9 juin 1984 : Le jour où Navratilova a réalisé le Grand Chelem sur deux saisons

Le 9 juin 1984, Martina Navratilova, n°1 mondiale incontestée, surclasse Chris Evert en finale de Roland-Garros 1984 et réalise le Grand Chelem sur deux saisons, détenant les quatre Majeurs.

Martina Navratilova, On this day

Ce jour-là, le 9 juin 1984, Martina Navratilova, qui domine largement le tennis féminin depuis un peu plus de deux ans, remporte à Roland-Garros son quatrième titre du Grand Chelem consécutif, en battant sa rivale Chris Evert en finale (6-3, 6-1). Elle est la première joueuse à détenir les quatre titres majeurs en même temps depuis Margaret Court, en 1970, qui avait réalisé le Grand Chelem calendaire. Dans le cas de Navratilova, la question de savoir si son exploit peut être qualifié de « Grand Chelem » fait débat, car ses quatre titres sont répartis sur deux saisons. Néanmoins, un tel exploit entre instantanément dans les annales du tennis et illustre l’ampleur de sa domination.

Les actrices

  • Martina Navratilova, n°1 mondiale incontestée

En 1984, Martina Navratilova, née en 1956, est la n°1 mondiale incontestée. D’après sa rivale Chris Evert, elle a révolutionné la condition physique dans le tennis féminin, apportant notamment l’idée de pratiquer d’autres sports, tel le basket-ball, pour s’entraîner physiquement. Elle atteint pour la première fois le sommet du classement en 1978, après avoir remporté son premier titre du Grand Chelem à Wimbledon, en prenant le dessus sur Chris Evert (2-6, 6-4, 7-5). Elle parvient à conserver son titre en 1979, et en 1981, elle s’impose pour la première fois à l’Open d’Australie, aux dépens d’Evert.

A cette époque, elle lutte avec Evert et Tracy Austin pour la première place mondiale, mais à partir de 1982, Navratilova exerce son emprise sur le circuit. Cette année-là, elle remporte Roland-Garros (où elle bat Andrea Jaeger en finale, 7-6, 6-1) et Wimbledon (où elle domine Evert, 6-1, 3-6, 6-2). En 1983, son emprise se change en domination absolue, et elle accomplit le Grand Chelem en carrière en s’imposant à l’US Open aux dépens de Chris Evert (6-1, 6-3). Lorsqu’elle arrive à Roland-Garros 1984, elle a gagné les trois tournois du Grand Chelem précédents et n’a été battue qu’une seule fois depuis le début de l’année.

  • Chris Evert, sa plus grande rivale

Chris Evert est née en 1954 en Floride. Entraînée par son père, elle développe un jeu basé sur la régularité, tenant ses adversaires à distance du filet grâce à sa longueur de balle, et les sanctionnant avec d’excellents passing shots si elles montent imprudemment. Elle obtient son premier résultat notable à l’âge de 16 ans, se hissant en demi-finales de l’US Open (éliminée par la n° 1 mondiale, Billie Jean King, 6-3, 6-2). La liste de ses exploits au cours des quatorze années suivantes est plus qu’impressionnante.

Jusqu’à présent, Evert a atteint le dernier carré de 35 des 36 tournois du Grand Chelem auxquels elle a participé. Elle est parvenue en finale à 20 reprises, et remporte pas moins de 15 tournois majeurs : Roland-Garros (1974, 1975, 1979, 1980, 1983), Wimbledon (1974, 1976, 1981), l’US Open (1975-1978, 1980, 1982), et l’Open d’Australie (1982, 1984). De plus, elle n’a fait que trois fois le déplacement à Melbourne, et a fait l’impasse sur Roland-Garros à trois reprises (de 1976 à 1978) alors qu’elle était alors invincible sur terre battue, surface sur laquelle elle a gagné 125 matches d’affilée entre 1973 et 1979. Accumulant un total de 126 titres, Evert a terminé sept saisons à la première place mondiale (1974, 1975, 1976, 1977, 1978, 1980, 1981), et, depuis 1972, elle n’a jamais quitté le top 3 mondial. 

Le lieu : Roland-Garros

Cette histoire a lieu à Roland-Garros. Le stade, situé dans l’ouest parisien, à la lisière du bois de Boulogne, accueille les Internationaux de France depuis 1928. Ce fut le premier et désormais le seul tournoi du Grand Chelem sur terre battue, la surface la plus lente, ce qui en fait le tournoi le plus difficile à gagner sur le plan physique. C’est la surface de prédilection de Chris Evert, tandis que le jeu de service-volée de Navratilova y est toujours plus vulnérable qu’ailleurs, bien qu’elle ait malgré tout gagné le tournoi à deux reprises.

