3 décembre 1995 : le jour où Pete Sampras a joué l’un des ses meilleurs matches sur terre battue pour décrocher la Coupe Davis

Chaque jour, Tennis Majors remonte le temps pour revenir sur un événement marquant pour la planète tennis. Aujourd’hui, nous retournons en 1995 pour voir comment Pete Sampras a clôturé un week-end exceptionnel en battant Yevgeny Kafelnikov pour remporter la Coupe Davis, après s’être déjà imposé en simple et en double les jours précédents.

3 décembre 2021
Pete Sampras, Wimbledon 1995

Ce qu’il s’est passé ce jour-là : Sampras dompte la terre battue

Ce jour-là, le 3 décembre 1995, Pete Sampras, alors n°1 mondial, livre une performance de premier choix sur la surface qu’il affectionne le moins pour dominer Yevgeny Kafelnikov en trois sets (6-2, 6-4, 7-6) et remporter la Coupe Davis. Avant que son coéquipier Andre Agassi ne déclare forfait, Sampras n’était même pas censé jouer en simple dans cette finale disputée à Moscou, sur terre battue. Il sort finalement vainqueur d’une bataille en cinq sets le vendredi contre Andrei Chesnokov (3-6, 6-4, 6-3, 6-7, 6-4) avant de remporter le double le samedi (associé à Todd Martin), avant de couronner le tout avec cette dernière victoire le dimanche.

Les acteurs : Pete Sampras et Yevgeny Kafelnikov

  • Pete Sampras, le patron

Pete Sampras, né en 1971, domine le tennis des années 1990. Après un premier titre du Grand Chelem conquis à l’US Open 1990 (où il devient le plus jeune vainqueur de l’histoire du tournoi, aux dépens de son éternel rival Andre Agassi, 6-4, 6-3, 6-2), il devient n°1 mondial en avril 1993. Il termine les trois saisons suivantes (1993-1995) à cette place. Son jeu de service-volée est particulièrement efficace sur le gazon du All England Club, où il décroche trois titres consécutifs entre 1993 et 1995, remportant 21 victoires de suite. Pete Sampras remporte trois fois l’US Open (1990, 1993, 1995), et une fois l’Open d’Australie (1994). De plus, l’Américain s’impose aussi à deux reprises au Masters (1991, 1994), accumulant un total de 38 titres au long de sa carrière, dont sept Grands Chelems et six Masters 1000. A l’époque, il aurait été sans conteste en course pour devenir le plus grand joueur de tous les temps, sa réelle faiblesse n’étant que sur terre battue :  à Roland-Garros, il n’a encore jamais dépassé les quarts de finale, qu’il a atteints en 1992, 1993 et 1994.

Pete SAMPRAS – Roland Garros 2000 – © Panoramic
  • Yevgeny Kafelnikov, 6e mondial

Yevgeny Kafelnikov est né en 1974 à Sotchi (ex-URSS, aujourd’hui en Russie), au bord de la Mer Noire. Il est passé pro en 1992 et a obtenu ses premiers résultats notables en 1994, en atteignant les demi-finales à Monte-Carlo. On le surnomme « le Stakhanoviste des courts » car il ne s’arrête pour ainsi dire jamais de jouer : trois fois dans sa carrière, il a dépassé les cent matches de simple en une saison, tout en s’alignant souvent en double. En 1995, il devient un joueur de première classe, atteignant les quarts de finale de l’Open d’Australie et de Wimbledon, ainsi que les demi-finales de Roland-Garros (battu par le futur vainqueur du tournoi, Thomas Muster, 6-4, 6-0, 6-4). À la fin de l’année, il est numéro 6 mondial.

Evgeni KAFELNIKOV – ROLAND GARROS 2000 – © Panoramic

Le lieu : stade Olympique de Moscou

En 1995, la finale de la Coupe Davis a lieu pour la deuxième année consécutive au stade Olympique de Moscou. Ce stade a été construit pour les Jeux olympiques de 1980 afin d’accueillir les épreuves de basket-ball et de boxe, et, pour la Coupe Davis, il a une capacité de 11 400 spectateurs. Si, en 1994, la finale s’est disputéee sur moquette, en 1995, un court en terre battue a été monté pour maximiser les chances russes face à une équipe américaine menée par Pete Sampras et Andre Agassi.

L’histoire : Masterclass de Sampras sur terre battue

En 1995, pour la deuxième année consécutive, la Russie accueille la finale de la Coupe Davis au Stade Olympique de Moscou. En 1994, sur moquette, les Russes avaient été surclassés par la Suède. Cette fois, l’équipe russe a choisi la terre battue, la surface la moins appréciée des deux leaders américains, les deux meilleurs joueurs du monde de l’époque, Pete Sampras et Andre Agassi.

