« Tout compte, absolument tout » : comment Novak Djokovic programme son mental pour repousser ses limites

Le numéro un mondial Novak Djokovic a expliqué le fonctionnement de son cerveau et comment il est devenu la personne et le joueur qu’il est aujourd’hui, avec l’aide des personnes qui l’ont façonné.

14 novembre 2021
Novak Djokovic, 2021

ATP Finals 2021 | Poules | Programme | Djokovic-Norrie (21h)

« Chaque fois que vous avez perdu ici en finale (à Roland-Garros), vous avez rebondi immédiatement à Wimbledon. Penses-tu que ce sera plus difficile cette fois-ci, ou as-tu une sorte de routine qui te permet de passer à autre chose assez rapidement ? »

Telle était la question que la journaliste et auteure Carole Bouchard, collaboratrice de Tennis Majors, a posé à Novak Djokovic après l’une des défaites les plus difficiles de sa carrière, celle subie face à Stan Wawrinka en finale de Roland-Garros en 2015.

« Non, ça va être très facile », avait ri Novak Djokovic en guide se réponse. « Je veux dire, il s’agit juste d’aller à Wimbledon et soulever le trophée ». Il plaisantait, mais devinez quoi : un peu plus d’un mois plus tard, le Serbe tenait le trophée de Wimbledon entre ses mains.

Wimbledon 2015 Men’s Singles – Serbia’s Novak Djokovic poses with the trophy after winning the final – © AI / Reuters / Panoramic

Le cliché selon lequel la défaite est une leçon qui vous rendra meilleur dans le futur est presque un passage obligé pour les sportifs de haut niveau. Dans le cas de Djokovic, le verbe et les actes se rejoignent. Sa capacité à rebondir instantanément est sans égale dans le monde du tennis.

Djokovic : « Pour que vous soyez au sommet, vous devez savoir que tout est important »

L’exemple le plus récent est celui du Rolex Paris Masters. Après une défaite marquante en finale de l’US Open (où il était sur le point de réaliser l’inimaginable – réaliser le Grand Chelem calendaire) et une pause de cinquante jours, Djokovic ne s’est pas contenté de reprendre la compétition. Il est reparti avec le trophée en battant Daniil Medvedev, celui qui avait brisé son rêve à New York.

En conférence de presse à l’issue de la finale, des journalistes serbes ont demandé à Djokovic quels étaient les traits de caractère personnels lui ayant permis de maximiser son potentiel, et comment il a pu se remettre aussi rapidement après des défaites très difficiles.

« Pour que vous soyez au sommet d’un sport individuel aussi exigeant, vous devez savoir que tout compte, absolument tout, a expliqué le joueur de 34 ans. Combien de temps vous vous entraînez et comment vous le faites, de qui vous vous entourez, comment vous mangez, comment vous dormez, etc. Tout cela affecte le « produit fini », c’est-à-dire les résultats sur le terrain. J’en suis conscient, et cette prise de conscience est venue avec le temps ».

En plus de ses titres, l’héritage de Djokovic ne mesurera peut-être au niveau de professionnalisme auquel il a porté le tennis. Igor Cetojevic, le médecin qui a diagnostiqué l’intolérance au gluten du Serbe en 2011, a pu observer de près la façon dont le numéro un mondial pense.

J’avais l’habitude de plaisanter avec Novak en lui disant qu’il avait une mentalité allemande »

Dr Igor Cetojevic

« Djokovic a toujours raisonné à long terme », éclaire Cetojevic. « Il avait une vision de ce qu’il allait devenir et il posait toujours des questions telles que ‘pourquoi faisons-nous cela ?’. Novak est très intelligent, il cherche toujours des solutions et des réponses. J’avais l’habitude de plaisanter avec lui en disant qu’il avait une mentalité allemande, avec cette façon de se responsabiliser. Par exemple, si nous nous mettons d’accord pour essayer quelque chose de nouveau, il va l’expérimenter jusqu’au bout avant de décider s’il se sent à l’aise ou non. »

Djokovic attribue son mérite à l’environnement dans lequel il a grandi. « En plus de mes parents, j’ai pu compter sur des gens expérimentés qui m’ont montré la voie : Jelena Gencic et Niki Pilic. Ils ont été de formidables mentors et de grands professeurs, non seulement de sport, mais aussi de vie », a-t-il noté. « J’ai tellement appris avec eux… Cela ne signifie pas que mon travail est terminé ».

