« C’est ce qui compte le plus au haut niveau » : Arthur Fils, le guerrier qui se fait sa place
Le Tricolore tentera d’accéder à sa première finale en Masters 1000 face à Jiri Lehecka à Miami.
Arthur Fils ne s’embarrasse pas de fausse modestie. Quand on l’interroge sur les ressources mentales nécessaires pour remonter un score de 6-2 dans un tie-break, sa réponse est d’une franchise désarmante : « Ça signifie juste que je suis un grand guerrier et un grand compétiteur. » Pas d’hésitation, pas de détour. Un simple constat pour celui qui a testé ses convictions au cœur de la mêlée et les a vues résister.
Cette force de caractère a été mise à rude épreuve jeudi soir à Miami, lors de sa victoire face à Tommy Paul (6-7, 7-6, 7-6). Pendant de longues séquences, Fils a subi le jeu, peinant sur ses retours et incapable de lire un service qu’il a lui-même qualifié d’indéchiffrable. « Je ne voyais pas où il servait », a-t-il admis après la rencontre. « Il servait très, très bien — et je servais plutôt pas mal non plus. C’était une bataille féroce. » Trente-six jeux, zéro break. Un duel qui s’est joué exclusivement au jeu décisif, dans les détails, au mental.
Et c’est dans ces détails que tout a basculé. Mené 6-2 dans le tie-break final, alors que le match semblait plié, Fils s’est accroché à la seule chose qui lui restait. « Je me suis juste dit : point après point, avec un peu de chance, ça passe. Mais surtout, je me disais que ce n’était pas grave, il jouait mieux que moi. Il fallait juste se battre jusqu’au bout. » Six points consécutifs plus tard, le match était dans la poche.

La dimension physique de ce combat, Fils la travaille de manière de plus en plus chirurgicale. Quelques jours plus tôt, il évoquait ouvertement la reconstruction de son jeu de fond en comble : la glissade côté revers, l’endurance, l’idée de tenir la distance en fin de match sans flancher.
Jeudi soir, ce n’étaient plus des théories d’entraînement, mais des armes de survie. « Je défendais comme un fou sur cette balle de match », confie-t-il. « Glissades en revers, tout ce que je pouvais… J’essayais juste de remettre la balle dans le terrain et d’attendre. » Interrogé sur les changements spécifiques apportés à l’entraînement, sa réponse fuse : « La glissade en revers. D’habitude, je ne glisse jamais de ce côté-là. Maintenant, je le fais très bien. »
Les jambes, il l’avoue, n’en sont pas sorties indemnes. « C’était dur physiquement, il faut que je récupère. Les cannes tirent un peu, je sens des raideurs. » Mais il s’est permis un sourire crispé en pensant à l’alternative : « Quand on gagne, en général, on ne sent plus trop la douleur. Si j’avais perdu ce soir, c’est sûr que demain, je ne pourrais plus marcher. »
Fils : « Ils m’ont tellement poussé »
Au-delà de la résilience physique, Fils a insisté sur le moteur émotionnel qui l’anime. « Si mon clan n’était pas dans la box avec moi, j’aurais perdu, c’est certain« , a-t-il lâché avec une franchise inhabituelle. « Ils m’ont tellement poussé que j’ai fini par gagner grâce à eux ce soir. » Cela ressemble à de la générosité, c’est aussi de l’architecture. Celle d’un compétiteur qui sait exactement de quel environnement il a besoin et qui l’a bâti sur mesure.
Il y a huit mois, Fils était blessé, simple spectateur du circuit. Une demi-finale à Miami aurait alors ressemblé à un rêve. Aujourd’hui, il refuse de laisser la symbolique de l’étape occulter le processus. « Le plus important, c’est le travail qu’on fournit chaque jour. C’est par ce travail qu’on se crée des opportunités et qu’on arrive à les saisir. »
De son propre aveu, il est un grand compétiteur. « Parfois, il y a des jours où l’on joue un peu moins bien, où l’on rate un peu plus, où l’on voit les choses avec un temps de retard », reconnaît-il. « Mais l’essentiel reste de se battre jusqu’au bout. Et aujourd’hui, c’est ce qu’on a fait. »
Ce jeudi soir à Miami, personne ne pourra dire le contraire.