4 mai 1980 : Le jour où Connors a gagné son seul titre en trois ans au WCT

Chaque jour, Tennis Majors remonte le temps pour revenir sur un événement marquant pour la planète tennis. Le 4 mai 1980, Jimmy Connors bat John McEnroe à Dallas, en finale du World Championship Tennis, un tournoi aujourd’hui disparu.

Jimmy Connors, On this day

Ce qui s’est passé ce jour-là et pourquoi cela a marqué l’histoire du tennis

Le 4 mai 1980, à l’issue d’un nouvel épisode de leur rivalité, Jimmy Connors bat John McEnroe (2-6, 7-6, 6-1, 6-2) à Dallas, en finale du World Championship Tennis, qui se déroule pour la première fois à la Reunion Arena devant 16 000 spectateurs. Il devient le deuxième joueur, après Ken Rosewall en 1972, à remporter deux fois cette épreuve aujourd’hui disparue, mais alors très prestigieuse et considérée comme un authentique « Championnat du monde ». C’est le seul grand titre glané par Connors entre 1979 et 1981, alors qu’il semblait dépassé par une nouvelle génération de joueurs, avant ses derniers grands trophées de 1982 et 1983.

Les personnages

  • Jimmy Connors, l’ancien boss

Jimmy Connors, né en 1952, est l’un des plus grands joueurs de son temps. Coaché depuis toujours par sa mère Gloria, Connors est l’un des premiers joueurs à jouer à plat et en cadence depuis la ligne de fond de court. Sa manière de frapper la balle montante inspirera beaucoup les futures générations. « Jimbo », passé pro en 1972 à vingt ans, est devenu numéro 1 mondial dès 1974. Cette année-là, il avait gagné trois des quatre tournois du Grand Chelem, et avait été interdit de participation à Roland-Garros en raison d’une procédure judiciaire qu’il avait lancée contre l’ATP.

Il est resté numéro 1 mondial pendant une durée record de 160 semaines consécutives, entre 1974 et 1977. Après avoir cédé son trône à Björn Borg le 23 août 1977, pour une semaine seulement (!), il l’avait récupéré pour 84 semaines supplémentaires, jusqu’au printemps 1979. Il a pour l’instant décroché cinq titres du Grand Chelem : l’Open d’Australie (1974), Wimbledon (1974) et l’US Open (1974, 1976, 1978).

Jimmy Connors during 1979 French Open

Depuis 1979, Connors n’a pas obtenu des résultats comparables à ceux de ses grandes années. Il n’a pas atteint une finale de Grand Chelem depuis l’US Open 1978, mais il est tout de même encore classé 3e mondial. Son jeune rival McEnroe a même déclaré de façon provocante qu’il aimerait bien savoir comment cela aurait été d’affronter Connors “à son apogée”.

  • John McEnroe, le jeune prodige

John McEnroe, né en 1959, vient juste de devenir numéro 1 mondial. Le gaucher de New York a ébloui le monde du tennis dès ses premiers pas sur le circuit, en 1977, lorsqu’à l’âge de 17 ans, il s’était aligné à Wimbledon en tant qu’amateur pour s’extraire des qualifications et atteindre les demi-finales. « Mac » est extrêmement talentueux. Son jeu est basé sur le toucher de balle et la précision, le tout agrémenté d’un service aussi original qu’efficace, souvent suivi au filet. En 1979, il est devenu le plus jeune vainqueur de l’histoire de l’US Open en battant en finale Vitas Gerulaitis (7-5, 6-3, 6-3). Il a également créé la surprise cette année-là en venant à bout de Björn Borg (7-5, 4-6, 6-2, 7-6) en finale du World Championship Tennis.

Connors et McEnroe sont célèbres pour leur comportement, qui choque le monde bien propre et policé du tennis. Ils sont parfois vulgaires – Connors montrant un doigt d’honneur à un juge de ligne ou mettant sa raquette entre ses jambes de manière évocatrice. Leurs querelles avec le corps arbitral sont routinières. S’ajoute quelque chose de personnel dans leur rivalité. Les deux joueurs ne s’apprécient guère, ils sont bien plus que de simples adversaires au tennis. Ils vont jusqu’à s’invectiver sur le court, parfois violemment. Tout ceci contribue à faire un événement de chacune de leurs confrontations. C’est leur douzième affrontement, et Connors mène pour le moment 7-4.

Le lieu : La Reunion Arena, de Dallas

Ces dix dernières années, la finale du WCT est devenue l’un des tournois les plus prestigieux du monde, juste après les tournois du Grand Chelem. Il est même plus couru que l’Open d’Australie, auquel les meilleurs mondiaux ne participent que rarement. Ken Rosewall et Rod Laver y ont disputé deux finales mémorables, en 1971 et 1972, toutes les deux gagnées par Rosewall. Au palmarès, on trouve des noms tels que Stan Smith, John Newcombe, Arthur Ashe, Björn Borg… Les finales du WCT, semblables à un Masters spécifique à ce circuit, ont lieu chaque année au printemps, en indoor, à seulement quelques semaines de Roland-Garros.

En 1980, le fondateur du WCT, Lamar Hunt, a décidé de déplacer l’événement, qui se tenait jusqu’à présent au Moody Colosseum (7000 places), pour investir la Reunion Arena à Dallas, une salle généralement consacrée au basket-ball, d’une capacité de plus de 16000 places.

