« Nous savions tous que finir en quarantaine stricte pourrait arriver » – Interview exclusive de Petra Kvitova

Petra Kvitova, double vainqueure de Wimbledon, a confié à Tennis Majors être très reconnaissante d’être à Melbourne pour pouvoir jouer l’Open d’Australie alors que de nombreuses personnes dans le monde souffrent actuellement à cause de la situation sanitaire.

Petra Kvitova, 2018

Elle parvient à relativiser, elle. Alors que l’idée de passer 14 jours en quarantaine, avec un temps limité pour s’entraîner (5 heures) – ou même zéro pour les 72 joueurs et joueuses touchés par les vols affectés par la Covid-19 – a semblé trop difficile à encaisser pour de nombreux joueurs, Petra Kvitova fait entendre une autre musique. Après tout ce qu’elle a vécu ces dernières années, notamment une agression à domicile qui a sectionné sa main gauche, ces quelques jours d’arrêt avant l’Open d’Australie ne lui font pas peur. La double vainqueure de Wimbledon (2011, 2014) fait face aux obstacles avec le calme habituel qui la caractérise.

Dans une interview accordée à Tennis Majors depuis Melbourne, Kvitova nous donne les détails des protocoles de sécurité mis en place dans l’hôtel, nous raconte comment vivent les joueurs qui sont en quarantaine stricte, la perspective de jouer de nouveau devant du public, de la façon dont elle occupe son temps et de ce qu’elle espère pour cette année 2021.

Petra Kvitova

Les règles de l’hôtel sont très strictes

Comment se passe cette quarantaine de 14 jours ?

« Pour être honnête, moi j’ai beaucoup de chance. Je peux toujours sortir pour m’entraîner, contrairement à d’autres. Mais dans l’ensemble, j’ai beaucoup travaillé durant l’intersaison et finalement, j’ai un peu de temps pour me reposer. Donc, en fait, je profite aussi de mon temps libre. Je regarde des séries, je prends un café et je lis quelques livres. Et, bien sûr, je dois aussi faire un peu d’exercice physique. Il y a donc pas mal de choses à faire ».

Comment l’hôtel est-il sécurisé ? Vous n’êtes pas autorisée à sortir de votre chambre, en dehors des heures d’entraînement, comment cela se passe-t-il ?

« Ça ne rigole pas, on a senti dès le début que c’était très strict, car on a su dès samedi qu’il y avait eu des cas positifs dans les avions. Tout le monde ici avait très peur, ce qui est compréhensible. On n’a tout simplement pas la liberté d’ouvrir la porte de notre chambre. Quand ils apportent quelque chose à manger, ils doivent toquer, et ensuite vous êtes autorisé à ouvrir la porte. Au début, bien sûr, personne ne connaissait vraiment les règles, et j’entendais beaucoup de portes s’ouvrir et se fermer. Je me rappelle d’un jour où je ne savais pas si j’avais de la nourriture devant ma porte ou pas, alors j’ai juste essayé d’expliquer que j’ouvrais la porte pour cette raison. Peut-être que je dormais quand ils ont toqué. La réceptionniste de l’hôtel m’a dit que la prochaine fois, la bonne façon de faire était d’appeler la réception pour qu’elle envoie quelqu’un constater si j’avais quelque chose devant la porte ou non. Puis qu’elle m’appellerait pour me dire. J’ai dit OK. A mon avis, c’est plus simple de me laisser entrouvrir de dix centimètres… Mais voilà, c’est strict à ce point. C’est un peu retombé maintenant, c’est plus facile à vivre. Et nous sommes autorisés à sortir pour jouer au tennis, c’est appréciable ».

Avez-vous parlé à d’autres joueurs pendant votre quarantaine à l’hôtel ?

« Non, nous ne pouvons pas vraiment parler aux autres joueurs. On ne voit personne. Bien sûr, on peut se téléphoner, mais je n’ai vu personne, littéralement. Donc même si nous allons au bus (pour aller à l’entraînement), il y a toujours une distance de deux mètres à respecter après s’être désinfecté les mains. Je comprends ».

« La frustration des joueurs est compréhensible »

Je suis sûr que vous savez que certains joueurs, en particulier ceux qui sont quarantaine stricte, ont critiqué l’organisation du tournoi. Qu’en pensez-vous ?

« Je suis toujours là lors des réunions en visio avec Craig (Tiley, le directeur de l’Open d’Australie), et je le vois bien oui. En fait, d’un côté, la frustration des joueurs est compréhensible. Et d’un autre côté, nous devons juste vivre avec. Je ne suis pas dans leur situation, mais je sais que Tennis Australia essaie de les aider, notamment avec du matériel d’entraînement. »

« Je pense que nous savions tous que cela pourrait arriver, d’être en quarantaine totale pendant 14 jours. Bien sûr, nous pensions tous que nous aurions de la chance et que nous pourrions jouer. Il y avait une chance que nous soyons en quarantaine stricte de toute façon ».

Pensez-vous qu’il faudra apporter des changements dans le calendrier qui précède l’Open d’Australie, pour aider ceux qui n’ont pas pu s’entraîner ?

