Osaka se retire de Roland-Garros en rendant publics des épisodes dépressifs

Naomi Osaka écoute la polémique de ses conférences de presse en quittant Roland-Garros et en révélant un terrain dépressif.

La crise qui secoue depuis jeudi Roland-Garros autour de l’absence récurrente de Naomi Osaka aux conférences de presse a connu ce lundi une issue à peine imaginable ce week-end, quand sa décision était commentée avec scepticisme, notamment par ses pairs : la numéro 2 mondiale a décidé de se retirer du tableau féminin.

En substance, dit Osaka, elle le fait pour le bien de tout le monde, en commençant par le sien, puisqu’elle révèle au passage qu’elle avait souffert de dépression après ses premiers triomphes en 2018. Elle laisse aussi entendre qu’elle souhaite prendre soin d’elle à un moment où elle se sent à nouveau vulnérable. La numéro 2 mondiale ne donne aucune date de retour sur les courts.

“Je pense que la meilleure chose pour le tournoi, les autres joueurs et mon bien-être sont que je me retire du tournoi afin que tout le monde puisse à nouveau se concentrer sur le tennis à Paris”, a communiqué Naomi Osaka lundi autour de 20 heures françaises sur ses réseaux sociaux. “Je n’ai jamais voulu être une distraction pour quiconque et j’admets que mon message aurait pu être plus clair”, concède-t-elle.

Sans précédent connu, radicale au possible, la décision de la Japonaise était devenue une issue envisageable depuis que, dimanche, quelques heures après sa qualification pour le deuxième tour, les quatre tournois du Grand Chelem l’avaient menacée de disqualification voire de suspension pour son refus d’assumer ses obligations médiatiques, qui font partie de son contrat d’engagement et du code de conduite de l’ITF.

Son forfait devenait une option possible –  comme nous l’avions écrit – si Naomi Osaka choisissait de faire passer son combat pour la santé mentale des joueurs avant les considérations sportives pourtant immenses pour elle, puisqu’elle est la détentrice des deux dernières levées du Grand Chelem, à l’US Open 2020 et à l’Open d’Australie 2021.

Il est désormais acquis qu’il s’agit de sa priorité. Osaka écrit que la chose la “plus importante” dans son message est de comprendre qu’elle “ne se permettrait pas” de détourner de son usage l’expression “santé mentale” ni de l’utiliser “à la légère”. Elle connaît le sujet pour en avoir expérimenté les souffrances, dit-elle.

Ce n’est pas facile pour moi de m’exprimer en public et j’ai des crises d’anxiété dans les moments qui précèdent les conférences de presse

Naomi Osaka

“La vérité c’est que j’ai souffert d’épisodes dépressifs depuis l’US Open 2018 (sa première victoire en Grand Chelem, ndlr) et que j’ai passé de très mauvais moments à me battre avec ça. Quiconque me connait un peu sait que je suis introvertie et me voit régulièrement sur les tournois avec un casque sur la tête, ce qui est une façon de gérer mon anxiété en société.”

“Bien que les médias de tennis aient toujours été aimables avec moi (et je m’excuse pour tous les journalistes cool que je connais), ce n’est pas facile pour moi de m’exprimer en public et j’ai des crises d’anxiété dans les moments qui précèdent les conférences de presse. C’est très stressant pour moi de m’engager et de me concentrer sur les meilleures réponses possibles.”

Osaka Australian Open 2020
Naomi Osaka à l’Open d’Australie 2020.

Osaka absente des courts pour une durée indéterminée

“A Paris, je me sentais vulnérable et anxieuse à mon arrivée et j’ai estimé que je devais prendre soin de moi en me soustrayant aux conférences de presse, poursuit Osaka. Je l’ai annoncé de façon péremptoire car je considère qu’une partie des règles sont d’un autre âge et que je voulais le souligner.” Sa sœur avait indiqué, quelques heures plus tôt sur Reddit, que la Japonaise avait mal vécu son élimination à Rome et avait senti la nécessité de couper avec l’extérieur à ce moment-là.

Naomi Osaka annonce qu’elle va s’éloigner des courts pour une durée qu’elle ne précise pas et réitère son envie de travailler sur le sujet avec “le Tour” (la WTA et les organisateurs de Grand Chelem) “pour que les choses s’améliorent pour les joueurs, la presse et les fans.” Elle ne dit aucun mot de sa volonté de s’aligner à Wimbledon, qui débute dans quatre semaines. C’est l’autre tournoi du Grand Chelem qui manque à son palmarès.

La décision d’Osaka lui a valu une vague de sympathie instantanée sur les réseaux sociaux. L’ancien joueur américain Mardy Fish, qui avait renoncé à se présenter à un huitième de finale de l’US Open 2012 contre Roger Federer en raison d’une puissante anxiété, a tweeté une allusion au suicide : “La santé mentale n’est pas un sujet compatible avec la critique. Ni avec l’humour. Prenez là au sérieux, s’il vous plaît. Sans le groupe qui me soutient (“my support system”), je pense vraiment que je ne serais plus là aujourd’hui.”

La FFT a réagi par la voix de son président Gilles Moretton par un communiqué rapide, à tous les sens du terme. “Tout d’abord, nous sommes désolés et tristes pour Naomi Osaka, écrit le texte. Le retrait de Naomi de Roland-Garros est une issue malheureuse. Nous espérons revoir Naomi à notre tournoi l’année prochaine. Comme tous les autres Grands Chelems, la WTA, l’ATP et l’ITF, nous restons très attentifs au bien-être de tous les athlètes et nous engageons à continuer d’améliorer tous les aspects de l’expérience des joueuses et des joueurs dans notre tournoi, y compris avec les médias, comme nous avons toujours veillé à le faire.”

Moretton souhaite aussi à la Japonaise “le meilleur et le plus prompt rétablissement possible”. La FFT et l’ITF ont pris conscience ce lundi qu’ils avaient à faire face, avec Osaka, à une personne malade plus qu’à une jeune inconsciente. Ce n’est pas une meilleure nouvelle en soi, mais cela donne un sens et une amplitude à la décision d’Osaka qui, sur le fond et la forme, ne pouvait que dérouter le monde du tennis et la placer face à des difficultés qui l’ont évidemment dépassée.

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