« Partout où il va, les gens deviennent fous » – Fonseca, un phénomène mondial

Au Brésil, João Fonseca est considéré comme le successeur de la légende Gustavo Kuerten, triple vainqueur de Roland-Garros.

Joao Fonseca - Roland-Garros 2025 Joao Fonseca – Roland-Garros 2025 – © Julien Nouet / Tennis Majors

Il fallait se lever tôt mardi 27 mai pour pouvoir s’installer sur les précieux sièges du court 7 et attendre la fin de journée pour voir jouer le jeune phénomène de 18 ans, João Fonseca. Le public de Roland-Garros avait clairement ciblé son match à tel point que la queue pour accéder au court était longue de plusieurs mètres, compliquant la circulation dans les allées.

Les détenteurs de billets pour la session nocturne sur le court Philippe-Chatrier se sont également mis dans les escaliers menant au court central de Roland-Garros, qui surplombe le court 7, pour apercevoir le Brésilien donner une leçon à Hubert Hurkacz, 28e mondial (6-2, 6-4, 6-2).

Personne ne voulait manquer le premier match à Roland-Garros de João Fonseca, comme pour pouvoir lâcher dans quelques années le fameux « j’y étais », si le Brésilien devient une légende du tennis. Pour le moment, le chemin est encore long pour le modeste 65e mondial, qui est pourtant déjà un phénomène qui cartonne dans le monde entier, parfois même plus que les stars actuelles.

« Partout où il va, les gens deviennent fous et se précipitent vers lui. » nous explique Matheus Campos Castro, journaliste pour ESPN Brésil. « Comme, à l’Open de Rio, dans sa ville natale, il était la grande star, même s’il y avait Zverev, les gens voulaient le voir jouer, s’entraîner. »

« Donc c’est un phénomène, je pense, au Brésil. Et maintenant, depuis l’Open d’Australie et sa victoire face à Rublev, c’est devenu un phénomène mondial. Ici, pour le court 7, il n’y avait pas assez de places pour le voir. Donc des gens sont même montés sur le Philippe-Chatrier pour regarder le match depuis là-bas. »

João Fonseca, Roland-Garros 2025 – © Julien Nouet / Tennis Majors

On pense que ça peut-être le début d’une nouvelle ère pour le tennis brésilien

Le Brésil a vibré pour le tennis masculin pour la première fois à la fin des années 1990 avec les exploits de Gustavo Kuerten. « Guga » a remporté Roland-Garros à trois reprises (1997, 2000, 2001) et a été numéro un mondial, devenant ainsi une véritable icône vivante dans son pays et dans le monde de la petite balle jaune.

14 ans après la dernière victoire de Kuerten à Roland-Garros, le Brésil s’est peut-être trouvé un nouveau successeur en la personne de João Fonseca. Le joueur de 18 ans est devenu mardi le deuxième plus jeune vainqueur d’un match Porte d’Auteuil au cours des dix dernières années, derrière Carlos Alcaraz, 18 ans, en 2021. Le peuple brésilien est derrière lui et croit dur comme fer en son potentiel pour gagner non pas un mais des Grands Chelems.

« Il y a beaucoup de pression sur lui. Beaucoup de gens pensent qu’il peut gagner des Grands Chelems, qu’il peut devenir numéro un mondial. » poursuit Matheus Campos Castro. « João dit d’ailleurs que son rêve est de devenir numéro un. Et depuis qu’il a dit ça, et que les gens l’ont vu battre Rublev, puis Hurkacz, les gens commencent à vraiment y croire. Tout le monde s’accorde à dire que c’est le meilleur jeune joueur de l’histoire du tennis brésilien, peut-être depuis deux ou trois décennies. Mais devenir numéro un, gagner des Grands Chelems, c’est un long chemin. »

La Fonseca-Mania de retour sur le court 14

« Pour les médias brésiliens, c’est énorme. On pense que ça peut être le début d’une nouvelle ère pour le tennis brésilien, depuis Guga. Il est encore jeune, 18 ans. Et ces derniers mois, il a perdu certains tournois au premier tour, comme un Challenger au Portugal. Et il y a déjà des gens au Brésil qui le critiquent. Sur les réseaux sociaux notamment, certains disent : « Comment peut-il battre Rublev, un top 10, puis perdre contre Sonego, qui est classé top 60 ? » Donc, avec les attentes, il y a déjà des critiques. Mais ils ne sont pas majoritaires. La majorité des Brésiliens l’aiment, le soutiennent, et on croit tous en son immense potentiel. »

Pour le moment, João Fonseca semble très bien gérer la pression. Il a décroché le premier titre de sa carrière en février 2025 sur la terre battue de Buenos Aires, devenant ainsi le plus jeune Brésilien de l’ère Open à remporter un tournoi ATP. S’il a depuis un peu baissé de régime, en perdant au deuxième tour à Madrid et dès son entrée en lice à Rome, il a répondu présent à Roland-Garros en infligeant trois petits sets à un Hubert Hurkacz qui a mené la vie dure à Novak Djokovic en finale du tournoi de Genève il y a quelques jours. Pour gérer les attentes, le Brésilien peut compter sur un entourage sein qui lui fait garder les pieds sur terre.

Joao Fonseca - Roland-Garros 2025
Joao Fonseca – Roland-Garros 2025 © Julien Nouet / Tennis Majors

« Je pense qu’il fait un super boulot, il a beaucoup de confiance en lui, et il ne laisse pas ses émotions prendre le dessus, même si beaucoup de gens parlent de lui, le comparent à des légendes du tennis comme Nadal, Alcaraz… Et puis au Brésil, on a notre plus grand joueur, Guga, qui a gagné ici trois fois. Mais lui, il veut faire les choses à sa manière. Il veut être João, comme il répond toujours quand on le compare à des stars du tennis. »

« Il gère bien. Il a une très bonne équipe, il est très proche de sa famille, de ses amis. Il ne laisse pas la pression extérieure l’atteindre. Il se met lui-même la pression, mais il ne laisse pas les attentes du public l’envahir. Il était nerveux, bien sûr, c’est sa première fois ici à Roland-Garros, mais il s’en est bien sorti. Il a su gérer ça. »

En conférence de presse après sa victoire au premier tour face à Hubert Hurkacz, le principal intéressé s’est confié sur les attentes qui sont placées en lui au fur et à mesure de ses exploits sur le circuit ATP. Avec le sourire, il a confirmé qu’il ressentait cette pression mais qu’il apprenait à la gérer, notamment grâce à son entourage.

« Les attentes vont arriver. Les gens vont parler. Ils vont me comparer à d’autres personnes, à d’autres joueurs. Pour mon mental, c’est juste bon d’être entouré de bonnes personnes qui peuvent m’aider à garder un bon état d’esprit, celui dont j’ai besoin. J’ai besoin de faire de mon mieux, d’améliorer mes routines, de rester avec des gens positifs, de rester en bonne santé et de ne pas me concentrer sur les attentes. Oui, je gère ça plutôt bien, mais parfois la pression arrive. C’est normal. Il faut apprendre à la gérer. Moi, je suis jeune, et je suis en train d’acquérir de l’expérience dans tout ça maintenant. Donc j’apprends beaucoup sur ce circuit et dans cet environnement où il va y avoir beaucoup d’attentes. »

La Fonseca-mania va se poursuivre jeudi sur le fameux court 14 de Roland-Garros face au Français Pierre-Hugues Herbert, et les places seront une nouvelle fois très chères pour voir jouer le talentueux brésilien au potentiel infini.

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