26 janvier 2002 : Le jour où Capriati a fait craquer Hingis

Chaque jour, Tennis Majors remonte le temps pour revenir sur un événement marquant pour la planète tennis. Le 26 janvier 2002, Jennifer Capriati, menée 6-4 4-0 par Martina Hingis en finale de l’Open d’Australie, parvient finalement à sauver le trophée après avoir sauvé quatre balles de match. Un record.

Hingis OTD 01_26

Ce qu’il s’est passé ce jour-là : avant Capriati, personne n’avait sauvé autant de balles de match avant de gagner une finale de Grand Chelem

Ce jour-là, le 26 janvier 2002, Jennifer Capriati revient de nulle part, menée un set et 4-0, avant de sauver quatre balles de match et de finalement prendre le dessus sur Martina Hingis en finale de l’Open d’Australie. (4-6, 7-6, 6-2). Au cours de l’ère Open, aucun joueur ou joueuse n’avait jamais sauvé autant de balles de match avant de remporter une finale de Grand Chelem. Ce sera le dernier titre majeur de Capriati, et pour Hingis, qui avait déjà du mal à tenir le choc face à une nouvelle génération de cogneuses, cette défaite précipitera son départ à la retraite, moins d’un an plus tard.

Les actrices

Jennifer Capriati est née en mars 1976, à Long Island, New York. En 1986, sa famille déménage en Floride, où, sous la houlette du père de Chris Evert, Jimmy, elle devient un véritable enfant prodige. Ses coups surpuissants du fond de court font forte impression sur l’ensemble du tennis féminin. A 13 ans, elle remporte Roland-Garros juniors, et elle passe pro l’année suivante, avant d’avoir fêté ses 14 ans. En mars, elle atteint la finale du premier tournoi WTA qu’elle dispute, à Boca Raton, seulement battue par la numéro 2 mondiale, Gabriela Sabatini (6-4, 7-5). Déjà 24e mondiale, elle devient la plus jeune joueuse à se hisser en demi-finales de Roland-Garros, battant la 8e mondiale, Mary Joe Fernandez, avant d’être battue par Monica Seles (6-2, 6-2). Éliminée en huitièmes de finale de l’US Open par la numéro 1 mondiale, Steffi Graf (6-1, 6-1), la voilà à présent 11e mondiale. En octobre 1990, à 14 ans, elle remporte son premier tournoi. En 1991 et 1992, Jennifer Capriati poursuit son ascension fulgurante, atteignant les demi-finales à Wimbledon ainsi qu’à l’US Open, et décrochant la médaille d’or aux Jeux olympiques de Barcelone, aux dépens de Steffi Graf (3-6, 6-3, 6-4). Malheureusement, elle supporte mal la pression médiatique, et en 1994, elle va jusqu’à arrêter temporairement le tennis, traversant alors une sombre passe (elle est arrêtée pour vol à l’étalage et détention de stupéfiants). De retour en 1996, elle n’obtient pas de grands résultats jusqu’à l’Open d’Australie 2000, où elle atteint les demi-finales. C’est le début d’une nouvelle carrière : depuis lors, Capriati n’a pas quitté le top 10, remportant au passage deux tournois du Grand Chelem  en 2001 (l’Open d’Australie et Roland-Garros). En octobre 2001, Capriati deviendra enfin numéro 1 mondiale, un classement qu’elle cède à Lindsay Davenport trois semaines plus tard, avant de le récupérer juste avant l’Open d’Australie.

