Osaka suit l’exemple de ses aînés : Ces joueurs et joueuses engagés pour des causes sociétales

Alors que Coco Gauff et Naomi Osaka ont pris position contre le racisme et les violences policières après la mort de George Floyd, Tennis Majors passe en revue les joueurs et joueuses qui ont utilisé leur stature au service de causes en dehors des courts.

Naomi Osaka, Brisbane, 2020

La mort tragique de George Floyd, tué par un policier à Minneapolis, avait fait réagir Coco Gauff et Naomi Osaka en mai. Dans la foulée du drame, toutes deux s’étaient insurgées sur les réseaux sociaux contre le racisme et les violences policières, et Osaka a même manifesté dans la rue. La Japonaise a de nouveau démontré à quel point était elle était en première ligne dans le combat sociétal actuellement en cours aux Etats-Unis contre les violences policières, suite à l’affaire Jacob Blake, grièvement blessé après avoir reçu sept balles dans le dos de la part d’un policier. Osaka a emboîté le pas du mouvement de grève impulsé par les joueurs NBA au beau milieu des play-offs pour indiquer qu’elle ne disputerait pas sa demi-finale du tournoi de Cincinnati, programmée ce jeudi. Dans la foulée, le Western & Southern Open a annoncé sa suspension pour une journée.

Avant elles, d’autres illustres joueurs et joueuses ont pris des positions courageuses face à des injustices sociales.

Les historiques :

Billie Jean King

L’ancien numéro une mondiale a été une défenseure infatigable des droits des femmes. Elle a mené un combat remarquable pour l’égalité hommes-femmes dans le tennis et la reconnaissance du tennis féminin, comme nous vous le rappelions dans notre série sur l’histoire de la gouvernance du tennis mondial. Un combat qui s’est inscrit ensuite bien au-delà du tennis. Elle continue de s’engager énormément et prend régulièrement la parole publiquement. En 2009, elle a reçu la médaille présidentielle de la Liberté pour son action.

Arthur Ashe

L’Américain a longtemps été un défenseur des droits de l’homme et de l’égalité entre les personnes. Autant qu’un modèle pour les athlètes du monde entier.

 » Avec ce que nous avons, nous pouvons survivre, avec ce que nous donnons, nous pouvons vivre », déclarait Arthur Ashe.

Au début de sa carrière, l’Américain ne se mettait pas trop en avant et était un champion discret. Mais son parcours de vie l’a transformé en un leader de grande envergure. Ashe a consacré une grande partie de sa vie à dénoncer l’apartheid et a même été arrêté en 1985, pour avoir protesté devant l’ambassade d’Afrique du Sud à Washington.

Voici l’une de ses phrases mythiques, qui atteste de la grandeur de l’homme qu’il était :

« L’héroïsme véritable est remarquablement sobre, très banal. Ce n’est pas l’envie de surpasser tous les autres à n’importe quel prix, mais l’envie de servir les autres à n’importe quel prix. »

Martina Navratilova

Avec une grande franchise et une remarquable honnêteté, Martina Navratilova défend depuis longtemps le mouvement LBGTQ+ . Elle utilise les réseaux sociaux pour sensibiliser les gens et libérer la parole. Cette année, en marge de l’Open d’Australie, Navratilova et John McEnroe ont dénoncé l’homophobie de Margaret Court. Ils ont demandé que la Margaret Court Arena soit rebaptisée « Evonne Goolagong Arena ».

Serena Williams

Le simple fait que Serena Williams soit la plus grande athlète de tous les temps, tous sports confondus, fait d’elle une incroyable source d’inspiration pour la communauté afro-américaine, les athlètes noirs et les femmes partout dans le monde. Mais Serena ne s’en est jamais contentée. Elle a plusieurs fois utilisé sa notoriété pour défendre des causes qui lui sont chères. La joueuse aux 23 titres du Grand Chelem s’est insurgée contre les violences policières contre les Noirs et, après avoir donné naissance à sa fille Alexis Olympia, elle s’est engagée pour défendre la santé des mères et leurs droits au travail. Elle s’est également prononcée contre les violences domestiques.

Venus Williams 

L’héritière de Billie Jean King. Cette dernière a engagé la lutte pour l’égalité hommes-femmes, mais n’aurait pas gagné la bataille sans l’engagement féroce de Venus Williams dans le tennis, notamment au sujet du prize-money. À la veille de son titre à Wimbledon en 2005, Williams a fait appel au comité du Grand Chelem. L’année suivante, elle a rédigé une poignante tribune dans le London Times, appelant à l’égalité des primes à Wimbledon. Seul Grand Chelem à ne pas l’avoir accordé, le All England Club a fini par céder. Et après avoir remporté le titre en 2007, Venus est devenue la première femme à recevoir la même dotation que le vainqueur du simple hommes. Tout un symbole.