« Nous avons tous les jours un point avec Craig Tiley et bien sûr, cette question a été posée de nombreuses fois. Je n’ai pas entendu dire qu’ils allaient changer quoi que ce soit jusqu’à présent. Ils ont encore un peu de temps et je ne sais pas comment ils vont s’y prendre. Ce n’est pas facile pour eux, c’est sûr. 25% des joueurs sont en quarantaine stricte et ne peuvent pas se préparer correctement. Mais je pense que tout le monde pense davantage au Grand Chelem qui approche. Les tournois qui précèdent vont compter, mais pas autant qu’un Grand Chelem ».

Vous avez publié sur les réseaux sociaux une photo de vous en plein entraînement, disant que vous étiez très reconnaissante d’être ici…

« Oui, c’est vrai. C’était au bout de quatre jours de quarantaine, je crois. Je sais que le temps passé sur le court sera faible par rapport au temps passé à l’hôtel. Mais je pense que tous les joueurs présents ici savent jouer au tennis et que les sensations vont revenir ».

Vous avez le droit à cinq heures d’entraînement par jour. Mais vous êtes une joueuse qui n’a pas besoin de beaucoup d’entraînement, n’est-ce pas ?

« Oui, pour moi, c’est suffisant. Je joue pendant une heure et demie, en comptant l’échauffement et le temps de quitter le court, donc c’est 1h30, maximum 1h40 sur le court de tennis, ce qui pour moi, est parfait. Et tout de suite après, la salle de sport, pour une heure, une heure et demie maximum. Je sais que d’autres joueurs ont besoin de plus d’heures. Mais pas moi. Je vieillis aussi, alors je dois ménager un peu mon corps ».

Qui vous accompagne à Melbourne et avec qui vous entraînez-vous ?

« J’ai mon kiné avec moi et j’ai mon entraîneur également (Jiri Vanek). Ma première partenaire d’entraînement était Amanda Anisimova, qui n’a malheureusement pas pu venir, car elle a été testée positive à Abu Dhabi. Ensuite, j’ai eu Jennifer Brady, qui malheureusement était dans l’avion où il y a eu un cas de contamination, donc maintenant je m’entraîne avec une autre Petra, Petra Martic. Une personne très facile à vivre ».

Comment occupez-vous votre temps entre les séances d’entraînement ?

« J’ai fini la série Bridgerton sur Netflix et maintenant je regarde des séries tchèques, que vous ne connaissez probablement pas. Et puis je lis également des polars. Je passe beaucoup de temps au téléphone, avec mes amis et ma famille, bien sûr. Donc je ne fais pas grand-chose, mais ça fait passer le temps. On ne se rend pas toujours compte ce qu’on doit à la technologie. »

Kvitova : « Je sais que beaucoup de gens perdent leur emploi »

Comment s’est passée la reprise du circuit en août dernier ?

« Quand nous étions sur le point de commencer l’US Open, bien sûr, c’était vraiment, vraiment bien. Nous ne savions pas comment tout serait, c’est différent d’être dans une bulle, avec la sécurité, de jouer sans public. Mais au bout du compte… J’étais très heureuse de pouvoir jouer de nouveau au tennis, même sans public, ce qui était très triste, et très différent de ce qu’on connaît habituellement. On voulait juste rejouer et gagner. On s’habitue vite au fait qu’il n’y a pas de public et que c’est juste votre équipe qui vous soutient, quoi qu’il arrive, ce qui est toujours génial. »

« Nous avons eu deux Grands Chelems, avec Roland-Garros, qui a été un moment incroyable pour moi. Je me suis retrouvée de nouveau en demi-finale, devant quelques spectateurs. C’était agréable de les avoir. Je sais que beaucoup de gens perdent leur emploi et plus encore. Je ne peux qu’apprécier que nous soyons capables de jouer. Avec tous les tournois annulés en 2020, ce n’est pas facile pour les joueurs… »

Petra Kvitova RG

La pandémie, le contexte, tout cela fait-il baisser la pression sportive ?

« Je ne sais pas. J’ai terminé ma saison 2020 à Paris et je n’ai pas rejoué depuis. Je m’entraîne plus qu’autre chose. J’ai beaucoup travaillé, je suis allée à Dubaï pendant 12 jours pour ma préparation physique. Je sais que la pression sera toujours là. Mais j’ai hâte d’y être ».

Vous attendez-vous finalement à ce que cela vous fasse drôle de jouer devant des publics massifs en Australie ?

« Je ne sais pas. J’y pensais récemment, c’est vrai que la présence des fans va à nouveau rendre tout cela vraiment différent. Je pense que ça va me donner la chair de poule. C’est étrange en ce moment quand j’y pense, mais j’aimerais vraiment voir du public dans les tribunes ».

Enfin, quels sont vos attentes et objectifs pour 2021 ?

« J’aimerais rester en bonne santé, et produire du bon tennis, comme j’ai essayé de le faire toute ma carrière. Mais il y a quatre ou cinq objectifs cette année, avec les Jeux Olympiques, et les quatre tournois du Grand Chelem également. Bien jouer lors de ces grands événements me rendrait heureuse ».

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