Jennifer Capriati, Open d'Australie 2001

Martina Hingis est née en septembre 1980, et sa mère, Melanie Molitor, la prénomme en référence à la championne de tennis, Martina Navratilova. Formée par sa maman, elle est un enfant prodige, et remporte Roland-Garros juniors à seulement 12 ans. Elle fait ses débuts sur le circuit à 14 ans, mais le règlement ne l’autorise à disputer que 15 tournois avant l’âge de 16 ans, une règle contre laquelle elle s’insurge. Son tennis est basé sur une coordination extraordinaire, un sens tactique impressionnant, un superbe toucher de balle et une bonne lecture du jeu. Au début de sa carrière, elle manque néanmoins de puissance et sa deuxième balle est assez faible. Elle explose réellement en 1996. Après avoir battu la numéro 1 mondiale incontestée, Steffi Graf, au mois de mai, à Rome, elle se hisse en demi-finale de l’US Open (battue par Graf, 7-5, 6-3), puis en finale du Masters (où elle est battue par Graf en cinq sets, 6-3, 4-6, 6-0, 4-6, 6-0). Trois jours après son 16e anniversaire, elle est déjà 6e mondiale, et en janvier 1997, elle devient la deuxième plus jeune gagnante en Grand Chelem de tous les temps – derrière Lottie Dod, vainqueure de Wimbledon 1887 à 15 ans – en battant Mary Pierce en finale de l’Open d’Australie (6-2, 6-2). Dans les mois qui suivent, elle remporte pas moins de 8 titres, dont Wimbledon (aux dépens de Jana Novotna, 2-6, 6-3, 6-3) et l’US Open (où elle bat Venus Williams, 6-0, 6-4), et elle atteint la finale à Roland-Garros (battue par Iva Majoli, 6-4, 6-2). Ces résultats extraordinaires lui permettent de devenir la plus jeune joueuse de tous les temps à s’installer au sommet du classement WTA, au mois de mars, à l’âge de 16 ans et 3 mois. En 1998, à Melbourne, elle ajoute un quatrième titre du Grand Chelem à son palmarès, mais au cours des mois suivants, elle ne parvient plus en finale de majeur avant l’US Open, où elle est battue par Lindsay Davenport (6-3, 7-5), et elle perd temporairement sa première place mondiale. En 1999, elle remporte une troisième fois l’Open d’Australie, mais elle subit une terrible défaite face à Steffi Graf en finale de Roland-Garros (4-6, 7-5, 6-2), qui la laisse tellement choquée qu’elle s’incline dans la foulée au premier tour de Wimbledon. À partir de là, la « Swiss Miss », même si elle occupe la première place mondiale 209 semaines durant, jusqu’en octobre 2001, perd son emprise sur le circuit, ne parvenant pas à dominer les grandes cogneuses dans les grands matches. Au début de l’Open d’Australie, elle est 4e mondiale.

Martina Hingis dans les bras de sa mère, Roland-Garros 1999

Le lieu : l’Open d’Australie

Contrairement aux autres tournois du Grand Chelem, l’Open d’Australie (d’abord appelé Championnat d’Australasie puis Championnat d’Australie) a changé plusieurs fois de lieu au fil des ans. L’épreuve changeait même de ville chaque année avant de s’installer à Melbourne en 1972, et pas moins de cinq villes australiennes l’ont accueillie à au moins trois reprises : Melbourne, Sydney, Adélaïde, Brisbane et Perth. Ses dates ont été assez mouvantes également, entre début décembre et fin janvier, faisant de l’Open d’Australie parfois le premier, parfois le dernier Grand Chelem de la saison. Jusqu’en 1982, la plupart des meilleurs joueurs font l’impasse sur l’épreuve en raison de son éloignement et des prix insuffisants, mais à partir de la victoire de Mats Wilander, la dynamique change. Pour rendre le tournoi plus attractif, le comité du tournoi déploie d’énormes efforts qui mènent au déménagement de l’épreuve vers un nouveau site, Flinders Park (qui sera plus tard renommé Melbourne Park), à l’abandon du gazon pour des courts en dur, et à la construction du premier court central doté d’un toit rétractable. La dotation augmente également, et il ne faut alors que quelques années pour que l’Open d’Australie devienne le Grand Chelem préféré de nombreux joueurs.

