Joueurs et joueuses vaccinés ? Le thread de Ben Rothenberg qui atteste d’un fort scepticisme sur le circuit

Le sujet de la vaccination contre la COVID-19 a été posé sur la table à Miami par Ben Rothenberg, journaliste pour le New York Times et chroniqueur pour Match Points. Avec des réponses qui oscillent entre un enthousiasme modéré et une franche défiance.

Elina Svitolina, Dubaï, 2021

C’était un tweet qui avait comme un air de panique à bord. Diego Schwartzman, tard lundi heure de Miami, tôt mardi heure de Paris, revient en urgence sur le réseau social et y affirme avoir été mal compris à cause de son manque de maîtrise de l’anglais. Le voilà qui précise sa pensée en espagnol :

“Je veux clarifier ce que j’ai répondu à Ben Rothenberg dans mon anglais qui n’est pas très correct. Je me ferai vacciner quand ce sera mon tour, je ne veux pas être vacciné avant ma famille ou ceux qui en ont réellement besoin.”

On comprend le rétropédalage de l’Argentin si on se souvient de la foudre de critiques qui s’était abattue sur Novak Djokovic quand, au beau milieu du premier confinement, il avait exprimé ne pas envisager d’être obligé de se vacciner contre la COVID-19 pour poursuivre sa carrière. Sa position avait entraîné des réactions hostiles, comme celle de Rafael Nadal.

Voici ce qu’avait exprimé Diego Schwartzman quelques heures plus tôt. Rien d’aussi tranché que Djokovic, mais une forme d’attentisme notoire qui a commencé à ressembler à un bad buzz tandis que la night session se déployait à Miami :

“Ce n’est pas une priorité pour moi, parce que nous rencontrons beaucoup de problèmes pour avoir le vaccin en Argentine. Evidemment nous sommes aux Etats-Unis et il y a beaucoup d’opportunités pour que les gens se fassent vacciner, mais je ne songe pas à le faire. Si j’en ai l’occasion à l’avenir, je pense que j’aiderai ma famille à être vaccinée, mais je n’aime pas vraiment les vaccins, je n’ai jamais aimé, jamais. Ce n’est pas une habitude dans la famille de se faire vacciner. Je pense que tout le monde pourra être vacciné à l’avenir, mais pas maintenant.”

L’Argentine avait injecté deux doses à seulement à 1,48% de sa population, au 28 mars 2021, et à peine trois millions d’habitants en ont reçu au moins une (autour de 6%). La campagne de vaccination a aussi suscité la polémique, des membres du gouvernement ou certains de leurs proches ayant eu accès au vaccin en priorité, ce qui a provoqué la démission du ministre de la Santé fin février.

Diego Schwartzman, Cordoba, 2021

Rothenberg sur les cinq joueurs interrogés lundi : “Ils sont tous dubitatifs/hésitants/défiants”

La pandémie de coronavirus influe sur la vie des circuits de tennis depuis un an. Pas ou peu de public, bulles sanitaires pour les joueurs, voyages sous contrôle : la COVID-19 a bouleversé le quotidien d’un sport qui a pris l’habitude, depuis des décennies, de se promener sur tous les continents au fil de la saison. Pour l’instant, le sujet de la vaccination n’en est pas vraiment un. La WTA et l’ATP n’imposent rien aux joueuses et joueurs, les déplacements ne sont pas soumis à un éventuel passeport vaccinal qui n’existe nulle part dans le monde, et en l’état chaque pays organise sa campagne de vaccination en toute indépendance, sans privilégier particulièrement les sportifs professionnels.

Le sujet n’en est pas moins brûlant à l’heure où la vie sous cloche lasse les populations partout dans le monde. Le tennis ne fait pas exception à la règle, avec une forme d’anxiété avouée par plusieurs joueurs depuis l’Open d’Australie et l’appel récent de John Isner à alléger les contraintes pendant Wimbledon.

Ben Rothenberg, journaliste pour le New York Times et chroniqueur pour Match Points, émission de débats de Tennis Majors, l’a constaté ce lundi lors des conférences de presse en visio organisées pendant le Miami Open. Le reporter américain a questionné de nombreux joueuses et joueurs pour savoir s’ils comptaient se faire vacciner. Ce qui a suscité réponses gênées et réticences, pour la plupart. Il en a apporté la synthèse dans un thread sur Twitter largement commenté, lequel contient les captures de toutes les réponses des joueurs et joueuses interrogés lundi. “Ils sont tous dubitatifs/hésitants/défiants”, constate le journaliste, au sujet des cinq personnes interrogées ce lundi.

