4 novembre 1984 : Le jour où John McEnroe aurait dû être disqualifié

Chaque jour, Tennis Majors remonte le temps pour revenir sur un événement marquant pour la planète tennis. Le 4 novembre 1984, John McEnroe pète les plombs à Stockholm comme jamais il ne l’a fait depuis le début de sa carrière. Il finira tout de même par finir sa demi-finale contre Anders Jarryd et à l’emporter.

4 novembre 2021
John McEnroe

Ce qui s’est passé ce jour-là : McEnroe pète les plombs

Ce jour-là, le 4 novembre 1984, John McEnroe connaît l’une de ses plus célèbres sautes d’humeur, lors du tournoi de Stockholm. L’Américain, alors au sommet de sa carrière, perd ses nerfs à la suite d’un désaccord avec l’arbitre, alors qu’il affronte Anders Jarryd en demi-finales. Il sort complètement de ses gonds, traitant l’arbitre de « connard », un comportement qui lui vaudra une suspension de 21 jours. Malgré tout, McEnroe remporte le match (1-6, 7-6, 6-2) et même le tournoi, le jour suivant. 

Les acteurs : John McEnroe

  • John Mc Enroe, le patron

John McEnroe, né en 1959, est le numéro 1 mondial. Le gaucher de New-York éblouit le monde du tennis dès ses premier pas sur le circuit, en 1977, lorsqu’à l’âge de 17 ans, il s’aligne à Wimbledon en tant qu’amateur pour s’extraire des qualifications et atteindre les demi-finales. « Mac » est extrêmement talentueux, son jeu étant basé sur le toucher de balle et la précision, le tout agrémenté d’un service aussi original qu’efficace. Il est aussi bien connu pour ses sautes d’humeur et ses constantes discussions avec le corps arbitral.

En 1979, il devient le plus jeune vainqueur de l’histoire de l’US Open en battant en finale Vitas Gerulaitis (7-5, 6-3, 6-3). Il crée également la surprise cette année-là en venant à bout de Bjorn Borg en finale du WCT (7-5, 4-6, 6-2, 7-6). En novembre 1984, il détient déjà sept titres du Grand Chelem, dont quatre US Open et trois Wimbledon. Son match le plus connu est la finale de Wimbledon 1980, qu’il a perdue en cinq sets contre Borg, après avoir gagné un incroyable tie-break au quatrième set (18-16).

Meilleur joueur du monde en 1984, il achève sa meilleure saison sur le circuit : après une terrible défaite en finale de Roland-Garros (perdue face à Lendl malgré une avance de deux sets, 3-6, 2-6, 6-4, 7-5, 7-5), il remporte Wimbledon ainsi que l’US Open, ne subissant qu’une seule défaite au cours de l’été (face à Vijay Amritraj, au premier tour de Cincinnati).

  • Anders Jarryd, spécialiste du double

Anders Jarryd est né en 1961. Passé pro en 1980, le Suédois remporte son premier tournoi en simple en 1982, en battant José Higueras en finale à Linz (6-4, 4-6, 6-4). En août 1984, il entre dans le top 10, et au mois de novembre, il atteint la 6e place mondiale après avoir remporté le titre le plus important de sa carrière à Sydney, où il domine en finale Ivan Lendl (6-3, 6-2, 6-4). Jarryd est encore meilleur en double, où il a gagné un premier tournoi du Grand Chelem à Roland-Garros en 1983 (associé à Hans Simonsson) et atteint la finale de l’US Open en 1984 (avec Stefan Edberg).

Le lieu : La Kungliga Tennishalle de Stockholm

L’Open de Stockholm a été créé en 1960. Disputé chaque année sur dur intérieur à la Kungliga Tennishalle, ce tournoi prestigieux a notamment été remporté par Arthur Ashe (1971, 1974) et Bjorn Borg (1980). John McEnroe y a déjà triomphé en 1978 et 1979.

L’histoire : McEnroe insulte l’arbitre mais reste sur le terrain et l’emporte

En 1984, John McEnroe est presque imbattable. Depuis le début de l’année, il a gagné 12 tournois, dont Wimbledon et l’US Open, et n’a perdu que deux matches, dont la fameuse finale de Roland-Garros contre Ivan Lendl. Lorsqu’il se présente pour affronter Anders Jarryd en demi-finales de Stockholm, il est sur une série de 17 victoires consécutives.