L’histoire : Navratilova surclasse Evert

En juin 1984, Martina Navratilova a pris l’avantage sur sa principale rivale sur le circuit, Chris Evert. Chrissie avait dominé les premières années de leur rivalité, se détachant 27-13 lors de leurs 40 premiers affrontements, mais après qu’elle a humilié Navratilova (6-0, 6-0) à Amelia Island, en 1981, la gauchère d’origine tchécoslovaque a travaillé dur pour améliorer son tennis, et il n’a pas fallu attendre longtemps pour qu’elle devienne la numéro 1 mondiale incontestée. Au début du tournoi de Roland-Garros 1984, Navratilova s’est imposée lors de leurs dix dernières confrontations et n’a plus perdu contre Evert depuis décembre 1982. Cependant, s’il y a bien un endroit où la reine de la terre battue peut inverser la tendance, c’est bien Roland-Garros, où elle a déjà triomphé à cinq reprises. Elle n’y parviendra pourtant pas.

Le samedi 9 juin, Navratilova délivre une véritable démonstration, en particulier lors d’un deuxième set où, selon Chris Kirkpatrick, de Sports Illustrated, elle déploie « une panoplie d’armes étincelantes – des premiers services monstres, des volées qui claquent, des passings et des défenses impossibles des quatre coins du court, plus quelques amorties depuis la ligne de fond ». 

En seulement 63 minutes, Navratilova s’impose, 6-3, 6-1, remportant un quatrième titre du Grand Chelem consécutif et empochant du même coup la prime d’un million de dollars promise par l’ITF à tout joueur qui détiendrait les quatre titres simultanément. Elle est la troisième joueuse à remporter quatre tournois majeurs d’affilée, après Maureen Connolly (1953) et Margaret Court (1970).

Je pense toujours que je peux la battre. Et je n’abandonne pas. Je ne suis pas, comme Borg, du genre à raccrocher les raquettes quand je n’arrive pas à décrocher le gros lot.

Chris Evert

« Je n’ai pu lui trouver aucune faiblesse. Je n’ai pas su anticiper les amorties, je n’ai pas pu lire son jeu. (…) Je ne sais pas à quel point elle peut encore s’améliorer », déclare Evert, abasourdie, selon le New York Times.

« J’ai atteint un niveau de jeu supérieur », résume Navratilova, qui a non seulement remporté les quatre derniers tournois du Grand Chelem en simple, mais aussi en double, associée à Pam Shriver, un exploit véritablement unique dans l’histoire du tennis. 

Pendant ce temps, Evert, irritée par les journalistes qui laissent entendre qu’elle est sur le déclin et qu’elle devrait envisager de prendre sa retraite, les prévient qu’elle a encore l’intention d’être là pendant un certain temps : « Je pense toujours que je peux la battre. Et je n’abandonne pas. Je ne suis pas, comme Borg, du genre à raccrocher les raquettes quand je n’arrive pas à décrocher le gros lot. J’aime trop ce jeu. »

La postérité du moment : Navratilova et Evert, 18 titres du Grand Chelem chacune

Navratilova ajoutera deux autres titres majeurs à son palmarès cette année-là, à Wimbledon et à l’US Open, établissant ainsi un record absolu de six titres consécutifs. Toutefois, elle ne parviendra pas à réaliser le Grand Chelem calendaire, battue par Helena Sukova en demi-finale de l’Open d’Australie, qui se déroule alors en décembre (1-6, 6-3, 7-5).

Chris Evert avait raison d’écarter toute idée de retraite. Douze mois plus tard, elle prendra sa revanche sur Navratilova en la battant à l’issue de l’une des plus grandes finales de l’histoire de Roland-Garros (6-3, 6-7, 7-5).

Evert remportera son 18e et dernier titre du Grand Chelem à Roland-Garros en 1986, surclassant Martina Navratilova en finale (2-6, 6-3, 6-3). Elle n’atteindra plus jamais la finale d’un tournoi majeur, et prendra sa retraite moins de quatre ans plus tard, à la fin 1989, mettant un point final à sa carrière sur une dernière victoire contre la jeune Conchita Martinez en finale de la Fed Cup (6-3, 6-2).

Martina Navratilova deviendra, selon Billie Jean King, « la plus grande joueuse de simple, de double et de double mixte ayant jamais vécu ». Au cours de l’ère Open, aucun joueur, hommes et femmes confondu, ne gagnera plus de tournois que Navratilova en simple (167) ni en doubles (177), et personne ne remportera plus de matches qu’elle (2 189). A l’issue de sa carrière, elle détiendra 18 titres du Grand Chelem en simple, 31 en double et 10 en double mixte, réalisant le Grand Chelem total, qui consiste à remporter les quatre tournois majeurs en simple, double et double mixte. Elle passera en tout 332 semaines à la tête du classement WTA, mais elle ne réussira jamais le Grand Chelem calendaire.

Au total, Evert et Navratilova s’affronteront à 80 reprises, Navratilova menant 43-37. Malgré leur féroce rivalité, les deux joueuses resteront amies.

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