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Entretien exclusif avec le manager du Citi Open, là où l’ATP Tour va reprendre

Après quasiment cinq mois d’inactivité pour cause de Covid-10, le circuit ATP devrait reprendre le 14 août avec le Citi Open de Washington. Entretien exclusif avec son manager, Mark Ein.

Après quasiment cinq mois d’inactivité pour cause de Covid-19, le circuit ATP devrait reprendre le 14 août avec le Citi Open de Washington. Dans un entretien exclusif, Mark Ein, manager en chef du tournoi, nous a confié qu’il ressentait une responsabilité particulière avec l’organisation de la compétition de reprise du circuit ATP. Il craint en revanche toujours de subir une annulation du tournoi du fait de circonstances hors de son contrôle.

Ein, qui est également le propriétaire de l’équipe des Washington Kastles en World Team Tennis, a acheté les droits de management du Citi Open en 2019 et détient une option d’achat pour 2024. Profondément investi dans la réussite sportive de la ville, il a, avec son équipe, travaillé dur pour préparer le retour du circuit ATP et le voilà à la tête du premier tournoi de la reprise, même si celui-ci se jouera à huis clos et sans doute aussi sans journalistes sur place.

Dans un entretien exclusif, Ein a confié à Simon Cambers ses espoirs pour le tournoi ainsi que les détails du processus sanitaire que son équipe et lui vont tenter de mettre en place afin d’assurer le succès de l’événement.

Citi Open sera le tournoi de reprise sur le circuit ATP. Ressentez-vous une responsabilité particulière ?

Totalement. Nous voyons ça comme un immense honneur et une très grande responsabilité. Nous sommes bien conscients des deux aspects, tout comme nous comprenons la place que cela donne au tournoi. Dans mon bureau, j’ai une pancarte derrière moi pour les conférences par Zoom, et elle dit “Le tennis reprend à Washington.”

Cela amène aussi son lot de pression, non ?

Non, ça va aller parce que nous sommes très prudents et disciplinés. Mais forcément, si un tournoi se déroule sans précautions ni rigueur et qu’un cluster se produit, alors ça remet en jeu l’intégralité du sport. Cela ne va pas concerner que votre tournoi mais tout le reste. Elle est là, la grande responsabilité. Evidemment, on ne veut pas que qui que ce soit tombe malade et on va tout faire pour éviter ça, mais il faut aussi être réaliste : les gens tombent malade tout le temps dans leur vie de tous les jours, alors il faut juste s’assurer que si ça arrive, ce ne soit qu’un cas isolé.

Les États-Unis connaissent un grand nombre de cas de Covid-19. Êtes-vous inquiet que le Citi Open puisse encore être annulé ?

Oui. Je le suis. Nous avons mis en place différents paliers qui entraînent différentes obligations. Il y a le besoin constant de vérifier où nous en sommes, parce que le pire désastre serait de devoir annuler la semaine précédent le tournoi quand les joueurs sont déjà là et ont des plans de voyages à respecter. Nous avons dépensé énormément d’argent, ce serait donc une très mauvaise nouvelle pour tout le monde. Donc nous passons notre temps à effectuer des ajustements. Franchement, je pense que la seule chose qui soit une possibilité significative, ce sont les interdictions de voyage : les gens pourront-ils venir et repartir du pays ? Je trouve que la trajectoire prise par le virus dans notre communauté est très bonne. Notre plan d’action est très bon.

Frances Tiafoe (qui a été testé positif au Covid-19 lors d’une exhibition en Géorgie), je le connais depuis qu’il a cinq ans et je me sens très mal pour lui, mais l’espoir dans tout ça, si on peut en trouver un, est que personne d’autre n’a été contaminé. Contrairement à l’Adria Tour, où “tout le monde” l’a eu. Donc on pourrait voir ça comme quelque chose de positif parce que ça démontre qu’une personne peut être contaminée sans que tout le groupe ne le devienne. Je ne pense pas que le virus dans notre communauté empêchera le déroulement du tournoi. Je pense que le plus gros problème réside dans les interdictions de déplacement.

Washington DC

Vous jouerez à huis-clos, mais la logistique doit quand même être très compliquée non ?

Pour le moment, le tournoi se déroulera sans fan. Nous n’avons évidemment pas la taille, la portée, ni les ressources de l’US Open, mais notre manuel opérationnel est aussi gros et détaillé que le leur : nous avons 38 pages dans ce manuel, concernant chaque petit détail. Il y a des graphiques, des cartes, tout ce qu’il faudra, et alors que rien de tout ça n’existait avant cette année. Nous devons littéralement penser à chaque moment de l’expérience afin de s’assurer que nous gardons tout le monde en bonne santé autant que possible. Et que, si quelque chose devait se produire, que ça reste sous contrôle. Nous avons Medstar comme partenaire, un important système de santé à Washington qui est vraiment un expert de tout ça, et qui a beaucoup d’expérience avec d’autres sports confrontés au Covid en ce moment. Nous consultons aussi largement les experts médicaux de l’USTA, ceux de l’ATP ainsi que ceux de la ville.

