« Cette défaite peut m’apporter plus que mes deux victoires » : Kouame, à 17 ans, tire les leçons de son premier Roland-Garros

Moïse Kouamé, 17 ans, invité du tournoi, s’est incliné samedi soir au troisième tour de Roland-Garros face au Chilien Alejandro Tabilo 4-6 6-3 6-4 7-6, après plus de quatre heures de match sur le Court Suzanne-Lenglen. Une étape décisive pour sa progression, nous a-t-il raconté après le match.

Moïse Kouame, Roland-Garros 2026 Moïse Kouame, Roland-Garros 2026 | © Gepa / PsNewz

L’épopée à Roland-Garros de Moïse Kouamé, 17 ans, wild-card le plus suivi du tournoi, s’est achevée au troisième tour face au Chilien Alejandro Tabilo (4-6 6-3 6-4 7-6), sur le Court Suzanne-Lenglen, au terme d’une bataille de plus de quatre heures. Le jeune joueur, qui disputait son premier Grand Slam, a cédé dans le tie-break du quatrième set à la cinquième balle de match de son adversaire, alors que tout le public du Lenglen rêvait d’un cinquième set. Le nouveau chouchou du public français s’est présenté en conférence de presse avec le maillot du Paris-SG, tout juste sacré en Ligue des champions. La défaite était déjà digérée : Kouame a gagné beaucoup de temps pour sa progression avec ce Roland-Garros 2026.

Moïse, que retiens-tu déjà de cette semaine et de ces trois rencontres à Roland-Garros ?

Moïse Kouamé : Ce match du troisième tour était très accroché. C’était une belle semaine pour moi ici, à Roland-Garros. J’ai appris beaucoup sur moi. Je me suis bien battu contre Tabilo. Dans le quatrième set, on était proches l’un de l’autre. Cela s’est joué à quelques détails. De façon générale, je suis content de la semaine.

A quel point tu avais envie de l’emmener au cinquième ?

Moïse Kouamé : J’en avais vraiment, vraiment envie, surtout que je sentais que le public commençait vraiment à me « hyper » de plus en plus. J’ai essayé de prendre toute leur énergie positive. Malheureusement, ce n’est pas passé loin, ça n’a pas fonctionné. Mais pour le futur, c’est bon à savoir : quand il y a un public derrière moi, ça peut me pousser dans mes retranchements, jusqu’à mes limites.

Quel est le bilan tennistique den la semaine ?

Moïse Kouamé : En termes physiques, j’ai retenu que je pouvais tenir cinq heures de jeu, et deux jours après tenir quasiment quatre heures encore sans vraiment sentir que physiquement ça flanchait. C’est l’envie tennistique pure. Sur la qualité de frappe, je n’ai rien à envier à des top 100, top 50 ou top 30. Bien sûr, pour pouvoir les battre plus souvent, il va falloir que je sois encore meilleur. Je vais m’entraîner le plus possible pour ça.

Tu as dit en anglais que tu avais beaucoup appris physiquement. Mentalement aussi ?

Moïse Kouamé : J’ai toujours su que j’étais quelqu’un qui avait un bon mental. J’ai toujours su que j’étais quelqu’un qui n’abandonnait jamais, quelqu’un qui peut renverser des matchs – parce que je l’ai fait beaucoup de fois dans ma jeunesse. « Ma jeunesse », vous m’avez compris (rires). Je l’ai fait beaucoup de fois. Donc je savais que je pouvais le refaire encore une fois ici, à Roland. J’ai failli le refaire aujourd’hui. Ce n’est pas passé loin. Mais mentalement, je savais que c’est une arme secrète, on va dire, que je peux utiliser en cas de recours.

Je ne suis pas un mauvais perdant. Je suis un perdant qui apprends et rebondis.

Comment équilibres-tu la déception et la satisfaction d’avoir passé deux tours ? Quel type de perdant es-tu ?

