De Paris à Paris : comment Van Assche a arrêté de se trouver des excuses pour devenir meilleur que jamais

Il y a un an, Luca Van Assche perdait au premier tour des qualifications du Rolex Paris Masters. Ce samedi, le Français affronte Ben Shelton, troisième tête de série, en demi-finale, après une saison où il a appris à aimer son tennis et à ne plus se trouver d’excuses.

Luca Van Assche, Rolex Paris Masters 2026 Luca Van Assche, Rolex Paris Masters 2026 | © Chryslène Caillaud / PsNewz

Ce samedi matin, Luca Van Assche se réveille avec la première demi-finale de Masters 1000 de sa carrière à jouer, à 14h30 au Rolex Paris Masters, contre Ben Shelton. L’Américain, tête de série n°3 et récent finaliste de l’US Open, mesure 1,93 m, quinze centimètres de plus que lui. Les deux hommes ne se sont jamais affrontés sur le circuit. Mais ils se sont déjà entraînés ensemble plusieurs fois, et cela suffit au Français pour savoir qu’il a ses chances.

Vendredi soir, Van Assche n’a pas parlé comme si la fête était finie. Avec le mot « récup » à la bouche, il était moins dans l’excitation d’une deuxième victoire marathon en deux jours que dans son projet de victoire.

« Shelton va avoir plus de puissance que moi mais je vais sûrement me déplacer mieux que lui, a-t-il dit. Il y a des choses qu’il va faire mieux que moi, des choses que moi je vais faire mieux que lui. Et au final, j’espère que ça va tourner de mon côté. » Le joueur de 22 ans ne s’est pas caché derrière le chemin déjà parcouru pour considérer que cette performance, la meilleure de sa carrière pro, était un but en soi. « Forcément, quand on arrive en demi-finale, dans les quatre derniers d’un tournoi, on espère aller jusqu’au bout. »

Il y a un an à Paris, une défaite dès les qualifications

Il y a un an, presque jour pour jour, Van Assche quittait le même tournoi dès le premier match des qualifications. 170e mondial, il avait perdu au premier tour contre l’Argentin Francisco Comesaña, 7-5, 6-1. Quelques semaines plus tôt, il pointait au 238e rang. Lui qui était entré dans le top 100 à 19 ans, le premier de sa génération en France, n’avait aucune idée que cela risquait de se produire.

« C’est sûr que, quand on descend au classement, ce sont des périodes pas faciles, a-t-il raconté cette semaine. Surtout que j’étais habitué (…) à ne pas avoir vraiment rencontré de difficultés pour progresser. Je suis monté en top 100 à 19 ans, donc c’était quelque chose de rapide. Je m’attendais à ce que ça continue dans ce sens-là. »

Il a dû redescendre sur le circuit Challenger. « Or, le niveau en Challenger est très, très, très élevé, donc j’ai pas gagné beaucoup quand je suis repassé en Challenger. Tu perds le lundi, tu attends une semaine, tu repars le lundi… »

À la mi-octobre 2025, Van Assche a remporté le Challenger d’Olbia, en Italie, en battant l’Espagnol Pablo Carreño Busta en finale, 7-6 (5), 6-7 (1), 6-2. La preuve, alors, qu’il s’était posé les bonnes questions pour leur apporter de bonnes réponses.

« Je me posais des questions comme : « Qu’est-ce que j’ai envie de faire ? », « Comment j’ai envie de jouer ? », « Comment je dois jouer pour performer ? » »

Le doute, puis le goût du tennis retrouvé

Il s’est posé avec sa famille, son équipe, et avec lui-même. La réponse est venue d’une question simple.