L’histoire : malmenée, au fond du trou sous un soleil de plomb, Capriati parvient à renverser la situation

En finale de l’Open d’Australie 2002, Martina Hingis, qui a remporté le tournoi à trois reprises (1997-1999), ne part pas favorite face à Jennifer Capriati. La numéro 1 mondiale a en effet gagné deux tournois du Grand Chelem en 2001, et elle avait battu la « Swiss Miss » en finale à Melbourne (6-4, 6-3), puis en finale de Charleston (6-0, 4-6, 6-4) ainsi qu’en demi-finale de Roland-Garros (6-4, 6-3). Il semble qu’Hingis n’ait pas la réponse face à la force de frappe de Capriati.

Cependant, dès le début d’une finale jouée sous une chaleur intense, la triple vainqueur de l’épreuve prend le contrôle du jeu, s’amusant presque avec son adversaire. Elle absorbe la puissance de Capriati et la fait courir aux quatre coins du court, la poussant à la faute. La Suissesse empoche la première manche (6-4), et, au deuxième set, elle se détache 4-0, un avantage qui semble alors décisif. L’Américaine ne parvient pas à cacher sa frustration, et elle hurle même au public de « la fermer » au début de la deuxième manche, suite à un litige avec l’arbitre.

« Je pense que c’était juste la chaleur et le fait que j’étais en train de perdre,  je devenais vraiment frustrée d’être autant en difficulté », expliquera ensuite Capriati, selon le New York Times,  » Je ne pouvais pas croire que j’allais perdre des points comme ça ».

Pourtant, Capriati revient à 4-3, et Hingis s’absente alors du court. Les deux joueuses essaient tant bien que mal de combattre la chaleur, à l’aide de poches de glace et de serviettes mouillées. Hingis, qui dominait les échanges si facilement, se montre incapable de convertir une première balle de match à 5-3. Trois autres suivront.

« Elle s’est juste engagée, » dira-t-elle ensuite. « Parfois, dans ces moments-là, on ne peut pas se contenter d’être passif, mais je l’ai été. La prochaine fois, je devrais probablement prendre les choses en main et essayer de faire quelque chose moi-même. Mais là, mentalement et physiquement, je n’étais pas à la hauteur ».

Hingis perd finalement le deuxième set, 9-7 au tie-break, et reçoit un avertissement après avoir cassé sa raquette. La Suisse ne se remettra pas de la perte de ce terrible deuxième set.

« Je voulais juste que ça s’arrête, quel que soit le résultat », déclare-t-elle ensuite, selon la BBC. « Je n’en avais plus rien à faire. On devrait toujours s’accrocher mais c’était simplement impossible. »

La troisième manche est une formalité pour Capriati, qui scelle sa victoire 6-3 pour conserver son titre à l’Open d’Australie et ajouter une troisième couronne majeure à son palmarès.

« Je ne sais vraiment pas comment j’ai réussi à gagner aujourd’hui”, explique la numéro 1 mondiale. « J’ai continué à me battre. Sur ces balles de match, lorsque j’étais menée, je suis allé chercher les points.”

La postérité du moment

Aucune des deux jeunes femmes ne participera plus jamais à une finale de Grand Chelem.

Capriati restera numéro 1 mondiale pendant 17 semaines au total, mais Serena Williams commencera bientôt sa domination, en battant sa sœur Venus en finale des quatre prochains tournois du Grand Chelem. Atteignant les demi-finales de quatre autres tournois majeurs, Capriati restera dans le top 10 jusqu’en 2004, date à laquelle elle prendra sa retraite en raison d’une blessure à l’épaule.

Martina Hingis ne se remettra jamais de cette défaite. Elle avait déjà subi une défaite dramatique en finale de Roland-Garros en 1999 et, gênée par une blessure au pied, elle annoncera sa retraite en février 2003. Elle sera de retour sur le circuit en 2006, mais elle ne dépassera jamais les quarts de finale d’un tournoi du Grand Chelem, et elle sera testée positive à la cocaïne à Wimbledon et suspendue à la fin de l’année 2007. Elle reviendra ensuite une dernière fois dans les années 2010, en double, remportant quatre titres du Grand Chelem supplémentaires.

Your comments

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *