13 novembre 1988 : Le jour où la légendaire rivalité entre Navratilova et Evert a pris fin

Le 13 novembre 1988, l’une des plus grandes rivalités de l’histoire du tennis s’est conclue, à Chicago. Au terme d’une rencontre sans suspense, Martina Navratilova a remporté la 80e et dernière confrontation face à sa rivale de toujours, Chris Evert.

Ce qu’il s’est passé ce jour-là : Martina Navratilova a battu une dernière fois Chris Evert

Ce jour-là, le 13 novembre 1988, en finale du tournoi Virginia Slims de Chicago, Martina Navratilova et Chris Evert s’affrontent pour la 80e fois. Malgré la victoire à sens unique de Navratilova (6-2, 6-2), le match rentre dans l’histoire comme le dernier épisode de l’une des plus grandes rivalités sportives de tous les temps, Navratilova ayant finalement l’avantage, 43-37. Les deux championnes, coéquipières en Fed Cup, se sont affrontées à 14 reprises en finale de Grand Chelem.

Les actrices

Chris Evert, reine de la terre battue

Chris Evert est née en 1954 en Floride. Entraînée par son père, elle développe un jeu basé sur la régularité, tenant ses adversaires à distance du filet grâce à sa longueur de balle, et les sanctionnant avec d’excellents passing shots si elles montent imprudemment. Elle obtient son premier résultat notable à l’âge de 16 ans, se hissant en demi-finales de l’US Open (éliminée par la numéro 1 mondiale, Billie Jean King, 6-3, 6-2). La liste de ses exploits au cours des dix-neuf années suivantes est plus qu’impressionnante. Tout au long de sa carrière, Evert atteint le dernier carré de 52 des 56 tournois du Grand Chelem auxquels elle participe. Elle parvient en finale à 34 reprises, et remporte pas moins de 18 tournois majeurs : Roland-Garros (1974, 1975, 1979, 1980, 1983, 1985, 1986), Wimbledon (1974, 1976, 1981), l’US Open (1975-1978, 1980, 1982), et l’Open d’Australie (1982, 1984). Elle ne fait que six fois le déplacement à Melbourne, et fait l’impasse sur Roland-Garros à trois reprises (1976-1978) alors qu’elle alors invincible sur terre battue, surface sur laquelle elle gagne 125 matches d’affilée entre 1973 et 1979. Accumulant un total de 154 titres, Evert termine sept saisons à la première place mondiale :  (1974, 1975, 1976, 1977, 1978, 1980, 1981), et, de 1972 à la fin de sa carrière, elle ne quitte jamais le top 4 mondial. Cependant, en novembre 1988, elle n’a plus triomphé en Grand Chelem depuis plus de deux ans, et elle est à présent 3e mondiale, derrière Steffi Graf et sa rivale de toujours, Martina Navratilova.

Martina Navratilova, la polyvalence à son paroxysme

Martina Navratilova, née en 1956 en Tchécoslovaquie, est, selon Billie Jean King, « la plus grande joueuse de simple, de double et de double mixte ayant jamais vécu ». Depuis le début de sa carrière, elle a déjà gagné pas moins de 138 tournois.

Navratilova a gagné un total de 17 tournois du Grand Chelem en simple : elle détient 8 titres à Wimbledon (dont 6 gagnés consécutivement entre 1982 et 1987), quatre à l’US Open (1983, 1984, 1986, 1987), trois en Australie (1981, 1983, 1985) et deux à Roland-Garros (1982, 1984). En 1988, elle a déjà accumulé 28 titres majeurs en double et 5 en double mixte. 

Elle détient également un record de six tournois du Grand Chelem gagnés à la suite, entre Wimbledon 1983 et l’US Open 1984 (l’Open d’Australie se jouait alors en décembre), et a occupé la première place mondiale pendant 322 semaines, ce qui, en 1988, est encore un record.

Martina Navratilova, gauchère, pratique le service-volée mieux que quiconque auparavant. D’après sa rivale Chris Evert, elle a révolutionné la condition physique dans le tennis féminin, apportant notamment l’idée de pratiquer d’autres sports, tels que le basket-ball, pour s’entraîner physiquement.

Le 17 août 1987, Navratilova perd sa place de n°1 mondiale au profit d’une Allemande de 10 ans sa cadette, Steffi Graf.

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Le lieu : l’UIC Pavilion de Chicago

Le tournoi de Chicago a été créé en 1971. En 1988, il se joue sur moquette intérieure à l’UIC Pavilion, une salle multisports inaugurée en 1982. Martina Navratilova a déjà gagné le tournoi à sept reprises.

L’histoire : une 80e et dernière confrontation

La finale du tournoi de Chicago 1988 entre Martina Navratilova et Chris Evert est le 80e épisode de leur rivalité, mais, bien que les joueuses l’ignorent encore, il s’agit également du dernier.

Navratilova mène alors 42-37, mais Evert, qui a deux ans de plus et qui était déjà bien installée au sommet lorsque la gauchère y faisait ses premiers pas, avait d’abord remporté 21 de leurs 25 premiers matches. Il a fallu que Navratilova batte sa rivale 12 fois d’affilée en 1982 et 1983 pour recoller au score.

Navratilova a gagné 10 des 14 finales de Grand Chelem au cours desquelles les deux légendes se sont affrontées, et, parmi les quatre gagnées par Evert, trois ont eu pour cadre Roland-Garros (1975, 1985, 1986), reflétant la prévalence d’Evert sur terre battue (11-3 pour elle sur sa surface préférée). A Chicago, les deux rivales sont sur le point de disputer leur 60e finale sur le circuit, Martina menant 35-24. 

A elles deux, elles ont occupé la première place 592 semaines durant, 332 pour Navratilova et 260 pour Evert. Entre l’Open d’Australie 1981 et Wimbledon 1985, elles ont à elles deux remporté 15 tournois du Grand Chelem consécutifs, et, de l’Open d’Australie 1982 à l’US Open 1987, elles ont gagné 21 tournois majeurs sur 24. Depuis 1987, leur emprise sur le circuit s’est relâchée, Hana Mandlikova ayant cette année-là gagné l’Open d’Australie et Steffi Graf, Roland-Garros. En 1988, la jeune Allemande parvient même à réaliser le Grand Chelem, un exploit que Navratilova avait été à deux matches de réussir en 1984.

Leurs rencontres étaient d’autant plus passionnantes que leurs styles de jeu étaient opposés, la Tchècoslovaque montant systématiquement au filet tandis que l’Américaine jouait un tennis plus défensif.

Cependant, il y a peu de place pour le suspense dans cette finale entre les deux plus grandes joueuses des quinze dernières années. Sur une surface rapide qui convient parfaitement à son jeu, Navratilova s’impose facilement, 6-2, 6-2, face à une adversaire loin de son meilleur niveau. 

D’après le Chicago Tribune, Navratilova est tellement étonnée par la faiblesse de la prestation d’Evert qu’à la fin du match, elle lui demande si tout va bien.

« Je n’ai eu que deux balles de break à sauver sur l’ensemble du match », remarque-t -elle. « Et je n’ai jamais perdu mon service. C’est très rare contre Chris. C’était difficile de montrer beaucoup d’enthousiasme aujourd’hui. J’aime gagner, mais je savais que Chris ne jouait pas bien. Ce n’était pas vraiment un match très excitant, et je ne suis pas aussi euphorique que si j’avais dû batailler jusqu’à 7-5. »

Evert, quant à elle, explique qu’il lui semble presque impossible de battre Navratilova sur une surface aussi rapide.

« Son service est une arme redoutable, et sur cette surface, je n’ai pas d’arme équivalente. C’est la surface la plus rapide du circuit. Je dois tout y réussir parfaitement pour la battre. C’est là où elle est la plus forte, et elle m’a pris de vitesse. »

La postérité du moment : Evert à la retraite, Navratilova vers le « Grand Chelem total »

Ce « match pas vraiment excitant » restera la dernière rencontre entre ces deux légendes de notre sport.

Malgré l’intensité de leur rivalité, Evert et Navratilova resteront amies.

« Martina est sans aucun doute l’une de mes amies les plus proches. Nous ne sommes pas du tout en concurrence, il n’y a aucune tension entre nous. », déclarera Evert à apnews.com.

« Je n’aurais pas été la même sans toi », dira Navratilova à son amie lors d’un live Instagram en 2020. « Nous avons réussi à nous soutenir l’une l’autre. Ça a certainement consolidé notre amitié, en y repensant. »

Evert prendra sa retraite douze mois plus tard, à la fin 1989, mettant un point final à sa carrière sur une dernière victoire contre la jeune Conchita Martinez en finale de la Fed Cup (6-3, 6-2).

Navratilova remportera son 18e et dernier titre du Grand Chelem à Wimbledon, en 1990, aux dépens de Zina Garrison (6-4, 6-1). Elle prendra sa retraite en 1994, mais en 2000, Navratilova reviendra sur le circuit, principalement en double. A l’Open d’Australie 2003, en s’imposant en double mixte, associée à Leander Paes, elle complètera à 46 ans son « Grand Chelem total ». Personne, hommes et femmes confondus, n’avait encore triomphé en Grand Chelem à un âge aussi avancé. En 2004, elle recevra une invitation controversée dans le tableau de simple à Wimbledon. Agée de 47 ans, elle passera néanmoins le premier tour, écartant la 102e mondiale Catalina Castano 6-0 6-2, avant de perdre contre Gisela Dulko, 59e mondiale, 3-6 6-3 6-3. En 2006, à quelques semaines de son 50e anniversaire, elle gagnera le double mixte à l’US Open, associée à Bob Bryan, et mettra, elle aussi, un terme définitif à sa carrière sur une dernière victoire.

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