L’Open d’Australie 2021, épreuve physique extrême

Cet Open d’Australie 2021 est marqué par la série de blessures aux abdominaux chez les hommes et des problèmes de condition physique chez de nombreux participants. La donnée physique sera au cœur de cette saison particulière.

Nova

L’Open d’Australie s’enorgueillit depuis longtemps d’être le « Happy Slam », mais il aime aussi se considérer comme le plus difficile des quatre tournois du Grand Chelem. La chaleur, souvent brutale, rendrait cet enchaînement de sept victoires sur deux semaines encore plus difficile que sur la terre battue de Roland-Garros, selon les Australiens les plus objectifs.

Mais bien que le temps ait été plutôt doux par rapport aux normales de saison à Melbourne durant la première semaine, les corps souffrent plus que jamais. Pas à cause de la chaleur mais d’authentiques blessures. La quarantaine imposée après l’atterrissage des avions à Melbourne et Adélaïde y est évidemment pour beaucoup.

Les abdominaux douloureux de Berrettini, Ruud, Djokovic, Zverev et Carreño Busta

Chaque tournoi a son lot de blessés, mais chez les hommes, une proportion inhabituelle de joueurs sont touchés cette année aux abdominaux. Matteo Berrettini et Casper Ruud se sont tout deux retirés lundi en huitième de finale en raison de blessures dans cette zone, tandis que les douleurs de Novak Djokovic – qui semble aller mieux – font les gros titres depuis vendredi. Alexander Zverev, l’adversaire de Djokovic en quarts de finale mardi, aurait également des problèmes similaires, tandis que Pablo Carreño Busta a abandonné en plein match à cause de douleurs indépassables aux abdominaux.

Aucun des cinq joueurs mentionnés ci-dessus n’a connu un confinement strict, qui en a vu 72 autres empêchés de quitter leur chambre pendant quatorze jours à cause de cas positifs enregistrés dans leur avion. Le stress d’une quarantaine inhabituelle et des test permanents, la préparation réduite et le fait de jouer au meilleur des cinq sets très peu de temps après, tout ceci explique de façon plausible cet état de fait.

Dans le tableau féminin, Johanna Konta s’est retirée pour une blessure aux abdominaux alors que plus de joueuses que d’habitude semblent être strappées, y compris la numéro un mondiale Ashleigh Barty.

 

Ash Barty Australian Open 2021

Nadal et sa déchirure aux abdominaux de 2009

Rafael Nadal, qui soignait une blessure au bas du dos pendant la phase de préparation et qui n’a donc pas joué l’ATP Cup, n’a plus à se débattre avec cette tension avant son quart de finale face à Stefanos Tsitsipas mercredi (9h30 en France). Mais Nadal sait à quel point il est difficile d’appréhender les blessures pendant un Grand Chelem.

« Cela dépend du type de blessure que vous avez », a-t-il analysé. « (Si) vous avez quelque chose de cassé, (si) vous avez une tension abdominale… J’ai connu cela dans le passé, et vous pouvez faire des erreurs parce qu’il est impossible de savoir exactement ce qui se passe quand vous êtes en compétition… Par exemple, je me souviens qu’à l’US Open 2009, j’ai commencé le tournoi avec une élongation, je crois, au niveaux des abdominaux. J’ai commencé avec environ six millimètres de déchirure et j’ai fini le tournoi (en demi-finale contre Del Potro) avec 26 millimètres. Bien sûr, ce n’était pas une décision intelligente de jouer comme ça. »

Le numéro un mondial Novak Djokovic s’est dit déterminé à tout tenter pour remporter le tournoi, y compris à prendre le risque, à ses yeux minimes, d’une aggravation. Pour lui, tenter de remporter une neuvième couronne à l’Open d’Australie et un 18e titre du Grand Chelem justifiait la prise de risques. Il fera un break après le Grand Chelem australien pour se remettre.

Nadal : « Si vous être vraiment blessé, vous ne pouvez pas gagner »

« Tout dépend de la blessure », nous répète Nadal, mais il considère que si le joueur ou la joueuse est vraiment touché, les chances de remporter un Grand Chelem sont au mieux symboliques.

« Vous devez trouver un équilibre, mais bien sûr, à ce stade de ma carrière, s’il y a une grande chance d’augmenter une grosse blessure, je ne jouerai probablement pas parce que pour moi, le bonheur est beaucoup plus important que de me donner une chance de gagner, et en même temps, si vous êtes mauvais, vous ne gagnerez pas. »

« Si vous avez vraiment des problèmes physiques, vous ne gagnerez pas. Si vous avez une certaine douleur et que cela ne vous met pas dans une situation qui vous limite, les mouvements, peut-être que vous pouvez trouver un moyen. Mais si vous avez vraiment, vraiment une blessure, il est impossible de gagner un tournoi comme celui-ci. »

Illustration avec Matteo Berrettini. L’Italien s’est blessé à la fin du troisième set contre Karen Khachanov. Un match qu’il a finalement réussi à remporter. Mais deux jours plus tard, il a dû déclarer forfait avant son huitième de finale contre Stefano Tsitsipas en huitièmes de finale. Ruud, lui, a tenu deux sets de son match contre Andrey Rublev avant de jeter l’éponge.

Le risque d’une plus grosse blessure

Berrettini, qui avait fait forte impression lors de l’ATP Cup, battant notamment Thiem, ainsi que lors de ses premiers tours à l’Open d’Australie, a préféré ne pas aggraver sa blessure aux abdominaux.

« Je pensais que ce n’était pas très important, mais le lendemain, quand je me suis réveillé, j’ai senti que ça l’était », a-t-il dit. J’ai donc échangé avec les médecins et ils m’ont dit que mon état pouvait vraiment empirer, et que ça ne valait pas la peine d’essayer. De toute évidence, je ne suis pas à 100%. Pour battre ce genre d’adversaires, vous devez être à 100%. Je pense que ce n’est pas vraiment professionnel de jouer quand vous n’êtes pas dans votre meilleure forme.

Berrettini Australian Open 2021

Face aux circonstances, l’idée format raccourci avait été évoquée, peut-être en réduisant les premiers tours au meilleur des trois sets. Le patron de Tennis Australia, par ailleurs directeur du tournoi, Craig Tiley, n’y avait pas donné suite.

On ne saura jamais si ces blessures auraient eu lieu avec un tel règlement, mais cette quinzaine enseigne que le prestige d’un titre du Grand Chelem, un « vrai », peut pousser les meilleurs dans leurs plus grands retranchements. C’est ce que Novak Djokovic a expliqué dimanche.

« Si ça avait été un tournoi autre qu’un Grand Chelem, j’aurais déclaré forfait. Je veux toujours donner mon meilleur parce que c’est un Grand Chelem. »

Adapté de l’anglais par Victor Lengronne

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