Yannick Noah

Une figure sur et en dehors du terrain. Seul Français à avoir remporté un titre du Grand Chelem en simple dans l’ère Open, à Roland-Garros 1983, Noah a été profondément inspiré par Arthur Ashe, qui l’a découvert au Cameroun dans les années 1970. Noah a commencé son combat contre la pauvreté et pour la tolérance en 1988 avec « Les Enfants de la Terre », association fondée par sa mère. Ensuite avec sa propre association, « Fête le Mur », qui promeut l’éducation avec le tennis dans les quartiers les plus pauvres des banlieues. Fondée en 1996, « Fête le Mur » est plus active que jamais. Noah prend fréquemment la parole en faveur de la tolérance.

Andy Murray

L’Écossais a énormement oeuvré pour promouvoir le sport féminin et légitimer la place des femmes dans le sport de haut niveau. Premier top joueur à choisir une femme comme entraîneur (Amélie Mauresmo-, Murray a bousculé les codes avec panache. Il avait expliqué son choix dans une tribune, puis a continué à le faire, notamment dans une interview au magazine ELLE US, après que Mauresmo ait été victime de nombreuses critiques :

« Avec Amélie, les questions que l’on me posait la plupart du temps si je perdais un match concernaient notre relation, dit l’Écossais. On l’a tenue pour responsable, alors que ce n’était pas le cas avec mes entraîneurs précédents. Que votre entraîneur soit un homme ou une femme ne doit pas être sujet à polémique. »

À de nombreuses reprises, dans sa carrière, Murray s’est prononcé en faveur d’une plus grande place pour les femmes dans le sport, et s’est insurgé contre le sexisme. Il s’est même déclaré ouvertement féministe. Le triple vainqueur en Grand Chelem a notamment rétorqué à un journaliste en 2017:

« Suis-je devenue féministe ? Eh bien, si être féministe, c’est se battre pour qu’une femme soit traitée comme un homme, alors oui, je suppose que je l’ai été. »

Althea Gibson

Une discrète pionnière. Première joueuse noire à remporter un Grand Chelem, à Wimbledon en 1956, Althea Gibson n’aimait pas la lumière et ne voulait pas trop se mettre en avant. Mais ses exploits ont ouvert la voie à des athlètes comme Arthur Ashe, Venus et Serena Williams.

« Si elle n’avait pas été là, dit Billie Jean King, gagnante de 12 titres du Grand Chelem en simple, cela n’aurait pas été aussi facile pour Arthur (Ashe) ou ceux qui ont suivi ».

Les jeunes :

Coco Gauff

Moins d’un an après son éclosion au plus haut niveau, la jeune fille de 16 ans, très populaire, est déjà consciente de l’importance d’être plus qu’une simple joueuse de tennis. La semaine dernière, elle promettait de mettre sa notoriété au service du bien. Et voici sa réponse poignante aux événements de cette semaine au Minnesota. Une championne bluffante de maturité.

Naomi Osaka

« Si vous n’êtes engagé pour rien, vous tombez pour tout », a t-elle posté sur Instagram samedi. Lauréate de deux titres du Grand Chelem, Naomi Osaka est récemment devenue la femme la mieux payée de l’histoire sur une saison. Mais elle est bien plus qu’une machine à cash. Ce week-end, Osaka s’est engagés contre le racisme et a participé aux manifestations à Minneapolis contre les violences policières et le racisme aux États-Unis.

Madison Keys

Lassée par le harcèlement en ligne dont elle est victime, et consciente que son statut de joueuse de tennis de haut niveau lui confère une énorme influence, Keys s’engage pour plus de respect et de sécurité sur le web. L’Américaine a lancé Fearlessly Girl USA, qu’elle a depuis transformé en sa propre entreprise à but non lucratif, KindnessWins.org.

Nicole Gibbs

Sa biographie sur Twitter commence par une citation de Martin Luther King, Jr : « Nos vies commencent à finir le jour où nous devenons silencieux à propos des choses qui comptent. » Aussi passionnée par la politique que par le tennis, Gibbs est une activiste autoproclamée. Elle tire profit de son audience grandissante sur les réseaux sociaux pour exprimer ses opinions sur le réchauffement climatique, le contrôle des armes à feu et défend le mouvement Black Lives Matter.

Noah Rubin

À une époque où les problèmes de santé mentale sont davantage médiatisés et considérés dans le monde entier, Rubin contribue à ce mouvement dans le tennis. Le joueur américain a lancé sur Instagram « Behind the Racquet », un format pour permettre aux joueurs de partager leurs histoires, leurs douleurs, leurs frustrations. Un peu plus d’un an plus tard, le compte s’est transformé en un site web, et les problèmes de santé mentale des stars du tennis ne sont plus tabous.

Laura Robson

Le détail qui compte. En 2012, à l’Open d’Australie, la Britannique se présente sur le court avec un ruban arc-en-ciel et invite les autres joueurs à en faire de même, après des propos homophobes tenus par Margaret Court.

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