Djokovic : « Je sais que je ne sais rien »

Citant le philosophe grec Socrate, Djokovic a ajouté : « Je sais que je ne sais rien. C’est mon attitude dans la vie ».

Ainsi, lorsque Djokovic est prêt à changer sa tactique et à venir au filet 23 fois avec succès contre Medvedev en finale du Rolex Paris Masters, ou lorsqu’il gagne certains des points cruciaux de la finale de Wimbledon 2021 à la volée, cela a beaucoup à voir avec son ouverture d’esprit et son adaptabilité. 

« Je fais un effort pour apporter de nouvelles choses dans ma vie, que ce soit à l’entraînement, dans mon régime alimentaire, dans mon approche mentale, etc. Tout ce qui peut me donner un avantage et me permettre d’améliorer mon jeu, mon approche mentale ou mes émotions sur le terrain. Bien sûr, j’ai mes recettes maison, mais ces recettes peuvent bouger, car je change et j’évolue, comme tout le monde. »

Bien sûr, j’ai mes recettes maison, mais ces recettes maisons peuvent bouger, car je change et j’évolue, comme tout le monde.

Novak Djokovic

Tout au long de sa carrière, Djokovic a pratiqué le yoga et la méditation, en mettant l’accent sur les exercices de respiration. Il a modifié la technique de son coup droit et son mouvement au service. Sur le plan physique, il ne s’est pas contenté de travailler en salle de gym et sur le court, il a également utilisé la natation, le vélo et d’autres moyens plus créatifs et amusants pour se construire un physique a toute épreuve.

L’un des aspects qui le distinguent des autres est son élasticité, sa capacité à s’étirer et à frapper des coups dans des positions impossibles. Ça aussi, c’est une construction.

« La souplesse de Novak l’a préservé des blessures pendant la majeure partie de sa carrière », explique Miljan Amanovic, physiothérapeute de longue date de Djokovic, à propos de l’importance des étirements.

« Les coups depuis des positions ‘impossibles’ et les glissades qu’il effectuait auraient certainement conduit d’autres athlètes à des blessures ligamentaires et articulaires, mais ses muscles étaient tellement allongés qu’ils protégeaient tout son corps. »

Ivanisevic : « Ça peut devenir intense et chaud avec Novak »

Djokovic dit souvent que stagner signifie régresser. Il a pour obsession d’éviter toute auto-complaisance. Goran Ivanisevic, l’un des entraîneurs du Serbe depuis Wimbledon 2019, admet qu’il peut parfois être difficile de travailler avec Djokovic.

« Il y a beaucoup de choses qu’il fait parfaitement », avait expliqué Ivanisevic dans une interview accordée à Tennis Majors plus tôt dans l’année. « C’est là que les opinions peuvent diverger – la nôtre en tant qu’entraîneurs et la sienne (en tant que joueur). Il veut faire quelque chose de mieux, de différent, mais Marian (Vajda) et moi pouvons ne pas être d’accord. Et puis nous commençons à (parler) : coup droit, revers, service… Je veux dire, même son retour, qui est le meilleur de tous les temps, il pense parfois qu’il peut encore l’améliorer. »

« Il est normal d’avoir des divergences d’opinion, cela rend notre collaboration intéressante », a ajouté Ivanisevic. « Avec Novak, j’ai appris beaucoup de nouveaux détails et je me suis amélioré en tant qu’entraîneur. Mais oui, cela peut devenir intense et chaud, surtout pendant les matchs. Mais globalement, nous travaillons très bien ensemble. »

Dans sa quête désormais permanente de records, la prochaine étape pour Djokovic sera le Masters de Turin, qui débutera le dimanche 14 novembre, où il tentera de décrocher le titre pour la sixième fois de sa carrière. Il ne s’est plus imposé dans l’épreuve depuis 2015.

« Comme je l’ai dit à plusieurs reprises, le tennis est un sport dans lequel il faut tourner la page rapidement, pour se concentrer sur le prochain défi », a conclu Djokovic. « Ce n’est pas un sport qui vous laisse le temps de vous gargariser et de contempler ce que vous avez réussi sur le temps long. »

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