Osaka : “Dès que je serai éligible…”

Dans la consultation de Rothenberg, seule Naomi Osaka se déclare favorable au vaccin : “J’ai l’intention d’être vaccinée, dès que je serai éligible, a priori”. Ce pourrait être pour bientôt pour la Japonaise, qui bénéficie de la double nationalité américaine et vit aux Etats-Unis, où 90% des adultes devraient être éligibles au vaccin à compter de la mi-avril.

Simona Halep a aussi communiqué publiquement sur le fait qu’elle avait reçu une première dose fin février en Roumanie.

Sabalenka : “Si je suis contrainte de le faire, évidemment que le ferai, mais j’y penserai à deux fois”

Lundi, le mouvement de recul le plus spectaculaire est venu d’Andrey Rublev.

“Moi, si vous me demandez si je peux choisir et si j’ai le choix de ne pas recevoir le vaccin, je ne le ferai pas. (…) Il n’y a pas de raison particulière. C’est juste une question de feeling, parce que je ne me suis jamais fait vacciner depuis que je suis enfant, et que je n’ai jamais eu de problème de santé, donc je ne sais pas.”

Andrey Rublev, Miami, 2021

Cette défiance est loin d’être isolée en Russie, où 62% des habitants ne souhaitaient pas recevoir le vaccin local, Spoutnik V, selon un sondage réalisé par le centre Levada fin février, et à peine 4% de la population y est vaccinée à ce stade.

Elina Svitolina était initialement plus ouverte sur le sujet. Mais les doutes apparus récemment, en particulier au sujet du vaccin AstraZeneca, suspendu puis autorisé à nouveau dans l’Union européenne en raison d’un risque « rare » de thrombose, confirmé en France par l’Agence nationale de sécurité du médicament, ont quelque peu refroidi la cinquième joueuse mondiale.

“Je songeais à me faire vacciner, mais des amis m’ont dit d’attendre un peu pour voir comment ça évolue, parce qu’il y a eu des effets secondaires dans certains cas. Je ne sais pas, pour être honnête. Je sais qu’il y avait une possibilité pour moi d’obtenir une dose d’ici quelques semaines, mais oui, je vais y penser. Mais d’un autre côté, ça ne va pas vraiment nous aider, parce qu’il faut se mettre en quarantaine quoi qu’il arrive, l’ATP et la WTA vous y obligent. D’accord, ça réduira l’intensité des symptômes, mais il y a toujours une chance d’être infecté. Donc pour l’instant, ça n’a aucun sens de faire un vaccin qui a été testé sur une si courte période de temps. Je vais probablement attendre.”

Aryna Sabalenka se situe sur la même ligne que l’Ukrainienne et doute de la bonne fabrication du vaccin, créé dans l’urgence face à la complexité de la situation mondiale.

“Ils l’ont produit tellement vite qu’ils n’ont pas vraiment eu le temps de le tester et de voir ce qui se passe. Je pense que ça ne suffit pas pour avoir un bon vaccin. (…) C’est une question difficile. Pour l’instant, je n’ai pas vraiment confiance.  C’est dur à dire, mais je ne veux pas vraiment être vaccinée et je ne veux pas que ma famille le soit. Je vais y réfléchir. Si je suis contrainte de le faire, évidemment que le ferai, parce que notre vie est une vie de voyages et je pense que nous faisons partie de ceux qui devraient le faire. Mais je verrai. Si je devais le faire, j’y penserai à deux fois.”

Aryna Sabalenka, Abu Dhabi, 2021

Abondamment commenté, notamment par des personnes estimant ces paroles irresponsables au vu du bilan de la pandémie (bientôt 3 millions de morts, plus de 500.000 aux États-Unis), le thread de Ben Rothenberg a mis en lumière l’absence d’échanges entre l’ATP et la WTA d’un côté, et leurs joueurs et joueuses de l’autre, sur cet enjeu de santé publique. Plusieurs joueurs de premier plan ont contracté le coronavirus (Djokovic, Nishikori, Goffin…). Mais aucun n’a connu de forme grave invalidante selon les informations disponibles, malgré l’appel à la prudence lancé par Grigor Dimitrov après une forme sévère de la maladie l’été dernier.

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