Quels sont les chiffres du virus à DC ?

Ici, ils ont été d’une prudence extraordinaire, ils ont pris énormément de précautions. Ils ont régulièrement le plus, ou deuxième plus bas, taux de contamination du pays (40 nouveaux cas ont été enregistrés ce 14 juillet, contre 335 au pic de la crise, pour une moyenne quotidienne de 33 au cours des sept derniers jours, ndlr). Tous les jours, DC a le taux le plus, ou second plus bas, taux de reproduction du virus. Voilà ce que ça donne quand on est prudent. C’est la leçon que je retiens de tout ça, que ce soit pour les Etats-Unis ou le reste du monde : ceux qui ont été les plus prudents sont ceux qui sont aujourd’hui dans la meilleure forme. Les autres ne le sont pas. Voilà l’état d’esprit que nous devons avoir.

Nous avons aussi eu toute cette période de manifestations (Black Lives Matter) à Washington, avec beaucoup de gens dans la rue. Mais même là, si vous regardiez les manifestants, vous voyiez qu’un grand nombre d’entre eux essayaient d’être prudents et de garder autant de distance que possible. Cela n’a pas mené à une hausse des cas, ce qui est intéressant.

Pouvez-vous me décrire le protocole de tests prévu lors du tournoi ?

Quand les gens vont arriver, ils seront testés tout de suite. On leur demandera de rester à l’hôtel jusqu’au résultat du test. Ils ne pourront pas aller où que ce soit. Chaque personne qui sera dans la bulle sera testée, comme ça les arbitres et les ramasseurs de balles, qui auront d’ailleurs tous plus de 21 ans, pourront aussi loger à l’hôtel. Nous allons essayer d’être très rigoureux au sein de cette bulle. Ensuite, il y aura quotidiennement un questionnaire à remplir et une prise de température. Et nous ajouterons probablement des tests en plus au fil de la semaine. Nous aurons l’hôtel entier pour nous, ce qui est fantastique. C’est un endroit très vaste, donc nous pourrons y effectuer les tests de manière à ce que les joueurs n’aient pas tout à faire au stade. Il y aura aussi certains tests réalisés quotidiennement au stade, mais on va en effectuer aussi beaucoup à l’hôtel, simplement parce que ça rendra la tâche plus facile à tout le monde.

Et quid du processus sur le court : les ramasseurs s’occuperont-ils des serviettes des joueurs ?

Ils ne leur donneront pas les serviettes, ils porteront aussi des gants. Nous devons encore décider de ce qu’on fait pour les balles : je ne sais pas si on va utiliser ces tubes comme à Charleston, où ils n’avaient pas à toucher les balles. Nous essayons de trancher sur ce sujet.

Vous vouliez aussi accueillir un tournoi WTA mais finalement il est parti au Kentucky. Que s’est-il passé ?

Nous nous étions engagé à organiser ce tournoi. C’est important pour moi de donner de l’exposition au tennis féminin et nous voulions aussi trouver un moyen pour leur donner du travail – si jamais nous étions la seule option, ça n’aurait pas été bien de ne pas le faire – mais je pense que la WTA et Octagon travaillaient déjà sur cette autre option et ils ont pris cette décision. Je le comprends et peut-être que ce sera une bonne chose au final, avoir moins de personnes au stade va rendre les choses plus faciles. L’US Open a besoin d’utiliser l’intégralité de son stade pour accueillir joueurs et joueuses, – nous n’avons pas ce type d’espace. On aurait trouvé un moyen, ça se serait bien passé et on allait même changer les dates pour que ça se juxtapose moins. Mais organiser ces deux tournois à des endroits différents est sans doute raisonnable.

Quelle va être la densité de votre tableau ?

Extraordinaire. Les engagements sont fantastiques : il nous reste encore une semaine ou deux mais c’est déjà très fort. A ce jour, tout le monde peut voyager jusqu’à nous, les seuls soucis sont la quarantaine et le voyage du retour. L’un des grands avantages de Washington est que nous avons trois aéroports internationaux, et qu’on peut aussi conduire jusqu’à New York ou prendre un train – c’est juste 3h30 en voiture. Pour les joueurs venant de l’étranger ou des autres Etats, venir à Washington est quasiment aussi facile que d’aller à New York. Et ensuite c’est facile d’aller à New York. Les gens pensent sans doute que s’ils ont l’intention de jouer les deux tournois prévus à New York, ça ne ferait aucun sens de ne pas en plus venir jouer ici en sortant de six mois sans compétition. Du coup je n’ai entendu personne, déjà engagé à New York, dire qu’ils ne viendront pas à Washington. Il me semble que Daniil (Medvedev) est inscrit et qu’Andy (Murray) a dit des choses très positives aussi.

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