« On m’a demandé : « Mais si tu étais top 20, est-ce que tu te poserais la question de savoir si tu aimes le tennis ou pas ? » Et au final, je me disais non. Je me suis rendu compte que le tennis était lié pour moi à la sensation de la victoire et aussi que je l’aimais. Et il fallait juste que j’aime aussi la façon dont je joue. »

D’anciens joueurs l’ont aidé à relativiser. « Ils m’ont aussi dit qu’ils sont tous passés par des moments difficiles, où ils se posaient des questions, a-t-il expliqué vendredi. Je me dis : « Bah en fait, je suis pas le seul. » »

Il commence alors à travailler avec un nouvel entraîneur, Sébastien Villette. « On s’est très bien compris rapidement, a-t-il dit. C’est quelqu’un qui a beaucoup confiance en moi aussi, et forcément ça m’aide. »

Avec lui, il a changé de regard sur le mental, qu’il plaçait au-dessus de tout. « Au final, le tennis, c’est vraiment un sport de raquette où tu frappes dans une balle, a-t-il expliqué jeudi. Alors oui, mentalement, c’est sûr que ça joue, mais ça joue autant que ta technique, autant que ta tactique, autant que ton physique. »

Le déclic tient en une phrase. « J’ai arrêté un peu de me trouver des excuses quand je perdais. Quand c’était moins bien, c’est toujours la faute de ci ou de ça. Au final, non. Le joueur, c’est moi en fait. » Les intentions dudit joueur allaient devoir faire la différence.

Le service et le coup droit, les armes d’un joueur transformé

Longtemps, Van Assche a été décrit comme un joueur solide, de ceux qui « tiennent l’échange » et « sont durs à battre ». Il sait que cela ne suffit plus.

« Avec les matchs et l’expérience, on comprend que remettre la balle dans le terrain, ça ne suffit pas à ce niveau-là, a-t-il dit jeudi. Le tennis a bien évolué maintenant. »

Le service fut le premier chantier. Villette l’a ouvert dès leurs débuts. « Il y avait différents axes de travail quand on a commencé, il y a un an, le service en faisait partie, a-t-il expliqué jeudi. Ça a pris du temps, ça ne s’est pas fait du jour au lendemain. »

Lorenzo Musetti en a fait les frais jeudi. « Il a commencé à s’aider de son service, ce que cette surface favorise beaucoup, je l’ai vu servir à 218, des services vraiment, vraiment très puissants, qui m’ont un peu surpris », a dit l’Italien en anglais.

Le second chantier a été le coup droit, longtemps son point faible. Van Assche dit s’y sentir « même presque plus à l’aise maintenant » qu’en revers, son coup perçu comme fort.

« Techniquement, je n’ai pas changé grand-chose », a-t-il précisé vendredi. Ses appuis ont bougé, pour être ancré et transférer le poids du corps dans la frappe. Ses intentions aussi : « beaucoup plus vers l’avant, beaucoup plus agressives ».

Paul-Henri Mathieu, capitaine de l’équipe de France de Coupe Davis, l’a remarqué. « Je le trouve aussi très agressif avec son coup droit, ce qui n’était pas toujours le cas, a-t-il dit vendredi. En revers, tu n’as rien à dire, il ne fait pas beaucoup de fautes, il fait un petit peu ce qu’il veut. »

Quatre Challengers et un premier titre ATP en 2026

La saison 2026 commence par une défaite au dernier tour des qualifications de l’Open d’Australie, contre l’Espagnol Rafael Jodar, 6-3, 0-6, 6-1. Fin janvier, Van Assche gagne le Challenger de Quimper, puis celui de Lille en février.

Au printemps, il retrouve le top 100. En mai, à Roland-Garros, il passe un tour dans le tableau principal avant de céder en cinq sets à l’Américain Brandon Nakashima, 6-7 (5), 6-4, 5-7, 6-1, 6-3.

Le Challenger de Parme suit en juin. En juillet, à Estoril, il remporte son premier titre sur le circuit ATP.

En chemin, il bat le Russe Andrey Rublev, quatorzième mondial, 3-6, 6-3, 6-4 en quarts de finale. En finale, il domine le Belge Alexander Blockx, 6-4, 4-6, 7-5. Un cinquième titre de la saison, au Challenger de Québec, le porte au 40e rang mondial, son meilleur classement, le 24 août. Il arrive à Paris 47e.

