours été barré par Alcaraz et Sinner depuis l’US Open 2025, qui s’était arrêté pour lui face à Félix Auger-Aliassime.

En souvenir notamment de ce match, on l’a vu trop souvent ne pas saisir ses occasions, même en finale (il menait deux sets à un contre Alcaraz à Roland-Garros 2024, il était à deux points du match contre Dominic Thiem à l’US Open 2020) pour affirmer qu’il est le mieux placé pour se saisir de la Coupe des Mousquetaires. Il ne semble pas en danger en 8e de finale contre De Jong.

L’outsider : Auger-Aliassime

Sur le papier, il est le favori de la partie haute du tableau, en qualité de tête de série n°4 et de n°5 à l’ATP. Malgré un début de tournoi poussif, le Canadien Félix Auger-Aliassime (25 ans), qui avait su inquiéter Rafael Nadal en huitième de finale en 2022 à Roland-Garros comme quasiment personne d’autre, a de quoi casser la barre des demi-finales en Grand Chelem qu’il a touchée à l’US Open en 2021 et 2025 ainsi qu’à l’Open d’Australie 2022.

Comme il le dit lui-même « il reste beaucoup de tennis à jouer » pour que le vainqueur du Bastide UTS Nîmes 2025 touche la gloire sur la terre Paris, lui qui aime tant jouer en France et fut finaliste du dernier Rolex Paris Masters.

Les spécialistes : Jodar, Cobolli, Fonseca, Fran Cerundolo

Leur nom revient beaucoup depuis 48 heures, à mesure que le tableau s’aère. Sur le papier, ils semblent loin d’un premier triomphe en Grand Chelem, mais l’histoire s’est souvent portée à des chevaliers solitaires arrivés au sommet plus tôt que prévu, soit pour prendre date pour l’avenir (Nadal à Roland-Garros 2005 ; Alcaraz à l’US Open 2022), soit parce que c’était leur quinzaine à eux et qu’ils furent irrésistibles quand il l’a fallu (Marin Cilic à l’US Open 2014, Juan Martin Del Potro à l’US Open 2009, sans parler de Gustavo Kuerten à Roland-Garros 1997).

Ces spécialistes du jeu sur terre sont raisonnablement quatre :

Rafael Jódar (19 ans, n°27 ATP, tête de série n°27) est le météorite de la saison sur terre battue 2026, qu’il a commencée très tôt en gagnant son premier titre ATP à Marrakech avant d’atteindre les demi-finales à Barcelone et les quarts de finale à Madrid puis Rome. A 19 ans et alors qu’il était 700e mondial il y a un an, et qu’il est passé à un set de la défaite au troisième tour contre Alex Michelsen, rien n’est gagné. Mais sa puissance et son aisance sur terre font qu’il appartiendra de fait au groupe des favoris si la pression continue de surfer sur lui. En vue : un quart de finale explosif contre Zverev si les deux hommes l’emportent en 8e de finale.

Flavio Cobolli (24 ans, n°10 ATP, tête de série n°10) : Excellent joueur de terre, finaliste à Munich, l’Italien court encore après une épopée en Grand Chelem. On sent le deuxième meilleur joueur italien prêt à bondir sur l’occasion. Il n’est pas le favori mais il sera difficile à battre. Il lui reste cinq matches à jouer et le 3e tour contre Tien ne sera pas une formalité.

Joao Fonseca (19 ans, n°28 ATP, tête de série n°28) : L’adolescent brésilien qui a battu Djokovic est le prototype du joueur moderne et puissant multi-surface. Vainqueur du tournoi de Buenos Aires en 2025, le Brésilien met un tout petit peu de temps à convertir les attentes placées en lui depuis qu’il avait écarté Andrey Rublev au premier tour de l’Open d’Australie 2025. Mais quand il a battu Djokovic en cinq sets avec le niveau de jeu qu’il a déployé vendredi soir en fin de rencontre, on entre dans la catégorie des joueurs pour lesquels rien n’est impossible. S’il domine Ruud en 8e de finale, la question de son niveau ne sera plus légitime.