En conséquence, le plan initial du capitaine américain, Tom Gullikson, était de garder Sampras frais pour le double et de faire jouer Agassi (deux fois finaliste à Roland-Garros) et Jim Courier (vainqueur de Roland-Garros en 1991 et 1992) en simple. Cependant, Agassi, touché aux pectoraux, est contraint de déclarer forfait et, bien qu’il soit étrange de le dire ainsi, Gullikson est obligé d’aligner Sampras, le numéro un mondial, en simple. 

Bien qu’il ait atteint les quarts de finale de Roland-Garros à deux reprises par le passé, la saison 1995 de Sampras sur terre battue a été épouvantable – il a perdu au premier tour de quatre des cinq tournois sur terre auxquels il a participé, dont Roland-Garros. Pourtant, le premier jour de la finale de la Coupe Davis, face à Andrei Chesnokov – un spécialiste redouté de la terre battue – Sampras puise dans ses réserves pour s’imposer en cinq sets (3-6, 6-4, 6-3, 6-7, 6-4). Sur la balle de match, le numéro un mondial s’écroule et ne quitte le court que porté par ses coéquipiers.

Après ce premier match dramatique, et après que Jim Courier a été battu en trois sets par Yevgeny Kafelnikov, personne ne s’attend à ce que Sampras soit de retour sur le court le jour suivant – mais il est pourtant bien là, et, associé à Todd Martin, la paire américaine domine Kafelnikov et Andrei Olhovskiy, pourtant excellents joueurs de double, en trois sets (7-5, 6-4, 6-3).

Le dimanche 3 décembre, le numéro 1 mondial est confronté à un dernier défi de taille : il peut décrocher le titre s’il parvient à battre Kafelnikov, numéro 6 mondial et demi-finaliste cette année-là à Roland-Garros. Contre toute attente, Sampras réalise l’une des plus grandes performances de sa carrière sur terre battue et surclasse son adversaire dans tous les domaines, 6-2, 6-4, 7-6. Comme un symbole de sa domination, il conclut le match d’un 16e ace, devenant ainsi le premier joueur américain à marquer trois points dans une même rencontre de Coupe Davis depuis John McEnroe en 1982.

« Pete a merveilleusement joué aujourd’hui, et il ne m’a laissé aucune chance », déclare Kafelnikov, selon deseret.com. 

« Je pense que les Russes me considéraient comme le maillon faible sur une terre battue lente », explique Sampras. « Mais j’ai joué du bon tennis quand il le fallait. »

Pour Sampras et son capitaine, cette victoire a une saveur d’autant plus particulière que Tim Gullikson, l’entraîneur de Sampras et frère jumeau de Tom, lutte au même moment contre un cancer du cerveau.

« C’est tout simplement phénoménal »,  déclare Tom Gullikson à propos de la performance de Sampras, selon le New York Times. « Pour moi, personnellement, ça a été une année difficile avec mon frère jumeau, Tim, engagé dans une compétition beaucoup plus importante, qui se bat littéralement pour rester en vie. Pour nous, gagner ce tournoi est un miracle… »

La postérité du moment : Sampras ne remportera jamais Roland-Garros, contrairement à Kafelnikov

Les années suivantes, Sampras, qui avait déjà remporté la Coupe Davis en 1992, ne représentera plus son pays que sporadiquement, en évoluant parfois loin de son niveau habituel, suscitant les critiques de certains de ses pairs. A la fin de sa carrière, l’Américain détiendra 14 titres du Grand Chelem (un record à l’époque) et il aura terminé six années consécutives à la première place mondiale (un record absolu). Cependant, il ne parviendra jamais à triompher à Roland-Garros et, après avoir atteint les demi-finales à Paris en 1996, il n’obtiendra plus jamais de grands résultats sur terre battue.

En 1996, Kafelnikov prendra sa revanche sur Sampras en le battant en demi-finale de Roland-Garros (7-6, 6-0, 6-2), avant de battre Michael Stich en finale (7-6, 7-5, 7-6) et de devenir ainsi le premier joueur russe à remporter un tournoi du Grand Chelem. En 1999, il ajoutera un nouveau titre majeur à son palmarès, à l’Open d’Australie, et, en mai de la même année, il deviendra le premier joueur russe à atteindre la première place mondiale, même s’il n’occupera cette place que pendant six semaines. Il devra attendre 2002, presque à la fin de sa carrière, pour remporter enfin la Coupe Davis.

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