12 mai 1979 : Le jour où la série surréaliste d’Evert sur terre battue a été interrompue par Austin

Chaque jour, Tennis Majors remonte le temps pour revenir sur un événement marquant pour la planète tennis. Le 12 mai 1979, Tracy Austin, 16 ans, mettait fin à l’incroyable série de 125 victoires consécutives de Chris Evert sur terre battue.

Tracy Austin, On this day 07.01.2021

 Ce qui s’est passé ce jour-là et pourquoi cela a marqué l’histoire du tennis

Ce jour-là, le 12 mai 1979, en demi-finale du tournoi de Rome, Tracy Austin, 16 ans, met fin à la série de 125 victoires consécutives de Chris Evert sur terre battue. Pour réaliser cet exploit, l’adolescente efface un handicap de 4-1 dans le dernier set, avant de s’imposer au tie-break (6-4, 2-6, 7-6). Evert n’avait pas perdu sur terre battue depuis l’été 1973, soit presque six ans.

Les personnages : Chris Evert et Tracy Austin

  • Tracy Austin, la prodige américaine

Tracy Austin est, avec Pam Shriver, l’un des prodiges américains de la fin des années 1970. Née en décembre 1962, Austin pratique un tennis proche de celui d’Evert : elle est extrêmement patiente et précise du fond du court. Elle use ses adversaires à la fois physiquement et mentalement. Elle remporte son premier titre en janvier 1977, en battant Stacy Margolin en finale du tournoi de Portland (6-7, 6-3, 4-1, ab.), et en septembre de la même année, elle parvient en quarts de finale de l’US Open (battue par Betty Stove, 6-2, 6-2), quelques mois avant de fêter ses 15 ans. Elle termine l’année à la douzième place mondiale, et en 1978, elle atteint à nouveau les quarts de finale de l’US Open, éliminée cette fois par Chris Evert (7-5, 6-1). Deux mois plus tard, en octobre, elle devient professionnelle, et entame sa nouvelle carrière en s’imposant à Filderstadt (prenant sa revanche contre Betty Stove, 6-3, 6-3) et à Tokyo (où elle bat en finale Martina Navratilova, 6-1, 6-1). En janvier 1979, à Washington, Austin, âgée de 16 ans, bat à nouveau Navratilova, en finale des Avon Championships (6-3, 6-2). Au début du mois de mai, elle est déjà 4e mondiale.

Tracy Austin
  • Chris Evert, « la Dame de glace »

Chris Evert, la « Dame de Glace », est née en 1954 en Floride. Entraînée par son père, elle développe un jeu basé sur la régularité, tenant ses adversaires à distance du filet grâce à sa longueur de balle, et les sanctionnant avec d’excellents passing-shots en cas de montée imprudente. Elle obtient son premier résultat notable à l’âge de 16 ans, se hissant en demi-finales de l’US Open (éliminée par la numéro 1 mondiale, Billie Jean King, 6-3, 6-2). Depuis 1974, elle domine le tennis, avec sa rivale Martina Navratilova, à laquelle elle s’est un jour payé le luxe d’infliger un 6-0, 6-0.

En sept ans, Chris Evert a accumulé huit trophées du Grand Chelem : Roland-Garros en 1974 et 1975 (elle fait l’impasse sur le tournoi lors des années 1976-1978, préférant participer aux Championnats intervilles américains), Wimbledon en 1974 et 1976, et l’US Open en 1975, 1976, 1979 et 1978. Elle a également été finaliste à deux reprises, et au cours de ces années, elle ne s’est jamais inclinée avant les demi-finales d’un tournoi majeur.

Evert est la reine incontestée sur terre battue, surface sur laquelle elle reste sur une série de 125 victoires d’affilée depuis 1973. Elle a déjà passé 147 semaines à la première place mondiale, dont 113 consécutives de mai 1976 à juillet 1978, mais en mai 1979, elle est deuxième mondiale, derrière Navratilova.

Chris Evert, 1973

Le lieu : le Foro Italico, à Rome

Les Internationaux d’Italie ont lieu à Rome depuis 1930, au Foro Italico, un complexe sportif immense destiné initialement à soutenir la candidature de l’Italie pour accueillir les Jeux Olympiques de 1940. C’est l’un des tournois sur terre battue les plus prestigieux au monde. Presque tous les plus grands joueurs de l’histoire du tennis ont foulé les courts du Stadio del Tennis, et à son palmarès figurent de véritables légendes telles que Maureen Connolly, Althea Gibson, Margaret Court ou encore Billie Jean King. Chris Evert a déjà remporté le tournoi à deux reprises, en 1974 et 1975.