Francisco Cerundolo (27 ans, n°25 ATP, tête de série n°25) : le frère aîné du joueur qui a écarté Jannik Sinner possède un pur jeu de terrien sud-américain, qui rend son tennis difficile à contrer pour tout le monde – c’est contre lui que Djokovic s’était blessé pendant une longue bataille en cinq sets en 2024. S’il n’était pas régulièrement trop tendre dans les moments importants, la qualité de sa balle et de son jeu le placeraient déjà parmi les favoris. Il est favori contre Svajda au 3e tour et en saura davantage en 8e de finale contre Tien ou Cobolli.

Les futurs grands : Mensik et Landaluce

Le Tchèque Jakub Mensik (20 ans, tête de série n°26) est de la graine de vainqueur de Grand Chelem, mais a priori pour surface dure. Épuisé à l’issue de son deuxième tour, il s’est offert Alex de Minaur et un huitième de finale contre Zverev. Il a gagné le tournoi de Miami en 2025 à la surprise générale et a appris à ne rien s’interdire. Huitième de finale très ouvert contre Rublev.

L’Espagnol Martín Landaluce (20 ans, n°99 ATP) appartient à la génération Jodar et fait, comme lui, une ascension express cette saison. Mais sa demi-finale à Miami et son quart de finale à Rome font de lui un joueur extraordinairement dangereux pour quiconque durant la quinzaine. S’il franchit un nouveau palier cette quinzaine, il fera partie des chercheurs d’or en Grand Chelem. Il peut, en tout cas s’attribuer la place de Sinner dans le tableau s’il domine son vainqueur, JM Cerundolo.

Les briscards : Rublev et Berrettini

On les a déjà connus plus fringants dans la passé, mais ils ont dégagé une excellente impression et n’ont aucune raison de laisser leur part aux autres :

Andrey Rublev (28 ans, n°11 ATP, tête de série n°11) n’a jamais atteint les demi-finales en Grand Chelem, il n’en a jamais été aussi proche qu’en 2022 à Roland-Garros quand il était favori de son quart de finale contre Marin Cilic. Double vainqueur de Masters 1000 sur terre battue (Monte-Carlo 2023 et Madrid 2024), il sera dur à battre. Toute la pression sera sur lui en 8e de finale contre Mensik.

Matteo Berrettini (30 ans) : Mis sur le flanc par de nombreuses blessures, l’Italien resurgit au meilleur moment pour lui. Le souvenir de son quart de finale héroïque contre Djokovic en 2021 et de sa finale à Wimbledon la même année enseigne qu’il sait creuser de jolis parcours en tournoi du Grand Chelem et vendre chèrement sa peau au plus valeureux. Il est le favori de son 3e tour contre Comesana.

Les improbables

Pablo Carreño Busta (34 ans, n°93 ATP) a déjà joué des demi-finales en Grand Chelem à l’US Open, mais il effectue un retour à ce niveau qui a quelque chose de miraculeux. On reparlera de sa candidature s’il écarte Jodar en 8e de finale.

Jesper De Jong (25 ans, n°88 ATP) est en huitième de finale d’un tournoi du Grand Chelem dont il avait été écarté au dernier tour des qualifications. Il a profité du forfait d’Arthur Fils pour trouver une place dans le tableau et mordre dans la première semaine. Jamais un lucky loser n’a gagné un tournoi du Grand Chelem et on n’est pas sûr qu’il puisse être celui-ci.

Les candidats à la candidature

Nous allons attendre le troisième tour (samedi) avant d’examiner leur candidature.

Arnaldi
JM Cerundolo
Comesana
Collignon
Faria
Kouamé
Nakashima
Svajda
Tabilo
Tien

Personnes mentionnées

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