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Osaka menacée de suspension par Roland-Garros et les autres Grands Chelems

Naomi Osaka a été sanctionné d’une amende de 15.000 dollars pour avoir séché la conférence de presse de son premier tour, en application du règlement. Mais une persistance dans son attitude pourrait lui valoir des suspensions pour les tournois du Grand Chelem, ont écrit ensemble les quatre organisateurs des majeurs.

© Panoramic

Elle pensait pouvoir s’en sortir avec un tweet rapide de quelques lignes, mais Naomi Osaka va finalement devoir rendre des comptes. Sa décision, exprimée jeudi, de ne pas répondre à la presse pendant Roland-Garros pour préserver sa santé mentale a été perçue avec une distance polie de la part des joueurs et une authentique défiance de la part de la FFT, organisatrice de Roland-Garros. Mais les choses ne vont pas s’arrêter là pour la Japonaise à la personnalité insondable.

Dans le monde du tennis, les joueurs jouent, les organisateurs de tournois mettent sur pieds des événements à la notoriété internationale, et ce sont encore eux qui fixent les conditions de participation à leurs compétitions centenaires. Le fait de consacrer dix à quinze minutes aux médias du monde entier à chaque match – victoire ou défaite – fait partie de leur engagement préalable et non négociable.

De l’amende à la disqualification

Ceci a été notifié dimanche à Osaka dans un communiqué solennel signé par les dirigeants des instances organisatrices de Roland-Garros (Gilles Moretton), l’Open d’Australie (Jayne Hrdlicka), Wimbledon (Ian Hewitt) et l’US Open (MikeMcNulty), alors que le match qui a succédé au sien sur le Chatrier n’était même pas encore terminé.

En détail, il a été notifié trois choses à Naomi Osaka :

  1. Elle doit revenir sur sa position et les dirigeants de Roland-Garros ont fait, font et feront tout pour cela.
  2. Elle sera sanctionnée sans pitié à chaque nouveau manquement si elle devait franchir de nouveaux tours, ce qui est très prévisible pour une numéro 2 mondiale.
  3. Une persistance dans cette erreur pourrait aboutir à une disqualification à Roland-Garros voire à une suspension à d’autres Grands Chelems.

Des infractions à répétition pourraient engendrer des sanctions plus sévères, y compris l’exclusion du tournoi.

Le communiqué signé par les quatre Grands Chelems

« Naomi Osaka a décidé aujourd’hui de ne pas se conformer à ses obligations médiatiques contractuelles, indique le long communiqué. Le juge-arbitre de Roland-Garros a donc décidé de lui appliquer une amende de 15.000 dollars conformément à l’article III H. du Code de conduite. (…) Nous avons informé Naomi Osaka que, dans l’hypothèse où elle continuerait à manquer à ses obligations médiatiques pendant le tournoi, elle s’exposerait à de nouvelles sanctions, comme cela est stipulé dans le Code de conduite. Des infractions à répétition pourraient engendrer des sanctions plus sévères, y compris l’exclusion du tournoi (Code de conduite, Article III T.), ainsi que le déclenchement d’une enquête pour faute grave, qui pourrait mener à des amendes plus lourdes et des suspensions pour les Grands Chelems à venir (Code de conduite Article IV A.3). »

Cette posture, spectaculaire au-delà de ce qui pouvait être envisagé jusqu’ici, est en adéquation avec la première réaction à chaud du président de la FFT Gilles Moretton qui avait indiqué dès jeudi : « C’est très préjudiciable au sport, au tennis, à elle probablement. Elle heurte le jeu, elle fait du mal au tennis. C’est un vrai problème. » La réaction commune des quatre Grands Chelems porte d’ailleurs l’empreinte des intentions qu’il avait formulées à Tennis Majors en ouverture du tournoi. Moretton se disait prêt à être un ambassadeur pour que toutes les autorités du tennis mondial travaillent ensemble et c’est le cas avec une rare précision ici.

Sur la santé mentale, pas de leçon à recevoir

Pour justifier leur décision, les quatre majeurs ne se contentent pas de rappeler Naomi Osaka à ses obligations. Ils sapent aussi le socle de son argumentaire. « Si les organisateurs de tournois peuvent s’en sortir à coups de ‘réponds à la presse ou on te colle une amende’, et continuent d’ignorer que la santé mentale est au cœur de leurs relations avec les joueurs, j’en rigolerai d’avance », avait-elle écrit.

Réponse des intéressés : « L’équilibre psychologique des joueurs et joueuses qui participent à nos tournois et qui évoluent sur les différents circuits sont de la plus haute importance pour les Grands Chelems. Nous mobilisons, individuellement et collectivement, des moyens importants pour leur bien-être. (…) Tous les ans, nous cherchons à garantir la meilleure expérience pour nos fans, pour nos joueurs et joueuses et pour nos équipes, et nous avons une longue et fructueuse expertise dans ce domaine »

Les règles sont mises en place pour garantir un traitement identique entre tous les joueurs et joueuses.

Le communiqué des quatre Grands Chelems

Le communiqué exprime aussi le souci de garantir l’équilibre de la compétition en plaçant tous les sportifs face aux mêmes obligations. « Nous tenons à souligner que les règles sont mises en place pour garantir un traitement identique entre tous les joueurs et joueuses, indépendamment de leur statut, de leurs convictions ou de leurs résultats. Il n’y a rien de plus important dans le sport que la garantie d’une équité entre les athlètes. Il est regrettable que celle-ci ne soit pas respectée dans le cas présent où une joueuse refuse de consacrer du temps pour participer aux engagements médiatiques tandis que toutes les autres les respectent. »

Naomi Osaka réagi sur Twitter ce dimanche soir à cette décision et cette menace : “La colère est un manque de compréhension. Le changement met les gens mal à l’aise.”

Cette décision des instances confirme que la Japonaise s’est placée toute seule, avec maladresse, dans une situation d’inconfort en attirant sur elle toute l’attention depuis le début du tournoi, une attention plutôt négative jusqu’ici, même si elle ne l’a pas empêchée d’être solide contre la Roumanie Tig en ouverture du tournoi ce dimanche sur le Philippe-Chatrier.

Différentes options s’offrent à elle désormais. Elle peut assumer ses obligations médiatiques, au moins en façade, pour débalonner le sujet. Elle peut aussi rester ferme sur sa position, placer les dirigeants du tennis mondial face à leurs responsabilités et tester leur capacité à se passer d’une des rares stars du tennis féminin.

Si elle veut garder la main sans se dédire et conserver son agenda autour de la « santé mentale » des joueurs, Osaka peut aussi se soustraire elle-même du tournoi parisien et ne pas reprendre la compétition avant que s’ouvre un débat à ses yeux acceptable entre les joueurs et les représentants du tennis mondial.

Sa décision en dira beaucoup sur ses motivations premières et la solidité de sa posture. Déjà richissime, star des réseaux sociaux, reconnue mondialement pour son palmarès (quatre Grands Chelems en quatre ans) et ses prises de position cet été autour de #BlackLivesMatter, il ne manque que deux choses à Naomi Osaka pour s’accomplir comme joueuse de tennis : un trophée à Roland-Garros et un trophée à Wimbledon. Encore faut-il pouvoir y participer sereinement.

Et promis, si elle revient un jour en conférence de presse, on sera là pour comprendre comment on en est arrivé là.

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