183e au classement mais tête de série : le Top 10 des faveurs faites aux stars à Wimbledon

Wimbledon a mis fin pour l’édition 2021 à son système spécifique de désignation des têtes de série. Serena, Graf, Rosewall, Grosjean, Becker… : voici 10 cas emblématiques de ces faveurs désormais d’un autre temps.

Serena Williams at Wimbledon in 2018

10- John McEnroe, 1988

Classement : 19e

Tête de série : 8 (+11)

Pourquoi Wimbledon a accordé cette faveur à McEnroe : Après s’être retiré du circuit pendant six mois, John McEnroe revient à la compétition pour la deuxième partie de la saison 1986. Mais les résultats de l’ancien numéro 1 mondial, patron incontesté du circuit en 1984, ne sont plus les mêmes. McEnroe, alors âgé de 28 ans, n’a atteint aucune demi-finale du Grand Chelem depuis son retour, lui qui en avait toujours disputé au moins une par an depuis le début de sa carrière en 1977. Son statut de triple vainqueur de Wimbledon, qui a encore atteint les quarts de finale du tournoi en 1985, lui vaut une place de tête de série numéro 8 pour son retour sur le tournoi, après deux éditions disputées sans lui.

Ce que ça a donné : élimination au 2e tour. Pas de miracle pour John McEnroe, qui a bien maîtrisé son premier tour contre l’Autrichien Horst Skoff (6-1, 7-5, 6-1). Mais l’Américain s’incline dans la foulée contre Willy Masur en trois manches (7-5, 7-6, 6-3). L’Australien, alors 64e mondial, a été demi-finaliste du dernier Open d’Australie sur gazon en 1987, dix-huit mois plus tôt. Il remportera le tournoi de Newport dans la foulée. Cette défaite est un nouveau signe du déclin de McEnroe, qui va toutefois atteindre de nouveau les demi-finales de Wimbledon en 1989 puis en 1992.

L’histoire qui y ressemble : Boris Becker en 1997. Boris Becker, 29 ans, alors 18e mondial, est tête de série numéro 8 en 1997 pour ses états de service à Wimbledon (vainqueur en 1985, 1986, 1989, au moins quart de finaliste à dix reprises). L’Allemand va d’ailleurs en ajouter une onzième lors de cette édition, s’inclinant face au futur vainqueur Pete Sampras en quart de finale (6-1, 6-7, 6-1, 6-4).

9- Sébastien Grosjean, 2005

Classement : 26e

Tête de série : 9 (+17)

Pourquoi Wimbledon a accordé cette faveur à Grosjean : Ce n’en était pas vraiment une, puisque Wimbledon avait mis en place en 2002 un système pondérant le classement ATP avec les résultats des joueurs sur gazon lors des deux saisons précédentes. Ancien 4e joueur mondial en 2002, Sébastien Grosjean est sorti du Top 10 à force de blessures et de contre-performances. Mais le Français de 27 ans reste extrêmement régulier sur gazon. En 2003 et 2004, il a ainsi atteint à chaque fois la finale du Queen’s (défaite contre Andy Roddick sur les deux matchs) et les demi-finales de Wimbledon (battu par Mark Philippoussis puis Roger Federer).

Ce que ça a donné : élimination en quart de finale. Sébastien Grosjean doit s’employer dès le premier tour, où il est mené deux sets à un par Michaël Llodra, excellent joueur sur gazon, avant de s’imposer en cinq manches (3-6, 7-5, 4-6, 7-6, 6-4). Il sort au troisième tour un tout jeune Novak Djokovic, issu des qualifications, en quatre sets, pour rejouer un match marathon en huitième de finale contre Dmitri Tursunov (6-4, 6-7, 6-3, 3-6, 6-1). Sa belle épopée s’arrête finalement en quart de finale, contre Roddick, encore lui, et à nouveau en cinq manches (3-6, 6-2, 6-1, 3-6, 6-3).

L’histoire qui y ressemble : Marcos Baghdatis en 2008. Il est 25e mondial quand il se retrouve tête de série numéro 10, à la faveur de sa demi-finale à Wimbledon en 2006 puis de son quart en 2007, sans oublier sa finale à Halle en 2007. Le Chypriote de 23 ans va cette fois sortir en huitième de finale contre Feliciano Lopez, après avoir mené deux sets à un et s’inclinant 8-6 dans la manche décisive.