L’histoire : ça semblait impossible, mais Tracy Austin l’a fait

« Je me sentais assez confiante avant d’affronter Chrissie en demi-finale.” – Tracy Austin, lors d’une interview donnée à la WTA, 41 ans après son affrontement avec Chris Evert en demi-finale de l’Open d’Italie.

Il semble pourtant alors impensable qu’une joueuse de 16 ans, bien que numéro 4 mondiale, puisse se sentir en confiance face à Evert, compte tenu de la domination de la reine de la terre battue sur sa surface de prédilection au cours des six dernières années. Personne n’a battu Evert sur terre depuis août 1973, lorsque Evonne Goolagong l’avait vaincue en finale de Cincinnati (6-2, 7-5). Depuis lors, la « Dame de Glace » a remporté 125 matches consécutifs sur cette surface, ne perdant que huit sets, et a distribué pas moins de 71 « roues de vélo » à ses adversaires impuissantes. Elle a remporté les deux éditions des Internationaux de France auxquelles elle a participé, et elle n’a jamais été battue pendant les trois années où l’US Open s’est joué sur har-tru (1975, 1976, 1977), la terre battue américaine.

Les deux joueuses ont un style de jeu similaire. « C’était comme jouer contre un miroir », se souviendra Austin. « On était toutes les deux régulières, on jouait long, on se déplaçait bien et on avait une grande capacité de concentration. On ne vous donnait pas trop de points gratuits. »

Pour de nombreux observateurs, il semble peu probable qu’une adolescente puisse battre Evert à son propre jeu sur sa surface préférée. Pourtant, lors de cette bataille de fond de court acharnée, Austin prend le meilleur départ en remportant le premier set (6-4), mais elle semble ensuite souffrir physiquement, et lorsqu’Evert remporte le deuxième set (6-2) et se détache 4-1 dans le set décisif, il semble bien qu’elle se dirige vers une 126e victoire d’affilée. Cependant, la jeune fille de 16 ans produit un énorme effort pour remonter et pousser la n°2 mondiale dans un tie-break, qu’elle domine grâce à plusieurs coups droits gagnants le long de la ligne. Sur la balle de match, elle monte exceptionnellement au filet pour conclure d’un smash son incroyable victoire.

« Je ne me souviens pas de ce qui s’est passé sur la dernière balle », déclare par la suite Austin, citée par le New York Times. « J’étais juste en train de frapper la balle comme je pouvais et je voulais juste mettre un terme à sa série ».

« Je ne suis pas déçue de la fin de ma série de victoires », commente Evert. « Le match était plus important pour moi. Je dois rendre hommage à Tracy. Elle s’est lâchée et a sorti des coups gagnants quand elle en avait besoin. »

« Après avoir remporté 125 matchs consécutifs sur terre battue, ma meilleure surface, il était inévitable que je perde à un moment ou à un autre », dira Evert à la WTA, 40 ans plus tard. « Mais je n’arrive toujours pas à croire que j’ai perdu 7-6 au troisième. »

La postérité du moment : Evert reprendra sa série de victoire ; Austin atteindra le sommet du tennis avant d’être minée par les blessures

Tracy Austin parviendra à se remettre à temps pour battre l’Allemande Sylvia Hanika en finale (6-4, 1-6, 6-3), le lendemain. En septembre de la même année, à l’US Open, elle remportera son premier titre du Grand Chelem en devenant la plus jeune joueuse de l’histoire à triompher à New York – après avoir réussi l’exploit de battre consécutivement Navratilova et Evert, avant de faire une halte célèbre au McDonald’s sur le chemin du retour. En 1980, Austin deviendra la plus jeune numéro 1 mondiale de l’histoire (record battu par la suite par Monica Seles, puis Martina Hingis), et elle occupera la première place 21 semaines durant.

La jeune prodige remportera l’US Open une deuxième fois, en 1981, battant Navratilova sur le fil (1-6, 7-6, 7-6). Malheureusement, le reste de sa carrière sera gâché par les blessures, et elle arrêtera sa carrière une première fois en 1984. Elle tentera ensuite de revenir en 1988, mais son retour s’arrêtera brutalement après un grave accident de voiture. Elle essaiera en vain de faire un dernier come-back, en 1993-1993, avant de prendre sa retraite une fois pour toutes.

Après sa défaite à Rome, Chris Evert réalisera une nouvelle série de 64 victoires consécutives sur terre battue. Elle récupèrera la place de numéro 1 mondiale après son triomphe à Roland-Garros en juin 1979. Au total, elle passera 260 semaines au sommet du classement, et elle remportera 154 titres avant la fin de sa carrière, en 1989, dont 18 Grand Chelems. Elle établira un record de 7 titres à Roland-Garros, record d’autant plus impressionnant qu’elle a fait l’impasse sur le tournoi à trois reprises, à une époque où elle était presque imbattable sur terre battue.

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