29 mars 1998 : Le jour où Rios est devenu numéro un mondial

Marcelo Rios est le premier joueur sud-américain à avoir été N.1 mondial, le devenant le 29 mars 1998, suite à sa victoire sur Andre Agassi en finale à Miami. Mais le Chilien restera aussi comme le seul N.1 de l’histoire à ne jamais avoir remporté de titre du Grand Chelem en carrière.

Ce qu’il s’est passé ce jour-là : Rios, à jamais le premier

Le 29 mars 1998, Marcelo Rios domine Andre Agassi en finale du tournoi de Miami (7-5, 6-3, 6-4), devenant du même coup le premier joueur sud-américain à atteindre la première place mondiale. Il est également le deuxième joueur de l’histoire du tennis, après Ivan Lendl, à atteindre la première place sans avoir remporté auparavant un tournoi du Grand Chelem. Le Chilien, finaliste de l’Open d’Australie deux mois auparavant, joue le meilleur tennis de sa carrière pour triompher à Indian Wells et à Miami. Un exploit qui n’avait été réalisé que par trois joueurs avant lui.

Les acteurs : Rios – Agassi, duel de fantasques aux trajectoires différentes

Né en 1975, Marcelo Rios, surnommé « El Chino », est connu pour être un joueur très prometteur et divertissant depuis 1994, année où, à l’âge de 17 ans, il donne du fil à retordre au N.1 mondial Pete Sampras à Roland-Garros (défaite 7-6, 7-6, 6-4). L’année suivante, il remporte son premier titre, à Bologne (en battant Marcelo Filippini en finale, 6-4, 6-2), et ajoute bientôt deux autres trophées à son palmarès (à Amsterdam et à Kuala Lumpur). En 1996, Rios atteint les demi-finales à Indian Wells, Monte-Carlo et Toronto, devenant ainsi le premier joueur de tennis chilien à entrer dans le Top 10. En 1997, le natif de Santiago remporte son premier Masters 1000, à Monte-Carlo, en battant Alex Corretja en finale (6-4, 6-3, 6-3). Il dispute aussi la finale du Masters 1000 de Rome et atteint les quarts de finale de l’Open d’Australie et de l’US Open.

Grimpant jusqu’à la sixième place mondiale, Rios termine l’année à la dixième place mondiale et commence 1998 en trombe, atteignant la finale de l’Open d’Australie (perdue contre Petr Korda, 6-2, 6-2, 6-2) avant de triompher à Indian Wells. Il est désormais 3e mondial et pourrait atteindre le sommet du classement s’il remportait l’Open de Miami. Connu pour son style de jeu fluide et son grand toucher de balle, il est également réputé pour son mauvais caractère, notamment à l’égard des fans et des journalistes : Rios est très réticent à signer des autographes et il est presque impossible d’obtenir quoi que ce soit de lui lors des interviews, si ce n’est des marmonnements et des injures.

Andre Agassi, le Kid de Las Vegas, est une légende du tennis. Passé pro en 1986, il devient rapidement l’une des plus grandes stars de son sport, grâce à son talen,t mais aussi à ses tenues vestimentaires originales, dont l’emblématique short en jean et le cycliste rose. Initié au tennis par son père puis élevé à l’académie de Nick Bollettieri, il dispose d’un excellent retour de service (le meilleur de son temps), et son jeu consiste à frapper la balle montante avec une force incroyable, ce qui est révolutionnaire à l’époque et inspirera des générations entières de tennismen. Après trois défaites en finale de Grand Chelem, une à l’US Open en 1990 et deux à Roland-Garros (1990 et 1991), Agassi remporte son premier tournoi majeur à Wimbledon en 1992, en battant en finale le grand serveur Goran Ivanisevic (6-7, 6-4, 6-4, 1-6, 6-4).

Andre Agassi, Wimbledon, 1992

Il ajoute ensuite l’US Open 1994 à son palmarès, puis l’Open d’Australie 1995, où il bat son rival Pete Sampras en finale de Grand Chelem pour la seule et unique fois (4-6, 6-1, 7-6, 6-4). Il devient numéro 1 mondial peu après, le 10 avril 1995, pour une première période de 30 semaines. En 1996 et 1997, malgré une médaille d’or obtenue aux Jeux Olympiques d’Atlanta, Agassi traverse une mauvaise passe et descend jusqu’à la 141e place mondiale. Faisant preuve d’une grande humilité, il retourne sur le circuit Challenger à la fin 1997 pour reprendre confiance. Il semble bien de retour en 1998, passant de la 110e à la 31e place mondiale en seulement cinq tournois, remportant deux titres à Scottsdale et San Jose, où il bat au passage Sampras en finale (6-2, 6-4).

Le lieu : Miami, le plus grand des autres

L’Open de tennis de Miami, qui s’appelle à l’origine le Lipton International Players Championship, a lieu pour la première fois en 1985, à Delray Beach, dans l’idée d’être le premier grand événement de tennis de l’année (à l’époque, l’Open d’Australie se tient au mois de décembre). Le tournoi déménage à Key Biscayne en 1987, et Miloslav Mecir est le premier à y triompher. Les joueurs s’y affrontent sur des courts en dur assez lents, dans une chaleur et une humidité extrêmes. Néanmoins, avec une dotation exceptionnelle et un tableau de 96 joueurs, il est considéré en 1998 comme l’un des plus grands tournois de tennis au monde, en dehors des Grands Chelems. Andre Agassi s’y est déjà imposé en 1990, en 1995 et en 1996.