8- Serena Williams, 2004

Classement : 10e

Tête de série : 1 (+9)

Pourquoi Wimbledon a accordé cette faveur à Serena : Une blessure au quadriceps, dans la foulée de son titre à Wimbledon en 2003, contraint Serena Williams à de longs mois de rééducation. Elle ne revient à la compétition qu’en mars 2004, s’imposant d’emblée à Miami. La joueuse de 22 ans est surtout double tenante du titre à Wimbledon, d’où la décision des organisateurs d’en faire leur tête de série numéro 1 dans le tableau féminin. Même si Serena Williams a été éliminée dès les quarts de finale à Roland-Garros quelques semaines auparavant. Une première pour elle en Grand Chelem depuis trois ans.

Ce que ça a donné : finaliste. Serena Williams atomise tout sur son passage jusqu’en demi-finale. Cinq matchs, zéro set perdu et une moyenne de 3,4 jeux lâchés par rencontre : l’Américaine impressionne, balayant Jennifer Capriati (N°7) en quart de finale (6-1, 6-1) pour prendre sa revanche de leur récente confrontation à Roland-Garros. Elle a dispute ensuite le match du tournoi contre Amélie Mauresmo (N°4), qui mène d’un set et d’un break avant d’être finalement renversée par Serena Williams (6-7, 7-5, 6-4). Cette dernière va s’incliner, à bout de forces, en finale contre Maria Sharapova (6-1, 6-4). Le premier titre majeur pour la Russe, alors tête de série numéro 13.

L’histoire qui y ressemble : Pete Sampras en 2001. Serena Williams n’est pas la seule à avoir été promue tête de série numéro 1 sans être sur le podium du classement officiel. Chez les hommes, Pete Sampras a bénéficié de cet honneur en 2001, alors qu’il était 5e mondial. L’Américain a été éliminé en huitième de finale par… Roger Federer !

7- Milos Raonic, 2018

Classement : 32e

Tête de série : 13 (+19)

Pourquoi Wimbledon a accordé cette faveur à Raonic : Enchaînant les blessures sur les mois précédant ce Wimbledon, Milos Raonic a dégringolé au classement, faute de pouvoir s’aligner sur les tournois (forfait au dernier US Open et à Roland-Garros) ou de parvenir à y décrocher de bons résultats (élimination d’entrée à l’Open d’Australie). Mais le Canadien a déjà fait la démonstration de son feeling pour le jeu sur gazon, en atteignant la finale de Wimbledon en 2016 (défaite contre Andy Murray) et les quarts de finale en 2017.

Ce que ça a donné : élimination en quart de finale. Milos Raonic honore son statut. Le Canadien de 27 ans a été rassuré par sa finale à Stuttgart peu avant Wimbledon, malgré la défaite contre Roger Federer, parce que c’était sa première sur le circuit depuis plus d’un an (mai 2017 à Istanbul). Raonic négocie bien son début de tournoi et ne lâche pas de set au cours des deux premiers tours. Il évite encore des têtes de série au troisième tour puis en huitième de finale, s’imposant en quatre manches successivement contre Dennis Novak et MacKenzie McDonald. Arrivé en quart de finale en ayant affronté un seul joueur du Top 100 et aucun du Top 50, Raonic tombe face à John Isner (N°9), malgré le gain du premier set (6-7, 7-6, 6-4, 6-3).

6- Serena Williams, 2011

Classement : 26e

Tête de série : 7 (+19)

Pourquoi Wimbledon a accordé cette faveur à Serena : Serena Williams sort de douze mois sans jouer suite à différents pépins physiques. Elle a d’abord marché sur du verre début juillet 2010, dans la foulée de son quatrième titre à Wimbledon, ce qui l’a contrainte à mettre un terme prématuré à sa saison. Alors âgée de 29 ans, a ensuite été opérée d’urgence en mars 2011 pour une embolie pulmonaire, provoquée par un caillot de sang qui bloquait ses artères. Revenue à la compétition en juin pour la saison sur gazon, Serena Williams est désignée tête de série numéro 7 par les organisateurs. Un coup de pouce pour sa régularité sur le gazon londonien (au moins finaliste sur les trois éditions précédentes).

