Boosté par l’adrénaline, Medvedev assume de provoquer le public comme lors de l’US Open 2019

Après sa victoire en simple qui a permis à la Russie de se qualifier pour la finale de la Coupe Davis, Daniil Medvedev est longuement revenu sur son comportement et sa propension à provoquer le public, alors qu’il a de nouveau chambré les Espagnols samedi. Pour lui, seules ses émotions rentrent en compte.

Medvedev Davis Cup 2021 Germany

Daniil Medvedev est un phénomène. Sur le court déjà, il est le meilleur joueur du monde derrière Novak Djokovic. Il a porté la Russie vers la finale de la Coupe Davis avec quatre nettes victoires en simple en autant de rencontres. La dernière en date, ce samedi contre Jan-Lennard Struff, a été célébrée de curieuse façon : le Russe s’est tourné vers le public madrilène et a reproduit le célèbre « Calm Down » de Cristiano Ronaldo avant de mimer l’effacement d’une ligne.

Ça n’a pas du tout été du goût des spectateurs, qui l’ont conspué. « Je pensais que ce serait amusant. C’était probablement une mauvaise décision », a-t-il réagi en conférence de presse.

Même durant son interview d’après-match, le protégé de Gilles Cervara s’est permis de chambrer le public. « Battre l’Espagne a été le temps fort de ces deux semaines. Nous étions si heureux dans les vestiaires de battre les favoris à domicile, c’était un sentiment vraiment agréable, j’en suis très heureux. »

Puis Medvedev n’a pas pu s’empêcher d’évoquer les sifflets. « Ça a commencé en 2019, mais je ne suis pas usé de le dire : les gens ne comprennent toujours pas comment me faire perdre, il faut me soutenir pour que je perde, pas me huer ! »

En conférence de presse, il a persisté, sans ironie : « C’est définitivement mieux quand les gens vous soutiennent, mais s’ils ne le font pas, vous devez gagner à la fois contre eux et contre l’adversaire. » Sous-entendu : cela décuple ses ressources. Plus de deux ans après l’US Open 2019, où il avait atteint sa première finale en Grand Chelem, Medvedev s’est fait de nouveaux amis : les Espagnols.

Argent balancé à une arbitre en 2017, doigt d’honneur en 2019

Retour en septembre 2019. Troisième tour à Flushing Meadow. Alors cinquième mondial, il est opposé à Feliciano Lopez. Dès le premier set, il s’est mis le public américain à dos en arrachant violemment la serviette que le ramasseur lui tendait. Avertissement. Et sifflets.

Medvedev a alors lancé sa raquette vers sa chaise tout en adressant un doigt d’honneur aux fans. Une séquence qui a terminé sur l’écran géant. « Merci à tous. C’est votre énergie qui m’a permis de gagner. Sans vous, j’aurais perdu. Quand vous irez vous coucher ce soir, dites-vous que c’est grâce à vous que j’ai gagné », avait-il réagi sur le court après sa qualification. Il est alors devenu l’ennemi public n°1 avant d’être réhabilité après l’énorme combat livré mais perdu face à Rafael Nadal en finale.

À Madrid, il a donc récidivé. Et s’en est longuement expliqué en conférence de presse. « C’est un jeu que je ne fais pas exprès de jouer. » Que ce soit sur le terrain ou en dehors, Medvedev veut vivre « des émotions pures ».

« Dans la vie, je suis plus calme. Sur le court, c’est différent. Il y a beaucoup d’adrénaline. Je déteste perdre. J’ai moins de temps et moins de force en moi pour réfléchir. Je me laisse donc guider par mes émotions, ce qui est parfois bon, parfois mauvais. »

Deux jours après son doigt d’honneur à New York, il avait estimé qu’il s’était comporté comme « un idiot ». Après avoir jeté de l’argent aux pieds de l’arbitre à Wimbledon en 2017, il avait fait amende honorable – mais écopé de 15 000 € d’amende. Ce samedi à Madrid, nouveau mea culpa.

Si je fais quelque chose pour provoquer les spectateurs, ce n’est pour les rendre furieux, tristes ou contre moi. C’est quelque chose que je ressens à ce moment-là.

Daniil Medvedev

Mais Medvedev adore chambrer. Il assure qu’il ne provoque pas le public « délibérément ». « Quand vous jouez un match de tennis, vous êtes seul. Il y a 20 000 personnes, parfois pour vous, parfois contre vous. Si je fais quelque chose pour les provoquer, ce n’est pas pour les rendre furieux, tristes ou contre moi. C’est quelque chose que je ressens à ce moment-là », s’est-il défendu.

Le numéro 2 mondial estime que ces attitudes n’ont « rien de mauvaises », même s’il regrette avoir eu des mauvais comportements à plusieurs reprises sur le court, notamment à Wimbledon 2017. « Bien sûr, ce n’était pas bien. Encore une fois, c’étaient des émotions pures. Ce n’était pas quelque chose de faux ou de pensé. Ce n’était pas beau, mais c’est aussi comme ça qu’on apprend. »

Ce qui est difficile pour la jeune génération est que nous passons derrière Roger et Rafa, qui font partie des plus fair-play et corrects de l’histoire du sport. Maintenant, quand quelqu’un n’est pas comme eux, les gens ont tendance à ne pas l’aimer.

Daniil Medvedev

Aujourd’hui, Daniil Medvedev a 25 ans, et plus 21 comme en 2017. Les quasi-20 ans de rivalité Nadal-Federer – Djokovic peut se montrer plus expressif sur le terrain – ont, selon le Russe, eu une incidence sur le comportement du public à l’égard des « bad boy » comme lui.

« Ce qui est difficile pour la jeune génération est que nous passons derrière Roger et Rafa qui font partie des plus fair-play et corrects de l’histoire du sport. Maintenant, quand quelqu’un n’est pas comme eux, les gens ont tendance à ne pas l’aimer et à dire : ‘Comment se fait-il que tu ne sois pas comme Roger et Rafa ?‘ Devinez quoi, tout le monde est différent ! »

Le Russe en est certain : le temps de sa popularité viendra. « Au moment où Nadal et Federer prendront leur retraite et qu’il y aura de nouveaux fans qui n’ont pas vu Roger et Rafa en direct, c’est à ce moment que les fans aimeront d’autres personnages que ceux-là. »

A la fin de cette tirade, Medvedev s’est mis à rire : « C’était une réponse plutôt longue, non ? ». Comme souvent, le numéro 2 mondial ne s’est pas défilé. Avec lui, on ne s’ennuie jamais.

« Aimez-vous sa personnalité ? Je pense que c’est un phénomène ! Et il aime provoquer, mais avec beaucoup de malice ! »
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