Plus économe et plus clinique que jamais : comment Djokovic a poursuivi sa moisson de records

De retour après cinquante jours d’absence, Novak Djokovic a encore battu de nombreux records en remportant le Rolex Paris Masters. Récit d’un week-end mené comme sa saison : avec une intelligence exceptionnelle

Novak Djokovic, Rolex Paris Masters 2021

Novak Djokovic l’avait dit, il l’a fait. S’il avait choisi le Rolex Paris Masters pour faire son retour, lui qu’on n’avait plus vu en compétition depuis la finale de l’US Open perdue contre Daniil Medvedev (et contre le poids de l’histoire), c’était avec un objectif bien précis en tête : celui de s’assurer de terminer pour la septième fois une saison en position de numéro un mondial, et battre ainsi le record de Pete Sampras, son idole de jeunesse.

Djokovic l’a non seulement fait, mais il l’a fait de la meilleure des manières. C’est-à-dire en remportant le titre face à ce même homme qui pouvait encore le coiffer au poteau pour cet accessit de fin d’année, encore et toujours ce diable de Medvedev.

On pouvait se demander si celui-ci, tenant du titre, n’avait pas un petit avantage psychologique sur lui depuis New York. Le Russe a vite compris que non : « C’est impossible de prendre l’avantage psychologique sur lui, a étayé Daniil après sa défaite. D’ailleurs, j’essaie moi-même de prendre exemple là-dessus. J’ai envie que les autres ressentent la même chose contre moi. Je savais que Novak voudrait absolument prendre sa revanche. » 

Il est impossible de prendre l’avantage psychologique sur lui.

Daniil Medvedev

Le Serbe, lui, n’a pas réellement évoqué cet esprit de vengeance. Il n’est pas allé jusqu’à dire que son job était terminé après s’être assuré de finir numéro un en battant Hubert Hurkacz en demi-finale, mais pas loin : « Après avoir atteint mon objectif le plus important de la semaine, je me suis senti plus détendu sur le court aujourd’hui (dimanche), a-t-il expliqué en conférence de presse. Bien sûr, je voulais quand même finir avec un trophée à la clé (le 86e de sa carrière, Ndlr), mais je ne voulais pas non plus m’emprisonner émotionnellement avec ça. Je voulais pouvoir me libérer du stress, de la pression. »

Et c’est vrai qu’en finale, on a vu un Novak Djokovic étonnamment détendu sur le court, affichant un visage souriant et applaudissant plus souvent qu’à son tour les jolis points de son adversaire. Mais s’il a renversé le cours d’une finale mal embarquée, au-delà de sa « zénitude », c’est surtout parce qu’il a remporté la bataille tactique en se lançant dans un schéma résolument offensif après avoir constaté, durant les premiers jeux, que son adversaire dominait la filière du fond.

A partir du deuxième set notamment, on a vu un Djokovic beaucoup plus attiré par le filet (36 montées en tout), et même en mode « Pat Rafter » lors du jeu-clé du match, à 5-3 au deuxième set, où il a multiplié les service-volées avec succès.

« Ça faisait partie du plan de le jouer un peu à contre-pied, de « mixer » le jeu et de monter au filet. Je voulais canaliser son agressivité du fond de court. En quelque sorte, j’ai réussi à lui couper la chique »a expliqué « Nole », qui a par ailleurs reconnu que les conditions plus lentes l’avaient aussi aidé à mieux maîtriser le service adverse par rapport à l’US Open.

Djokovic a bâti son succès dans la filière rapide

Une stat’ dit tout de la filière dans laquelle Djokovic a bâti son succès : il a largement dominé les échanges disputés en moins de 4 frappes (55 à 39), alors qu’il a été battu dans les rallyes de plus de 9 coups (22 à 19). Djokovic et Medvedev, ce sont un peu les Karpov et Kasparov du tennis. Leurs confrontations sont toujours assimilables à des parties d’échecs. Et c’est cette fois le Russe, pourtant un maître du genre, qui a été mis « mat », finissant la partie déboussolé, notamment côté coup droit.

Cette tendance n’est pas nouvelle chez Djokovic, qu’on avait déjà vu très offensif contre Medvedev en finale de l’US Open (même si ça semblait alors être une tactique un peu désespérée), mais aussi dans d’autres matches importants cette année. Elle s’inscrit probablement dans une volonté de se donner un atout supplémentaire pour répondre à l’éclosion d’une génération de joueurs capables désormais de le regarder dans les yeux du fond de court.

Jouer encore plusieurs années

Novak Djokovic

Mais elle colle aussi avec son évolution globale : à 34 ans, Novak Djokovic cherche plus que jamais à limiter son temps d’action sur les courts. Dans sa programmation comme dans sa gestion des matches, il n’a jamais été autant économe de ses efforts. Pour une efficacité, en revanche, maximale.

Le numéro un mondial n’a disputé que 11 tournois cette année (12 avec le Masters) pour un total de 50 matches joués, moins que le nombre de matches gagnés par la plupart de ses rivaux (55 victoires pour Tsitsipas et Zverev, 54 pour Medvedev). Ces tournois, il a pu en plus les disputer dans des zones géographiques favorables pour lui (un à Monte Carlo où il réside, deux à Belgrade, deux à Paris, un à Rome où son épouse a fait ses études…). Hormis le « couac » des JO à Tokyo (pas de médaille) puis de l’US Open (Grand Chelem calendaire manqué), il aura donc maximisé son rendement.

Remporter un Masters 1000 comme celui de Bercy après cinquante jours sans match n’est pas un exploit donné à tout le monde. Il nécessite une connaissance de soi et une confiance en ses moyens hors du commun. Tout comme, en début de saison, son succès à l’Open d’Australie (toujours face à Daniil Medvedev en finale), alors qu’il avait dû composer avec une blessure aux abdominaux. L’apothéose, peut-être, de ce côté clinique. De cette capacité hors norme à contrôler le moindre geste, le moindre mouvement, le moindre souffle.

2021, l’année de tous les records

A ce stade de sa carrière, Novak Djokovic peut se permettre ce luxe d’avoir moins besoin de repères que la plupart de ses rivaux pour être ultra-compétitif. Et donc d’optimiser sa programmation, condition sine qua non pour espérer, comme il l’a dit après son titre, continuer sa carrière « pendant encore plusieurs années. »

Et s’il veut continuer, au-delà de son amour le jeu, c’est bel et bien pour battre des records. Remporter le Rolex Paris Masters pour la sixième fois n’est pas synonyme de record, puisqu’il était déjà le joueur le plus titré de l’histoire du tournoi. Mais, avec un 37e Masters 1000 au total, il lui permet de repasser devant Rafael Nadal, ce qui n’est pas anodin. 

Au total de sa stratosphérique saison 2021, Novak Djokovic, en jouant aussi « peu », a fait voler en éclats plusieurs marques de référence. Il ne faut pas oublier ses 345 semaines passées en tout à la place de numéro un (record de Federer battu), et encore moins, évidemment, ses 20 titres du Grand Chelem (record de Federer et Nadal égalé). Rappelons aussi que son sacre à Roland-Garros lui a valu de devenir le premier joueur de l’ère Open à remporter au moins deux fois chaque titre du Grand Chelem.

Et la quête n’est pas finie, loin de là, puisque dans une semaine, le Serbe tentera de décrocher à Turin un sixième sacre au Masters, ce qui lui permettrait d’égaler Federer et Sampras. Et cette fois, les quelques doutes émis avant sa semaine parisienne ne seront plus de mise : en Italie, ce sera bel et bien lui le favori.

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