L’histoire : Rios sur son nuage et trop solide pour Agassi

La finale de Miami 1998 met à l’affiche deux des joueurs les plus excitants du début de saison : Marcelo Rios, 22 ans, qui semble avoir maîtrisé son tempérament et joue désormais à la hauteur de son incroyable potentiel, et Andre Agassi, qui revient de très loin et est passé du 141e rang mondial à la fin de 1997 à la 31e place, en seulement quatre mois.

Bien qu’ils soient tous deux des joueurs de fond de court, qui aiment prendre la balle tôt, leurs styles de jeu diffèrent. Agassi est capable frapper la balle beaucoup plus fort, tandis que Rios s’appuie davantage sur son anticipation, son toucher et sa capacité à surprendre l’adversaire en trouvant des angles improbables.

Cette finale est extrêmement importante pour le Chilien. Bien qu’il ait commencé l’année à la 10e place mondiale, ses excellents résultats, combinés aux difficultés de Pete Sampras au cours des premiers mois de 1998, font de lui un prétendant à la première place mondiale. Ce scénario semblait encore très improbable quelques semaines auparavant. Mais Rios, jouant le meilleur tennis de sa carrière, a rendu la chose possible en remportant le titre à Indian Wells, où il a surclassé Greg Rusedski en finale (6-3, 6-7, 7-6, 6-4). Désormais, s’il parvient à battre Agassi, il atteindra le sommet du classement dès le lundi suivant.

Rios, récemment nommé par Sports Illustrated « joueur le plus détesté du circuit », bénéficie du soutien bruyant d’un groupe de supporters chiliens du premier au dernier point d’un match presque parfait. « El Chino » surclasse Agassi dans tous les domaines du jeu, distribuant pas moins de 46 coups gagnants, contre 22 pour l’Américain. Rios est bien aidé par son excellente performance au service, avec un total inhabituel pour lui de 13 aces et 75% de réussite derrière son premier service, et ce contre le meilleur relanceur au monde. Agassi ne se procure qu’une seule balle de break, qu’il ne parvient pas à convertir, dans le premier set.

Rios s’impose, 7-5, 6-3, 6-4, déclenchant des célébrations dans les rues du Chili, où tous ses matchs ont été largement suivis à la télévision. Il est seulement le quatrième joueur à réaliser le « Sunshine Double » (gagner à Indian Wells et Miami), après Jim Courier, Michael Chang et Pete Sampras. Mais surtout, il est N.1 mondial.

« Gagner ici, et battre Agassi en finale, l’ancien N.1, je ne peux pas demander mieux. Être le meilleur joueur du monde, pour le Chili, ce n’est pas quelque chose de normal », déclare Rios, dans des propos rapportés par le New York Times. « Je me sens vraiment fier ».

Agassi rend hommage à la prestation de son adversaire.

« C’est un joueur sur qui il va falloir compter. Je pensais pouvoir le faire reculer dans les bâches, mais le fait est qu’il ne joue pas comme un joueur de sa taille, il se déplace bien, il sert mieux que ce à quoi vous vous attendez, et vous ne pouvez pas espérer qu’il rate. Il vous oblige à réfléchir, il vous oblige à bouger, il vous oblige à bien frapper. »

Le Kid de Las Vegas ajoute que, pour être le N.1 mondial aux yeux des autres joueurs, la prochaine étape pour Rios est de gagner un Grand Chelem.

La postérité du moment : Pas de Grand Chelem pour Rios, retour au sommet pour Agassi

L’ascension de Marcelo Rios à la première place mondiale fera de lui l’une des plus grandes stars de l’histoire du sport chilien. À son retour à Santiago, une réception sera organisée, conduisant Rios auprès du président chilien Eduardo Frei Ruiz-Tagle, au palais de La Moneda.

« Nous n’avons pas beaucoup de sportifs au Chili, alors être N.1 au tennis était assez important », dira Rios à l’ATP, 20 ans plus tard.

Souffrant d’une blessure au coude, Rios ne disputera que trois matches en tant que N.1 mondial, une place qu’il n’occupera que pendant six semaines au total. Contrairement à Ivan Lendl, qui, après avoir atteint la première place, avait remporté de nombreux tournois du Grand Chelem, Rios restera le seul N.1 mondial de l’histoire du tennis à ne jamais soulever de trophée majeur. En 1999, il deviendra malgré tout le premier joueur de l’histoire du tennis à remporter les trois tournois Masters 1000 sur terre battue. Il restera dans le Top 10 jusqu’en avril 2000, avant qu’une série de blessures ne l’empêche de rejouer une saison entière sur le circuit. Il prendra sa retraite en 2004, à seulement 28 ans.

Andre Agassi terminera l’année au sixième rang mondial, malgré des résultats en Grand Chelem décevants. En juin 1999, il triomphera enfin à Roland-Garros, en battant Andrei Medvedev en cinq sets (1-6, 2-6, 6-4, 6-3, 6-4), réalisant ainsi le Grand Chelem en carrière. Il sera ensuite finaliste malheureux à Wimbledon (battu par Pete Sampras 6-3, 6-4, 7-5) et remportera un autre titre du Grand Chelem à Flushing Meadows, en battant Todd Martin en finale (6-4, 6-7, 6-7, 6-3, 6-2). Grâce à ce deuxième titre à l’US Open, Agassi récupèrera la place de numéro 1 mondial, plus de trois ans après l’avoir perdue.

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