Ce que ça a donné : élimination en huitième de finale. Serena Williams a besoin de trois manches pour se défaire d’Aravane Rezaï et de Simona Halep lors des deux premiers tours, ce qui ne présage rien de bon. Après être montée en régime contre Maria Kirilenko (N°26) au troisième tour (6-3, 6-2), l’Américaine bute dans la foulée sur Marion Bartoli, tête de série numéro 9 (6-3, 7-6).

L’histoire qui y ressemble : Venus Williams en 2011. Elle bénéficie aussi d’un petit avantage des organisateurs cette année-là, en passant de la 33e place mondiale à un statut de tête de série numéro 23. La soeur de Serena en profite pour atteindre les huitièmes de finale.

5- Tim Henman, 2003

Classement : 29e

Tête de série : 10 (+19)

Pourquoi Wimbledon a accordé cette faveur à Henman : Pour enfin faire gagner un Britannique à Wimbledon pour la première fois depuis 1936 ? Plus sérieusement, Tim Henman a atteint les demi-finales lors de quatre des cinq dernières éditions, d’où son excellent classement selon le système utilisé par les organisateurs, prenant en compte les résultats sur gazon en plus des points ATP. Il est aussi allé jusqu’en finale au Queen’s en 2001 et en 2002.

Ce que ça a donné : élimination en quart de finale. Demi-finaliste surprise un mois plus tôt à Roland-Garros, sur une terre battue qui ne lui avait jamais réussi, Tim Henman franchit les trois premiers tours quasiment sans encombre, face à un lucky loser (Tomas Zib) puis deux qualifiés (Michaël Llodra et Robin Söderling). Le Britannique de 28 ans réussit en revanche la performance de dominer David Nalbandian, tête de série numéro 6, en huitième de finale (6-2, 6-7, 7-5, 6-3). Mais le parcours d’Henman s’arrête au tour suivant, contre Sébastien Grosjean, tête de série numéro 13 (7-6, 3-6, 6-3, 6-4).

L’histoire qui y ressemble : Xavier Malisse et Arnaud Clément en 2003. La même année, ils se retrouvent têtes de série numéros 14 et 15, en étant respectivement 31e et 30e au classement ATP. Leurs récents résultats sur gazon leur permettent de réaliser ce bond. Mais le Belge est sorti dès le premier tour par le qualifié français Cyril Saulnier en trois sets et “la Clé” se fait éliminer au deuxième tour par Justin Gimelstob en cinq manches.

4- Maria Sharapova, 2009

Classement : 59e

Tête de série : 24 (+35)

Pourquoi Wimbledon a accordé cette faveur à Sharapova : Maria Sharapova sort de dix mois sans compétition, en raison d’une déchirure à l’épaule. La Russe, dont la dernière apparition remonte à sa défaite dès le deuxième tour de Wimbledon en 2008, ne revient à la compétition qu’en mai 2009. Sharapova, 22 ans à l’époque, est toutefois une ancienne vainqueure du tournoi (2004) et a aussi atteint les demi-finales en 2005 puis en 2006.

Ce que ça a donné : élimination au 2e tour. Après avoir atteint les quarts de finale de Roland-Garros, puis les demi-finales à Birmingham pour son seul tournoi de préparation sur gazon, Sharapova débarque à Wimbledon avec des ambitions. Elle écarte dans un premier temps Viktoriya Kutuzova, issue des qualifications (7-5, 6-4). Mais elle est éliminée dans la foulée par Gisela Dulko (6-2, 3-6, 6-4), 45e joueuse mondiale et loin d’être une spécialiste sur gazon. L’Argentine n’a jamais dépassé le troisième tour à Wimbledon en carrière.