L’histoire

Cette année, malgré le prestige de l’événement, certains des meilleurs joueurs du monde, tels Borg, Tanner ou Gerulaitis, ont choisi de disputer de lucratives exhibitions au lieu des tournois qualificatifs du WCT. Il y a donc seulement deux candidats sérieux au titre : le tenant du titre John McEnroe, et l’ancien numéro 1 mondial Jimmy Connors. Abstraction faite d’un set lâché par McEnoe en demi-finale contre Johan Kriek (6-4, 4-6, 7-6, 6-3), les deux joueurs atteignent la finale sans encombre.

Sur le papier, «Mac » est favori. Après tout, il vient juste d’accéder à la place de numéro 1 mondial, tandis que Connors, par rapport à ses standards habituels, n’a pas connu une grande année 1979. Cependant, McEnroe est en difficulté, suggérant lui-même dans Sports Illustrated qu’il a peut-être trop joué ces derniers temps :

« J’ai du mal à me lever pour aller jouer. J’ai disputé tellement de tournois, ils finissent par tous se ressembler. »

Pendant ce temps Connors paraît très affûté, comme il le confirme lui-même :

« Je joue exactement comme je voudrais jouer, je suis satisfait. Et je ne suis satisfait que si je joue à la perfection. »

Il y a pour lui beaucoup plus d’enjeu que la simple conquête d’un nouveau titre. Il est déterminé à contredire les joueurs et observateurs qui le disent sur le déclin. Il veut montrer à tout le monde qu’il peut toujours prétendre à des titres majeurs et à cette place de numéro 1 mondial qu’il a occupée si longtemps avant de la céder à Bjorn Borg en 1979.

Mais dans le premier set, malgré la grande forme et la motivation de Jimbo, McEnroe est simplement trop fort. Il ne perd que quatre points sur ses engagements, se détache rapidement et empoche la première manche, 6-2. Connors attend sa chance ; il fait rapidement le break au deuxième set. Il ne parvient pas à conserver cette avance et McEnroe l’amène au jeu au décisif. Connors fait la différence dans ce tie-break grâce à ses passings de revers et égalise à une manche partout. Il prend alors l’avantage psychologique, et l’Américain de 27 ans gagne facilement les deux sets suivants, 6-2, 6-1.

C’est ainsi que Connors remporte son seul grand titre de la saison 1980, et met les choses au point :

« Je ne suis pas vraiment en train de battre en retraite. Mac voulait savoir comment je jouais à mon meilleur niveau… eh bien voilà. »

La postérité de ce moment

Les deux stars américaines s’affronteront encore à 22 reprises. Leur match le plus marquant, disputé la même année, restera une demi-finale théâtrale disputée à l’US Open, remportée par McEnroe au tie-break du cinquième set (6-4, 5-7, 0-6, 6-3, 7-6).  Ils croiseront notamment le fer en finale de Wimbledon en 1982 (victoire de Connors) et en 1984 (victoire de McEnroe). Leur dernière rencontre sur le circuit aura lieu à Bâle en 1991. Un dernier épisode qui verra McEnroe s’imposer (6-3, 6-3). Leur rivalité restera comme l’une des plus populaires de l’histoire du tennis, pour l’âpreté et le niveau de jeu exceptionnel de leurs combats, mais aussi en raison du conflit permanent entre les deux joueurs, et de leur implication émotionnelle.

Le circuit WCT et ses fameuses finales conserveront leur statut d’événement tennistique majeur jusqu’au milieu des années 80. A partir de 1985, avec la concurrence entre les circuits, et l’émergence d’un Open d’Australie déterminé à redevenir un Grand Chelem « à part entière » attirant chaque année les meilleurs joueurs, le circuit WCT perdra progressivement de son aura. En 1990, lorsque l’ATP établira son propre circuit, le WCT sera dissous. Son souvenir s’évanouira lentement, au point que, des années plus tard, beaucoup d’amateurs de tennis auront totalement oublié ce Championnat du Monde de tennis qui avait lieu au Texas, chaque année, en salle, comme une sorte de Masters printanier.

En ce qui concerne Connors, celui lui prendra un certain temps, mais il parviendra effectivement à remporter de nouveaux tournois du Grand Chelem et à reconquérir la place de numéro 1 mondial, en 1982 et 1983. Il ajoutera trois Grands Chelems à son palmarès, portant son total à huit : Wimbledon en 1982, puis l’US Open en 1982 et en 1983. Il restera dans le Top 10 jusqu’en 1987, alors âgé de 37 ans. A la fin de sa longue carrière, il détiendra le record de 109 titres remportés sur le circuit. Connors prendra sa retraite en 1992, malgré de rares apparitions ultérieures.

McEnroe gagnera quant à lui sept titres du Grand Chelem au cours de sa carrière. En 1984, sa meilleure saison, il s’imposera à Wimbledon et à l’US Open. Cette année-là, il passera près du titre à Roland-Garros où il mènera deux manches à rien avant de s’incliner contre Ivan Lendl dans ce qui restera l’un des matches de tennis les plus célèbres de tous les temps.

1984 French Open winner Ivan Lendl and runner-up John McEnroe

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