Néanmoins, Jarryd croit en ses chances et prend le meilleur départ. Les nombreux succès accumulés par McEnroe lors des mois précédents n’ont pas adouci son caractère, et dès le deuxième jeu, il écope d’un avertissement pour avoir jeté une balle en direction d’un spectateur. Tandis que McEnroe se laisse gagner par la frustration, le Suédois, qui est lui aussi au sommet de sa forme, empoche le premier set, 6-1.

Au deuxième set, le numéro 1 mondial reprend les commandes, 4-2, mais le match est sur le point de mal tourner. En désaccord avec l’annonce d’un juge de ligne, McEnroe s’approche de l’arbitre, qu’il espérait voir inverser la décision.

« Il n’y a eu aucune erreur, pour l’instant, dans ce match ? Vous n’avez ‘‘overrulé” aucune décision. Il n’y a pas eu la moindre erreur ? »

Alors que l’arbitre, Leif Ake Nilsson, semble ignorer sa question et annonce « Deuxième service, s’il vous plaît », le gaucher s’emporte et hurle : 

« Réponds à ma question ! La question, espèce de connard ! »


Après avoir perdu son jeu de service, McEnroe retourne à sa chaise et, fou de rage, envoie balader tous les verres et les glaçons attenants. 

« J’étais un peu choqué, mais je n’ai rien fait », dira Jarryd, des années plus tard, au New York Times. « Mac était une grande star. Je ne pouvais pas vraiment aller voir l’arbitre et lui demander de disqualifier McEnroe. »

Pendant ce temps, McEnroe retourne voir l’arbitre. D’après sa gestuelle, il pense certainement qu’il va être disqualifié, mais il écope « seulement » d’un jeu de pénalité qui ramène le score à 4-4. 

« Est-ce qu’on peut enlever cette personne de la chaise d’arbitre ? » demande encore le premier mondial.

Malgré cet accès de colère, l’Américain s’impose finalement, 1-6, 7-6, 6-2.

« C’est difficile de jouer contre quelqu’un qui se comporte comme McEnroe », avoue Jarryd aux journalistes à l’issue du match, tandis que l’intéressé explique son comportement par une grande fatigue mentale.

La postérité du moment : Amende et suspension pour McEnroe

Le jour suivant, McEnroe gagnera le tournoi, en battant un autre Suédois, Mats Wilander (6-2, 3-6, 6-2). Il recevra une lourde amende et sera suspendu 21 jours par l’ATP, ce qui lui permettra tout de même de participer à la finale de la Coupe Davis (au cours de laquelle les Etats-Unis seront défaits par… la Suède), et de remporter le Masters, alors disputé au mois de janvier.

25 ans plus tard, Nilsson, l’arbitre du match, admettra n’avoir toujours pas de réponse à apporter à la question de McEnroe. « Il voulait une réponse à sa question, mais je n’en trouvais pas. Si j’avais pu répondre à sa question, je l’aurais fait, mais aujourd’hui encore, je ne saurais quoi répondre. (…) Je ne savais simplement pas quoi dire, c’est pourquoi j’ai dit « deuxième service, s’il vous plaît » ».

McEnroe aura beau dire, plus tard, que son craquage à Stockholm était « son souvenir le plus gênant », lorsqu’on lui demandera s’il se souvient de l’arbitre du match, sa réponse parlera d’elle-même : « Je ne me rappelle aucun arbitre de chaise en particulier, ils étaient tous aussi mauvais. »

Après 1984, McEnroe ne gagnera plus le moindre tournoi du Grand Chelem. En 1986, épuisé mentalement, il fera même une pause dans sa carrière, le temps d’épouser Tatum O’Neal. Après son retour, « Mac » n’obtiendra jamais de résultats comparables à ceux d’avant et n’atteindra plus jamais la finale d’une épreuve du Grand Chelem. Son dernier résultat marquant sera une demi-finale à Wimbledon perdue contre Andre Agassi en 1992 (6-4, 6-2, 6-3). Au total, McEnroe aura gagné sept tournois du Grand Chelem et passé 170 semaines au sommet du classement ATP. 

John McEnroe, Roland-Garros, 1992
John McEnroe, Roland-Garros, 1992, Imago / Panoramic

Anders Jarryd atteindra son meilleur classement, 5e mondial, en 1985, mais en double, il deviendra numéro 1 mondial et réussira le Grand Chelem en carrière. Il fera également partie de l’équipe suédoise de Coupe Davis qui remportera l’épreuve en 1984 et en 1987.

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