Moïse Kouamé : Il y a toujours, après une défaite, une partie de moi qui est déçue. En tant que compétiteur, j’ai toujours envie de gagner. Malheureusement, ça ne peut pas arriver tout le temps, et je le sais. En général je passe assez vite au prochain. Là, je suis déjà focus sur la récupération pour arriver le mieux possible à Lyon, le prochain tournoi que je vais jouer (Challenger, 8-16 juin). Aujourd’hui j’ai perdu, peut-être que demain je gagnerai. Je suis content parce que j’ai proposé de belles choses tout au long de la semaine. Donc ce n’est pas une défaite qui me pose problème. C’est plutôt une défaite qui me fera, j’en suis sûr, grandir. C’est une défaite qui peut-être, même, peut m’apporter plus que mes deux victoires. Je ne suis pas un mauvais perdant. Je suis un perdant qui apprends et rebondis.

Tu pars à Lyon la semaine prochaine. Tu ne redoutes pas la transition entre Roland-Garros et un plus petit tournoi ?

Moïse Kouamé : Non, pas du tout. Je peux faire avec et je peux faire sans. On m’avait posé la même question quand je suis passé du Masters 1000 de Monte-Carlo à un 25K. On m’avait demandé si la transition n’était pas un peu dure. J’avais dit que non, et j’ai gagné le tournoi. Passer de Roland-Garros à Lyon ne va pas être dur, parce que je joue chaque match comme si c’était le dernier. Je ne viens pas sur le terrain en me disant « je suis à Roland-Garros » ou « je suis à Lyon ». Je vais sur le terrain, j’essaie de mettre en place les objectifs fixés avec l’équipe. Peu importe l’endroit, je reste concentré sur moi.

Quels sont tes objectifs pour la fin d’année ?

Moïse Kouamé : C’est clair qu’en fin d’année, en termes de classement, je vais essayer de tout donner pour finir top 100. C’est vraiment l’objectif ultime, l’objectif pour lequel je m’entraîne très, très dur. Il y a aussi le Masters Next Gen. Je ne peux pas ne pas en parler, parce que c’est quelque chose qui me donne vraiment envie. En fin d’année, j’essaierai d’être dans les huit. Après, si je ne réalise pas mes objectifs, j’aurai vécu des expériences inoubliables comme celle-ci, je me serai amusé, et ce sera très bien.

J’ai envie de m’offrir plus de victoires. J’ai envie de m’offrir plus d’heures d’entraînement. Et j’ai envie de m’offrir plus de places au classement.

Tu as gagné 187 000 €. C’est un sacré petit magot pour un garçon de 17 ans. Tu as envie de t’offrir quelque chose ?

Moïse Kouamé : J’ai envie de m’offrir plus de victoires. J’ai envie de m’offrir plus d’heures d’entraînement. Et j’ai envie de m’offrir plus de places au classement.

Le PSG a gagné la Ligue des champions ce soir. À quel point la deuxième étoile atténue la déception de ta défaite ?

Moïse Kouamé : Franchement, ça me fait plaisir qu’ils aient gagné. Je ne me voyais pas en train de chercher à m’endormir en me disant « mince, j’ai perdu mon match, le PSG a perdu ». Ça avait commencé à trotter dans ma tête au moment des penaltys. Mais heureusement, ils ont gagné. Ça a atténué ma défaite à 50 %, on va dire. Parce que mon sport, c’est quand même le tennis et pas le foot. Mais une partie de moi reste encore un gamin, qui voit son équipe gagner.

Au-delà du tennis, les Français te connaissent maintenant. Comment tu vis cette notoriété nouvelle ?

Moïse Kouamé : Oui, on me reconnaît dans la rue, on me reconnaît à Roland. Un facteur très voyant, c’est que quand je joue sur le Suzanne, il est plein (rires). C’est quand même quelque chose de spécial. Deuxième facteur : Instagram. C’est clair qu’en termes d’abonnés et de visibilité, à travers ce Roland, j’ai vraiment monté de gamme, on va dire. Après, le plus important, c’est ce que je fais sur le terrain. Tous ces supporters, ce qu’ils veulent, c’est me voir me battre, me voir gagner des points, me voir sourire. J’espère que c’est ce que je vais continuer à proposer tout au long de ma carrière. C’est ça le plus important.

Quelles erreurs ne pas commettre, sportivement ou ailleurs ?

Moïse Kouamé : Je vais essayer de profiter, de revoir un peu ce que j’ai fait cette semaine. Je n’ai pas envie de trop me projeter, trop tôt dans le futur. Je pense que ce serait une erreur. C’est la première erreur. Je vais essayer de revoir un peu ces matchs incroyables que j’ai pu jouer. On verra la suite.

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