À Paris, deux revanches et un combat tactique

Le tournoi parisien a commencé par une victoire contre l’Argentin Mariano Navone, 6-3, 7-5, sa première dans le tableau principal à Paris. Puis les revanches se sont enchaînées.

Il a battu l’Américain Learner Tien, quinzième tête de série, 7-6 (4), 6-4, la semaine après avoir perdu contre lui à Vienne, 6-3, 6-1. Jeudi, il a sorti Musetti 7-5, 3-6, 6-4 en 2h38, après une défaite 7-6 (5), 6-7 (7), 6-4 contre l’Italien en quarts de finale à Lyon, fin octobre.

Vendredi, en quarts, il a battu le qualifié australien Rinky Hijikata 6-4, 6-7 (4), 7-5 en 2h44. Il a perdu le deuxième set au jeu décisif et mal démarré le troisième.

Il a alors fait la différence en lisant le jeu de son adversaire avec une aisance de briscard. « Il a commencé à très bien passer vers la fin du match, a dit Hijikata en anglais. (…) Il a répondu présent quand il le fallait. »

Pour Mathieu, c’est ce qui a déclenché la victoire tandis qu’il était mené 2-0 au troisième. « Il a mieux joué tactiquement que son adversaire, qui s’est un petit peu entêté à monter sur le revers de Luca, ce qui n’était pas forcément la bonne solution. »

Celui qui arrivait en retard, et la cruauté du tennis

En 2021, Van Assche avait remporté Roland-Garros juniors en battant Arthur Fils en finale, 6-4, 6-2. Depuis, il a souvent été celui qui arrive en retard. Au second semestre 2024, pendant qu’il sortait du top 100, Fils atteignait les huitièmes de finale à Wimbledon, puis remportait les titres de Hambourg et de Tokyo. Giovanni Mpetshi Perricard, sorti des qualifications, rejoignait lui aussi les huitièmes à Wimbledon, avant de battre Shelton en finale à Bâle en octobre, 6-4, 7-6 (4).

Villette refuse de mesurer ce parcours à l’aune des autres. « C’est tellement difficile d’être 40e mondial au tennis, on s’en rend pas compte », a-t-il rappelé jeudi.

Pendant que Van Assche se prépare à affronter Shelton, Comesaña, l’homme qui l’avait battu ici il y a un an, vit une autre semaine. L’Argentin, 54e mondial en août 2025, est aujourd’hui 135e. Cette semaine, au premier tour du Challenger de Costa do Sauipe, au Brésil, l’Italien Marco Cecchinato l’a battu 6-1, 6-7 (4), 7-6 (0), en 2h55. Dans le jeu décisif final, Comesaña n’a pas marqué un point.

Il est resté plusieurs minutes prostré par ce K.-O., appuyé contre un panneau publicitaire, puis assis sur son banc, à méditer sur la différence entre la victoire et la défaite. Dans une image très commentée sur les réseaux sociaux, il a quitté le court le dernier, après l’arbitre.

Un an sépare ces deux images. Le tennis est un sport d’une intensité et d’une cruauté sans égales, dans lequel Van Assche a trouvé son chemin.

Rolex Paris Masters 2026 : le parcours de Van Assche et Shelton jusqu’aux demi-finales

Luca Van Assche bat Mariano Navone 6-3, 7-5
Luca Van Assche bat Learner Tien (15) 7-6 (4), 6-4
Luca Van Assche bat Lorenzo Musetti 7-5, 3-6, 6-4
Luca Van Assche bat Rinky Hijikata (Q) 6-4, 6-7 (4), 7-5

Ben Shelton (3) exempté du premier tour
Ben Shelton (3) bat Cameron Norrie 6-3, 6-4
Ben Shelton (3) bat Arthur Rinderknech 3-6, 6-4, 7-6 (5)
Ben Shelton (3) bat Tommy Paul (12) 6-4, 4-6, 6-3

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