3- Steffi Graf, 1998

Classement : 91e

Tête de série : 4 (+87)

Pourquoi Wimbledon a accordé cette faveur à Graf : Après de multiples opérations au genou gauche, Steffi Graf a été éloignée des courts de juin 1997 à mars 1998. L’Allemande n’a participé qu’à deux tournois en 1998 avant d’attaquer la saison sur gazon, d’où sa chute au classement WTA, compensée par les organisateurs. Ils honorent ainsi la carrière de Graf, victorieuse de 21 titres du Grand Chelem, dont 7 à Wimbledon entre 1988 et 1996.

Ce que ça a donné : élimination au 3e tour. Malgré des performances honorables lors des tournois de préparation (demi-finale à Birmingham puis quart de finale à Eastbourne), Graf n’est clairement pas à son meilleur niveau à Wimbledon après tant de mois d’absence. Elle franchit certes les deux premiers tours sans sourciller, sortant au passage la Slovaque Henrieta Nagyova, 23e mondiale (6-4, 6-0), à une époque où il n’y avait que 16 têtes de série dans les tableaux de Grand Chelem. Mais l’Allemande s’arrête au tour suivant face à Natasha Zvereva (6-4, 7-5). La seule victoire pour la Biélorusse en 21 confrontations contre Graf, qui l’avait humiliée en finale de Roland-Garros 1988 (6-0, 6-0).

2- Ken Rosewall, 1974

Classement : 109e

Tête de série : 9 (+100)

Pourquoi Wimbledon a accordé cette faveur à Rosewall : Triple finaliste de Wimbledon (1954, 1956, 1970), Ken Rosewall se retrouve à un classement mondial indigne de son statut de demi-finaliste de l’US Open en 1973, année où il avait aussi gagné à Osaka et Tokyo. Mais le classement ATP n’était pas calculé de la même manière qu’actuellement, au moins en période hors pandémie, et l’Australien de 39 ans n’a joué que quatre matchs en 1974 avant de se présenter à Wimbledon.

Ce que ça a donné : finaliste. Absent à Wimbledon depuis sa demi-finale en 1971, Rosewall profite de son statut de tête de série pour tranquillement se hisser en quart de finale, à une époque où il n’y en avait que 16. Arthur Ashe (N°8), qui figurait dans son quart de tableau, a été éliminé au troisième tour. Rosewall réussit le gros coup en quart, pour sortir son compatriote John Newcombe, tête de série N°1 et triple vainqueur à Wimbledon (6-1, 1-6, 6-0, 7-5). Il enchaîne pour éliminer Stan Smith en demi-finale, après avoir été mené deux manches à rien (6-8, 4-6, 9-8, 6-1, 6-3). Mais Rosewall s’incline en finale contre Jimmy Connors, qui ne fait qu’une bouchée du vétéran australien (6-1, 6-1, 6-4).

1- Serena Williams, 2018

Classement : 183e

Tête de série : 25 (+158)

Pourquoi Wimbledon a accordé cette faveur à Serena : Septuple vainqueure à Wimbledon, Serena Williams a dégringolé au classement après avoir donné naissance à sa fille, Olympia. L’Américaine n’a pas joué pendant plus d’un an, de l’Open d’Australie 2017, où elle s’est imposée, au tournoi de Miami en mars 2018. Elle n’a participé qu’à trois tournois dans l’année avant ce Wimbledon. En étant revenue à la compétition moins d’un an après la fin de grossesse, elle a dans un premier temps utilisé son classement protégé, dont bénéficient les joueuses dans son cas ou de retour de blessure, pour intégrer directement le grand tableau.

Ce que ça a donné : finaliste. Serena Williams a honoré avec ce résultat la “confiance” du Comité du tennis professionnel, dont les possibles modifications dans le classement du tableau féminin restent à sa discrétion, sans critère clairement établi. L’Américaine de 36 ans profite de son statut de tête de série N°25 et de l’hécatombe dans son quart de tableau pour se retrouver en demi-finale sans affronter une seule joueuse du Top 50. Elle n’a même perdu qu’un seul set, en quart de finale contre Camila Giorgi. Après avoir dominé Julia Görges en demi-finale, Serena Williams perd en finale contre Angelique Kerber, tête de série numéro 11 (6-3, 6-3). La première finale de Grand Chelem de l’Américaine depuis sa grossesse.

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